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puce Guett - Le procès de Viviane Amsalem
Shlomi et Ronit Elkabetz  juin 2014

Réalisé par Shlomi et Ronit Elkabetz. Israël/France/Allemagne. Drame. 1h55 (Sortie le 25 juin 2014). Avec Ronit Elkabetz, Simon Abkarian, Menashe Noy, Sasson Gabai, Eli Gornstein, Gabi Amrani-Gur, Rami Danon, Roberto Pollack et Dalia Beger.

"Guett - Le procès de Viviane Amsalem" réalisé par Shlomi Elkabetz et Ronit Elkabetz, nonobstant un titre et un dispositif qui évoque un "film de procès" et même s'il revêt la forme d'un huis-clos "judiciaire", aborde un sujet sociétal polémique, celui de la condition de la femme dans la loi juive au travers du statut matrimonial.

Après avoir quitté le foyer conjugal, Viviane Amsalem demande le divorce. Rien que de banal et ordinaire, sauf qu'elle est juive séfarade, vit en Israël au sein d'une communauté praticante et que son mari refuse le divorce.

Alors, en l'espèce, la situation, même si le divorce prend des allures de bataille rangée, non seulement se complique mais devient inextricable voire insoluble et révèle qu'existent encore au 21ème siècle des Etats dans lequel le statut personnel est régi par une loi discriminatoire à l'encontre des femmes.

En Israël, et pour les femmes de la diaspora, le statut matrimonial des personnes reconnues comme juives est régi par le droit hébraïque, donc par une loi religieuse ancestrale aux termes de laquelle le mariage n'est pas une union civile mais un engagement religieux pour fonder un foyer juif considéré comme le lieu de la résidence divine dans le peuple d'Israël au cours duquel la femme passe de l'autorité paternelle à l'autorité maritale.

S'agissant d'une société patriarcale, par le mariage l'homme "acquiert" sa femme, assimilée à un bien et perdant sa liberté, dont il devient propriétaire ce qui correspond à la définition d'un esclavage juridique.

Compte tenu de ces principes, la rupture du lien matrimonial ne peut intervenir que pour des motifs graves sous l'arbitrage et l'aval d'un tribunal rabbinique, au rang desquels ne figurent ni l'incompatibilité d'humeur ni l'absence d'amour, ni la souffrance, voire la violence morale, et est tributaire du consentement du mari.

Ce consentement est matérialisé par la remise à la femme d'un acte très codifié, le guett, qui indique que le mari donne acte de la "révocation" de l'épouse, lui rend sa liberté et l'autorise à "être permise" à tout homme, ce en fait l'équivalent de la répudiation et de l'acte d'affranchissement de l'esclave.

Et comme l'esclave affranchi, la femme doit parfois racheter sa liberté soumise à "chantage au guett" par un mari peu scrupuleux. Et cerise sur la kippa, le refus du mari est sans incidence pour lui puisque la loi juive autorise la bigamie en sacralisant une nouvelle union et légitimant les enfants qui en sont issus. Ce qui, bien évidemment, pas le cas de la femme séparée qui, de surcroît, est ostracisée par sa communauté.

Dès la première audience, Elisha Amsalem, attitude butée confortée par son "bon droit", regard torve et lippe rageuse - superbe composition de Simon Abkarian - qui ne suscite pas l'empathie, adresse à sa femme le "jamais" qui préfigure du parcours d’obstacles et de la guerre des nerfs qui vont se dérouler sur plusieurs années.

Les audiences révèleront qu'il a la malice teigneuse des faibles et des médiocres, qu'il se sert plus de la foi qu'il ne la sert et qu'il est dépourvu de l'intelligence tant d'esprit que de coeur. S'il éprouvait l'amour qu'il invoque, il ne supporterait ni de voir ce déballage intime ni le supplice infligée à la femme aimée.

Car Viviane Amsalem - figure tragique et douloureuse magistralement incarnée par Roni Edlkabetz - va devoir résister à une véritable guerre d'usure orchestrée alternativement par les atermoiements tant du mari que du tribunal rabbinique, en l'espèce un trio de comiques troupiers n'était le contexte (Eli Gornstein, Rami Danon et Roberto Pollack), qui n'est pas un juge neutre et impartial ayant pour fonction de rendre la justice mais le garant du respect de la loi religieuse et de la pérennité du foyer juif qui doit prospérer quels que soient les sentiments des époux.

Ce qui nuit à Viviane Amsalem, c'est non seulement sa farouche détermination considérée comme une rébellion frondeuse contre l'ordre religieux mais son insoumission à l'autorité au pouvoir que ce soit celui d'un homme, d'une religion ou d'un tribunal dont elle récuse les droits exorbitants ainsi que sa beauté de femme dans la plénitude de sa maturité.

Elle n'est pas pratiquante, ne se soumet pas aux préceptes du judaïsme tenant à l'enfermement domestique de la femme, car elle travaille, ni aux codes vestimentaires imposés aux femmes pour éviter que les hommes ne soient soumis à la tentation sexuelle, et elle n'a pas satisfait à l'exigence de famille nombreuse, elle n'a eu que quatre enfants. Ce n'est donc pas une bonne épouse juive et cependant ni le mari ni le tribunal ne veut lui rendre sa liberté.

Mise en situation d'accusée, dont l'attitude est "condamnée" par les témoins, tant par les hommes qui reconnaissent qu'elle a besoin d'un homme "à poigne" que par les femmes qui lui reprochent de ne pas se contenter de petits arrangements, mais aidée par un avocat progressiste (Menashe Noy) et efficace au point de subir l'accusation d'être son amant, elle livre un combat violent et épuisant et passe, au rythme d'audiences en montagnes russes aux forts pics émotionnels, de l'accablement à la révolte, de l'humiliation à la colère, et de l'espoir à la résignation.

Pour cette femme mariée à 15 ans qui n'a jamais été libre, passant de l'autorité paternelle à l'autorité maritale, la liberté n'a pas de prix et elle accepte d'en payer le prix fort. Et le film saisit à la gorge.

La dramaturgie est efficace car le dénouement de ce combat pour la liberté semble ne devoir jamais intervenir et les dialogues à l'écriture très travaillée abordent de manière astucieuse et judicieuse d'autres problématiques collatérales telles que le clivage social ashkénaze/séfarade, l'influence de l'immigration russe déjudaisé et laïque, le repli communautaire des juifs orthodoxes et la pyramide rabbinique.

La mise en scène est à l'avenant avec le positionnement efficace de la caméra avec des cadrages serrés qui filme de manière intra-diégétique toujours positionnée du point de vue d'un des protagonistes ce qui multiplie les focales subjectives sans atténuer la force du propos politique. Car ancré dans une réalité contemporaine, le film n'est pas un pamphlet féministe mais un manifeste pour l'égalité des droits et l'application d'un droit laïc.

 

MM         
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