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Le Fil  (Saint-Etienne)  samedi 12 avril 2014

Noir Détroit

L’histoire est connue. Tandis qu’apparaîssait Bertrand Cantat dans les grands médias, les gazettes judicaires et les journaux people, Noir Désir passait au second plan jusqu’à se dissoudre fin 2010, dans l’eau sale du linge des uns et des autres. Il était commun alors d’écrire qu’une page du rock hexagonal se tournait, moins de souligner que le répertoire du groupe s’en trouvait ainsi préservé, figé dans l’avant, fixant une œuvre qui depuis s’ouvre et se referme, de 1987 à 2003.

L’après restait à écrire, sur d’autres pages, à d’autres mains. Là encore l’histoire est connue. Pascal Humbert, musicien chevronné (Passion Fodder, 16 Horsepower, Wovenhand) s’associe à Cantat dès 2011, pour Chœurs une mise en musique de textes de Sophocle. Les deux hommes se connaîssent depuis des années et annoncent la création d’une nouvelle formation, Détroit et la parution d’un album, Horizons, pour 2013.

Qu’avions-nous encore à attendre ?

Beaucoup de bonnes choses. L’album a convaincu. Une nouvelle voie se dessinait. Une renaissance pour les uns. Une suite différente pour les autres, un renouveau assumé.

Horizons offre à Détroit une charge artistique puissante, une capacité émotionnelle invasive, trempant sa plume dans les tourments très personnels d’un Cantat, finit par parler à tout le monde et toucher chacun. "Les gens m’aiment parce que je meurs à leur place en quelque sorte" chantait Mano Solo en janvier à sa fenêtre.

C’est ce que nous avons à attendre, c’est la promesse artistique du moment, et c’est tout ce que nous n’aurons pas ce soir au Fil.

Humbert entre en premier comme pour mieux souligner le nouvel équilibre dans la création partagée. La soirée démarre avec "Ma muse". Puis vient le second morceau du concert, "Horizon". Magnifique chanson, témoignage à fleur de peau. Pendant le chant, les images projetées s’enchaînent sur le fond de scène. Des formes. Des traits. Des barres. Les barreaux d’une prison qui, se multipliant et se superposant, illustrent les propos mais, en fin de chanson, en deviennent… code barre. A la caisse ! Le public est venu en nombre, il en veut pour son argent, le prix à payer est négocié dès le troisième morceau… Des visages des figures ! Suivront, dans la foulée "A ton étoile", puis tout au long du concert "Lolita nie en bloc", "Le Fleuve", "Lazy"… et au total pas moins de dix morceaux de Noir Désir déterrés, comme jetés en pâture aux consommateurs, dans la fosse de nos envies. Un badaud expliquait à un autre avant le concert : "moi, de Noir Désir, je ne connais que les chansons de monsieur et madame tout le monde [sic]…". Celui-là a dû être comblé.

Bien sûr, le seul album Horizons ne peut remplir 2h30 de concert, mais si réellement le portage Humbert-Cantat produit une vraie création, une démarche à part entière, pourquoi ne proposer que des reprises de Noir Désir ? Humbert a lui aussi un passé musical très riche dans lequel puiser, bien que bien moins connu. Leurs nombreuses influences communes pouvaient également orienter le choix des reprises et illustrer bien mieux leur collaboration, pour offrir un autre sens au live. Mais non les morceaux joués en majorité pour ce concert très attendu de Détroit ne seront pas de Détroit. Plus d’une chanson sur deux sera de Noir Désir, mais ce ne sera sur scène pas Noir Désir.

1.200 places vendues en quelques jours à Saint-Etienne, une tournée à guichet fermé, quelques 160.000 albums vendus, alors il faut répondre aux désirs, peu importe la couleur. Pas la peine de polémiquer, c’est Mickey qui a gagné.

D’accord, mais parlons-en un peu plus… Détroit offre un bon divertissement pour le public qui reçoit ce qu’il attend, mais en retour, qu’attend Détroit sur scène ? Qu’attend Cantat d’une telle tournée ? Un shoot narcissique revigorant, composé de "Bertrand on t’aiiiime !", de public en nombre, d’adrénaline, de consolation. "Petite sœur de mes nuits, ça m’a manqué tout ça"... Qui fait du bien à qui ? Qu’avions-nous à faire là nous qui n’avions rien à lui donner, rien à lui prendre, rien à acheter et rien à vendre ? Quelle place nous laisse-t-on dans ce jeu-là, entre bêtes de somme et vaches à lait ?

Cette relation met mal à l’aise, apparaît fausse et malsaine. Pas de catharsis. Pas de renaissance. Plus d’après. Mais un magma fourre-tout, peu lisible, qui sape les fondements annoncés de cette nouvelle formation. Détroit s’insère dans une œuvre que nous pensions refermée et la démarche artistique du groupe, l’émotion distillée dans l’album, s’en trouvent sabotées.

Bien sûr, on aime entendre "Tostaky" et chanter "Comme elle vient" mais objectivement, le set ne décolle pas, reste comme plombé, vissé au sol. La première sortie de scène pour une "pause-pipi" plante la salle dans une stupeur palpable. Pourtant, le moment acoustique avec "Droit dans le Soleil" illustre ce qu’aurait pu être la tournée, dommage et seul le morceau "Sa Majesté", long, massif, libéré, s’envolera réellement au milieu des ombres projetées. Mais aussitôt, le final "Tostaki" - "Fin de siècle" - "Des armes" - "Le vent nous portera" - "Comme elle vient" nous ramènera dans la performance du groupe de reprise. The French Noir Dez, après the Australian Pink Floyd. Finalement, un tel groupe qui démarre sa première tournée après un premier album mérite-t-il tant d’attention ? Car rappelons que ce soir Détroit présentait son second concert. Sûrement que ni la sévérité, ni l’apologie ne convient au bon jugement de cette soirée. Alors tant de discours pour un non-évènement, névrose collective ou indécence vis-à-vis du reste du monde musical ?

Peu importe, ce divertissement à coup sûr ravira les foules, remplira les festivals. Détroit fera le buzz là où Noir Désir a duré. Programmateurs et producteurs, foncez ! Mais faites vite…

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Détroit
Le Facebook de Détroit

Crédits photos : Eric Ségelle (Toute la série sur Taste of Indie)


Cyril Hortala         
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# 13 octobre 2019 : On Manque de Mains D'oeuvres

Alors que la mairie de Saint Ouen a décidé de la fermeture de la salle mythique Mains d'Oeuvres, il est plus que jamais nécessaire de se mobiliser pour la culture. Alors on continue de notre côté avec beaucoup de musique, la fin de la session de Orouni, des tas de livres, du théâtre pour tous les goûts, des expos et plein d'autres choses (mais rien sur Dupont de Ligonnès). C'est parti.

Du côté de la musique :

"Vie future" de La Féline
"Kino music" de Pierre Daven Keller
"Miracles" de Sarah Amsellem
Rencontre avec Orouni dans les rayons d'une librairie
et bien entendu, Orouni en session live, toujours dans une librairie, par ici
"Beethoven, 5 sonates pour piano" de Michel Dalberto
"Ship of women / Somewhere in a nightmare" de Olivier Rocabois
"Disaster serenades" de Parlor Snakes
"A life with large opening" de Samba de la Muerte
"Les géraniums" de Marie Sigal
"Amazona" de Vanille
"Pulse" de Vincent David
Festival Levitation #7 avec The Warlocks, Frustration, Fat White Family...
Listen in bed Emission #2, Vinyles
Listen in bed Mix #2, The Sopranos
et toujours :
"Pas plus le jour que la nuit" de Alex Beaupain
"Matriochka : Romantic fantasies & Transcriptions from Russia" de Alexandra Luiceanu
"La nuit devant" de Baden Baden
"aMour(s)" de Fabien Martin
"L'arbre rouge" de Hugues Mayot
"Why me ? why not" de Liam Gallagher
"Les disques dans notre vide poche" le podcast #1 de Listen in Bed
"Drive" le premier mix de Listen in Bed
"Mademoiselle in New York" de Lucienne Renaudin Vary
"Still life : A tribute to Philip Glass" de Maud Geffray
"The flood and the fate of the fish" de Rabih Abou Khalil
Rencontre avec The Great Old Ones
"Sprayed love" de Xavier

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Fausse note" au Théâtre de la Contrescarpe
"Sabordage" au Théâtre 71 à Malakoff
"Rêves d'Occident" au Théâtre de la Cité internationale
"Donnant Donnant !" au Théâtre Athénée
"Piège pour Cendrillon" au Théâtre Michel
"La Famille Ortiz" au Théâtre Rive Gauche
"La Promesse de l'aube" au Théâtre de l'Atelier
"Yannick Jaulin - Causer d'amour" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Yannick Jaulin - Ma langue maternelle va mourir et j'ai du mal à pas parler d'amour" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Ciel, ma belle mère !" au Théâtre d'Edgar
"De quoi je me mêle !" au Théâtre Athénée
"On est mal Macron, on est mal" au Théâtre des Deux Anes
"Looking for Beethoven" au Théâtre Le Ranelagh
des reprises :
"Adieu Monsieur Haffmann" au Théâtre Rive-GAuche
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"Les Crapauds fous" au Théâtre de la Renaissance
"La Convivialité" au Théâtre Tristan Bernard
"Il y aura la jeunesse d'aimer" au Théâtre Le Lucernaire
"Nature morte dans un fossé" au Théâtre du Gymnase
"Une leçon d'Histoire de France : de l'An mil à Jeanne d'arc" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Une leçon d'Histoire de France : de 1515 au Roi Soleil" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Vipère au poing" au Théâtre du Gymnase
et la chronique des spectacles à l'affiche en octobre

Expositions avec :

"Moderne Maharajh, un mévène des années 1930" au Musée des Arnts décoratifs
"Balzac & Granville, une fantaisie mordante" à la Maison de Balzac

Cinéma avec :

les sorties de la semaine :
"Martin Eden" de Pietro Marcello
"Little Monsters" de Nicolas
"Les Chemins de la haute ville" de Nicolas
la chronique des films de septembre
et la chronique des films à l'affiche en octobre

Lecture avec :

"L'héritage Davenall" de Robert Goddard
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"La véritable histoire des douze Césars" de Virginie Girod
"Les roses de la nuit" de Arnaldur Indridason
"Pyongyang 1071" de Jacky Schwartzmann
et toujours :
"Archives des enfants perdus" de Valeria Luiselli
"De pierre et d'os" de Bérengère Cournut
"L'accident de l'A35" de Graeme Macrae Burnet
"Le mystère Sammy Went" de Christian White
"Les furtifs" de Alain Damasio
"Lost man" de Jane Harper
"Vers une nouvelle guerre scolaire" de Philippe Champy

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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