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Théâtre de la Colline  (dParis)  mai 2014

Comédie dramatique de Maurice Maeterlinck, mise en scènede Célie Pauthe, avec Bénédicte Cerutti, Judith Morisseau, Karen Rencurel, Manuel Vallade et Joséphine Callies (en alternance Lune Vidal).

Pour éviter quelques rires gras, des toussotements intempestifs et quelques claquements de fauteuil inutiles, il faut rappeler que Maurice Maeterlinck, s’il est avec Ibsen, Tchekhov, Strindberg, l’un des pères du théâtre moderne, est sans doute celui dont l’univers reste le plus mystérieux.

Par son refus de parler d’une manière frontale de son époque, son abstraction, sa volonté d’exprimer des sentiments intemporels, son goût pour les ambiances poétiques, son lyrisme, son amour d’un langage pur, les prénoms bizarres de ses personnages, il peut encore étonner, surprendre, voire agacer. Il a, sur certains, l’effet qu’a le cinéma muet sur d’autres.

Trop éloigné du réel, trop chargé en partis pris dont on a perdu le sens, il peut mettre mal à l’aise et provoquer le ricanement. Et pourtant, une fois accepté son monde rempli de mort et d’amour, de beaux sentiments qui deviennent obscurs à force d’être évidents, on ne peut qu’être gagné par la magie de ses mots et l’intégrité de ses personnages.

Peu jouée, "Aglavaine et Sélysette" est une pièce qui rassemble beaucoup de ses thématiques. Le couple formé par Sélysette et son mari Méléandre vit isolé dans un château. Aglavaine, la belle-sœur de Sélysette vient les rejoindre. Désormais veuve, elle va sans le vouloir briser l’harmonie du couple, où chacun, à sa manière, va tomber amoureux d’elle.

Un trio qui s’aime, dans le monde commun, cela aboutit à un drame scabreux. Chez Maeterlinck, c’est l’occasion de plus d’amour, d’un amour si fort qu’il ne peut pas déboucher sur un crime, mais sur la plus haute forme du suicide : le sacrifice.

Théâtre littéraire conçu pour être joué dans le dépouillement, "Aglavaine et Sélysette" est l’occasion d’entendre une langue française à la fois d’une grande beauté et d’une grande simplicité même si les phrases contiennent souvent de subjonctifs passés.

Économe dans son expression, Maeterlinck fait dire beaucoup à ses personnages et dans sa mise en scène rigoureuse, Célie Pauthe restitue parfaitement le long cheminement de la pensée des trois aimants. Attentive à tous les détails, elle ne s’autorise aucun temps mort. S’appuyant sur l’élégance des lumières de François Fauvel, elle inscrit le drame de Maeterlinck dans l’architecture géométrique épurée sans être austère de Marie La Rocca.

Cette dialectique entre la pénombre et la lumière, posée dans des lieux vides, est d’autant plus efficace que ces murailles ou ces escaliers enserrent les personnages dans un monde irréel où il n’y a de place que pour le bonheur ou la tragédie. Peu à peu, c’est la douleur presque janséniste de Sélysette qui emporte tout.

Judith Morisseau tire le personnage vers celui d’une femme-enfant qui noie son désarroi de femme dans le donjon de ses rêves adolescents. À ses côtés, Bénédicte Cerutti campe une Aglavaine fière et distante, plus réactive qu’active, et Manuel Vallade est un Méléandre hypersensible très vite vaincu par l’enchaînement des faits qui le dépassent.

Quand s’achève "Aglavaine et Sélysette", on sent les acteurs légèrement sonnés. Comme le public, ils sont encore pour un moment KO dans les mots et l’imaginaire de Maeterlinck.

Cette pièce, d’une force peu commune, méritait bien d’être réveillée.

 

Philippe Person         
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