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Théâtre de la Ville  (Paris)  octobre 2014

Spectacle conçu et mis en scène par Vincent Macaigne d'après l'oeuvre de Fedor Dosyoievski, avec Dan Artus, Servane Ducorps, Thibault Lacroix, Pauline Lorillard, Vincent Macaigne, Emmanuel Matte, Rodolphe Poulain, Thomas Rathier et Pascal Reneric.

Grâce au travail de Vincent Macaigne, les plus anciens se sentiront rajeunir en retrouvant sur scène ce qui était le quotidien du théâtre d'avant-garde des années 1970.

Les plus radicaux regretteront cependant que Vincent Macaigne ne reprenne qu'une partie des provocations du théâtre post-soixante-huitard. Car, s'il aime déverser du liquide sur ses personnages, les couvrir de peinture ou de terreau, il n'a jamais aucune tentation pipi-caca. Pas d'excréments, pas d'urine, pas de vomi, même pas le moindre crachat dans ce théâtre terriblement de bon aloi.

S'il aime la mousse et la fumée, il zappe complètement les plaisirs de la table : personne ne s'empiffre d'aliments, a fortiori personne n'en expulse ni ne s'en enduit. La critique de la goinfrerie bourgeoise n'est donc pas de saison dans ce théâtre dont la radicalité est "à géométrie variable".

Ainsi, et les féministes apprécieront plus que les voyeurs, si les acteurs peuvent rester de longs moments dans le plus simple appareil et laisser apprécier aux connaisseurs leurs parties dites génitales, les comédiennes auront les seins toujours couverts et ni fesses ni petites culottes ne seront de sortie.

Quid, dans cette machinerie compliquée, dans ce bric-à-brac poubellistique, où le sublime est supposé sortir du sordide, de Dostoievski et du héros de "L'Idiot", le prince Mychkine ? Il faut mettre au crédit de Vincent Macaigne qu'il suit grosso modo l'intrigue du roman et tente d'en garder l'esprit russe sans commettre d'anachronismes.

Car, si, durant un long moment, un téléviseur déverse le débat Hollande-Sarkozy précédant l'élection du 6 mai 2012, Macaigne se garde d'évoquer la Russie de Vladimir Poutine et maintient son propos dans une dialectique abstraite entre la Russie "tsaro-communiste" et le libéralisme occidental. Commencé dans le corps du texte de Dostoïevski, la pièce a tendance à s'en éloigner après l'entracte, pendant lequel Macaigne et ses acteurs poursuivent de vains échanges dans le hall du théâtre.

Ce prologue à la seconde partie de "Idiot !" n'est pas vraiment utile, pas plus que leur parade initiale devant le théâtre à l'heure de l'arrivée des spectateurs de clowns felliniens croyant jouer Vladimir et Estragon et faisant plutôt penser à des baladins de Beaubourg.

D'autant plus qu'en entrant dans la salle, on est saisi par une musique tonitruante qui met en condition, et qu'on peut affronter à l'aide des boules Quies opportunément distribuées par le personnel du théâtre. C'est d'ailleurs le seul moment révolutionnaire de la soirée, puisqu'on pourra y entendre les Choeurs de l'Armée Rouge.

Ce qui permettra à un spectateur encravaté d'avoir ce joli mot d'enfant en passant devant l'avant-scène déjà encombré de spectateurs raptés dans la salle pour "faire plus interactif", qu'excitait au mégaphone la troupe des hirsutes macaignien  : "Ce sont des intermittents ?"

Non. C'étaient des permanents, de solides et remarquables permanents capables de gueuler comme des camelots pendant plus de trois heures et trente minutes, tout en recevant moult choses sur la tête et force claques de la part de leurs partenaires.

Théâtre physique, n'accordant aucun répit aux acteurs sauf pour qu'ils puissent savourer les gros morceaux de bravoure souvent réussis que leur impose leur mentor , "Idiot !" au sous-titre poétique "Parce que nous aurions dû nous aimer", est un bazar qui contient des trésors parmi beaucoup de babioles sans valeur.

On aimerait donc que le cinéaste du viscéral "Ce qu'il restera de nous", ce vrai court moment de beauté anarchiste, se discipline un peu, évite la complaisance du faux "jeunisme", s'astreigne à la discipline de ne pas répéter plusieurs fois les mêmes dispositifs.

En clair, ramassé en deux heures, son spectacle gagnerait en intensité, éviterait bien des potacheries et pourrait gagner en émotion, alors que dans cette version longue, tout se perd dans un brouhaha inutilement destroy et finalement très niais.

Et puis, une version plus courte lui permettrait de rassembler ses idées, et accessoirement celles de Dostoievski, et surtout de ne pas finir sur "Avec le temps", le plus cucul des poncifs consensuels, que le théâtre le plus bêtement "bourgeois" n'oserait plus proposer et que Léo Ferré lui-même, à la fin de sa vie d'éternel jeune lion rugissant, se maudissait d'avoir osé écrire pour tirer des larmes à Margot.

 

Philippe Person         
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# 22 mai 2022 : Culture et vous - A vos agendas !

Il fait beau, il fait chaud, mais il n'y pas que les terrasses dans la vie. La culture bat son plein et, avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, il est temps de se montrer curieux pour découvrir les nouveautés de la semaine de la musique et du spectacle vivant ainsi que du cinéma, de la lecture et des expositions.

Du côté de la musique :

"Godowsky - Bach" de Dimitri Papadopoulos
"Being alive" le nouveau mix à écouter de Listen In Bed
Rencontre avec Lofofora
"Des corps dans le décor" de Mauvais Sang
"Litz - once upon a time"
"Misia" de Revue Blanche
"Murmures et rumeurs" de Tom Bourgeois
et toujours :
"J'ai horreur de l'amour" de Bertrand Betsch
"Caroline" de Caroline
"Revenant" de Cascadeur
"Hell stairs" de CDSM
"Unica" de DeLaurentis
"Polar star" de Initiative H
"Fear of the dawn" de Jack White
"The line is a curve" de Kae Tempest
"Zadie Smith" 16ème émission de la saison 3 de Listen In Bed à écouter
"Bassoon steppes" de Lola Descours & Paloma Kouider
"Oan Kim & the Dirty Jazz" de Oan Kim
"Gabril Fauré : Horizons II" de Simon Zaoui, Pierre Fouchenneret, Raphaël Merlin, Parie Chilemme & Quatuor Strada
"Keep on falling" de The Boo Radleys

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"Antoine et Cléopâtre" aux Ateliers Berthier
"Feel Good" à la Manufacture des Abesses
"Double Je" au Théo Théâtre
"Tous les marins sont des chanteurs" au Théâtre du Rond-Point
"Cry me a river" au Monfort Théâtre
"Carmen ou presque" au Théâtre Trévise
une reprise avec "Mister Paul" au Théâtre du Petit Montparnasse
et les autres spectacles à l'affiche

Expositions :

"Monnaies & Merveilles" à la Monnaie de Paris
dernière ligne droite pour :
"Aux frontières de l'Humain" au Musée de l'Homme
"Maurice Denis - Le Bonheur rêvé" au Musée Maurice Denis
"Le Monde de Steve McCurry" au Musée Maillol
et les autres expositions à l'affiche

Cinéma :

en streaming gratuit avec :
"Juste la fin du monde" de Xavier Dolan
"La belle époque" de Nicolas Bedos
"Mustang" de Deniz Gamze Ergüven
"Les Eternels" de Zhangke Jia

"Le Traître" de Marco Bellocchio
"It must be heaven" de Elia Suleiman
en salle pour les cinéphiles : "Les Femmes des autres" de Damiano Damiani

Lecture avec :

"De la guerre, Mook 2" de Jean Lopez
"Les routes oubliées" de S.A. Cosby
et toujours :
"Amnistie" de Aravind Adiga
"Le réalisme magique du cinéma chinois" de Hendy Bicaise
"Nobles de coeur" de Marc Alexandre Oho Bambe & Fred Ebami
"Le silence est ma langue natale" de Sulaiman Addonia

Et toute la semaine des émissions sur notre chaine twitch

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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