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Interview  (Paris)  mercredi 2 avril 2014

J'avais été séduit par la synthpop dansante de We Have Band dès leur premier album, mais aussi par des personnalités assez atypiques en interview. La première fois que je les avais rencontrés, très sujets de Sa Grâcieuse Majesté, ils buvaient un thé en après-midi malgré la chaleur étouffante de l'été. Cette fois-ci, l'hôtel où devait avoir lieu l'interview, près de Pigalle, ne convenait plus car Mos Def était en train d'y tourner un clip. Nous nous sommes donc retrouvés, avec Thomas et Dede Wegg-Prosser et avec Darren Bancroft, à l'heure du repas du bébé de Dede et Thomas, au Lipstick, rue Frochot à Paris, sur des banquettes aux motifs léopard. Scène assez surréaliste.

Votre nouvel album, Movements, a-t-il été enregistré dans les mêmes conditions que les deux précédents ?

Darren : Tu le trouves différent ?

Oui. J'y retrouve des sons plus africains et des Caraïbes.

Darren : C'est intéressant parce que mes parents viennent des Caraïbes...

Thomas : ... et avec Dede, nous gardons des souvenirs intenses de notre voyage en Afrique. Pour répondre à ta question, c'est plus le groove sur les morceaux qui a changé, que les conditions d'enregistrement. Notre musique a toujours été faite pour danser. Ici, nous avons légèrement ralenti le tempo et avons mis les voix plus en avant. Ce qui a aussi beaucoup joué, c'est que, pour la première fois, nous avions du temps pour travailler en studio. Movements a été réalisé et enregistré à la maison, dans notre home studio. Le matériel sur lequel nous avons travaillé est certes plus cheap, mais nous avions le confort d'avoir beaucoup plus de temps et de disponibilité pour enregistrer. Nous descendions au studio lorsque nous le voulions. Nous avons travaillé de manière intense mais avec moins de pression. C'est peut-être ce qui donne l'impression d'un disque plus posé, mais aussi plus enjoué.

Quel est d'après vous le meilleur moment de la journée pour écouter Movements ?

Thomas : Peut-être le matin quand on va au boulot.

Dede : Je suis d'accord. Les premiers morceaux donnent un vrai coup de fouet.

Darren : Ce n'est pas pour éluder la question, mais ça dépend à quel moment tu ressens le besoin d'écouter de la musique. Ça peut en effet être le matin au réveil, ou le soir pour continuer après une journée de boulot.

Dede : C'est, de toute façon, un album qui est fait pour donner de l'énergie.

Vous avez donc eu plus de temps pour travailler sur cet album. J'ai l'impression qu'outre les rythmes et le tempo, les rythmiques aussi sont différentes. On y entend plus de basse et de batterie que sur les deux albums précédents.

Thomas : C'est vrai, il est musicalement plus complexe. C'est certainement la combinaison de vraie batterie et de samples qui donne cette impression. Il y a aussi le fait qu'avec plus de temps en studio, ça nous a permis d'être plus à l'écoute les uns des autres. On a évolué musicalement par rapport notre premier album, WHB, qui était très simple dans ses rythmiques et ses lignes de guitare. Et la basse y est en effet plus présente.

Une attention particulière avait été portée aux paroles entre le premier et le second album. Comment avez-vous travaillé pour celui-ci ?

Dede : Elles ont été écrites de manière spontanée. Il y est plus question d'émotions et de sensations qu'auparavant. Nous avons écrit au fur à mesure selon notre humeur et, dans le processus, nous laissions passer du temps puis nous y revenions dans un esprit positif. Aujourd'hui nous faisons plus attention aux paroles qu'à nos débuts. Nous sommes plutôt contents car nous avons l'impression que petit à petit nous nous améliorons.

Pendant la création de l'album, avez-vous eu des moments de doute ?

Thomas : Pas vraiment. Comme nous avions plus de temps, lorsque nous commencions une chanson et que nous n'avancions pas comme le souhaitions, nous l'abandonnions.

Dede : Quand nous avions des doutes, nous ne poursuivions pas dans cette voie. On travaillait alors sur une autre chanson, voire nous jetions les bases pour un tout nouveau morceau. Le fait de ne pas avoir de pression de l'extérieur nous enlevait bien des interrogations sur ce que nous voulions faire ou ce vers quoi nous voulions aller.

Avec l'album il y aura aussi une édition limitée avec des inédits et des remix ? Dans quel but ?

Thomas : Oui, ça représentera environ 25 minutes de musique beaucoup plus dancefloor. C'est pour présenter une autre facette de notre travail. Ce sont, pour certaines, des pistes qui n'avaient pas leur place sur l'album. Pour d'autres, ça m'a permis de retravailler nos propres morceaux. C'est bien de laisser ses chansons aux mains de remixeurs, mais c'était aussi très amusant pour moi de retravailler sur notre propre matériau et d'essayer de donner une vision complètement différente d'un même morceau.

Vous annoncez sur votre site web beaucoup moins de dates qu'auparavant. Pourquoi ? Même si j'ai ma petite idée...

Darren : Nous allons tourner en France, en Belgique, au Luxembourg, en Allemagne. Il n'y a plus beaucoup d'autres endroits où nous pouvons jouer en Europe (rire). Surtout que nous n'avons pas encore annoncé sur le site les concerts en Italie et en Hollande.

Thomas : Sur le site, pour l'instant il n'y a qu'une quinzaine de dates annoncées. Mais, au total, nous jouerons environ 35 concerts en Europe. Nous sommes aussi en attente de confirmation sur une quinzaine d'autres dates. Puis ensuite, une tournée aux États-Unis et en Australie est prévue.

Dede : Auparavant, nous passions toute l'année sur la route pour défendre notre album sur scène. Mais la situation a changé puisque Thomas et moi avons maintenant un enfant. Nous ne pouvons plus nous permettre d'être autant à l'étranger que ces dernières années, comme tu l'as deviné.

Entre le titre de votre album, "Movements", le son synthétique mélangée aux guitares et à la basse, j'ai bien sûr pensé à New Order. Le titre de l'album renvoie-t-il au premier album des mancuniens ?

Darren : Non, pas du tout. Mais, quoiqu'il en soit, New Order est un groupe que nous aimons beaucoup. Avoir une carrière comme la leur est un rêve pour tous les groupes.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de We Have Band
Le Soundcloud de We Have Band
Le Myspace de We Have Band
Le Facebook de We Have Band

Crédits photos : Thomy Keat (Toute la série sur Taste of Indie)


Laurent Coudol         
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