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Fondation Cartier  (Paris)  jeudi 23 octobre 2014

Lorsque tu aimes la musique, que la musique fait partie de ta vie, tu as l'âge de tes tympans plutôt que celui de tes artères.

Je suis né alors que le Velvet Underground était encore en activité. Musicalement, le principal fait d'armes de Patti Smith était d'être venue en France pour faire la manche dans les rues de Paris.

Jeune adolescent insatiable, dans l'histoire de la musique, ce n'est pas le Velvet que tu découvres en premier. Pourtant, il y a de nombreux chemins qui mènent aux new-yorkais. Lou Reed, bien entendu. Mais aussi les BOF composées par John Cale. Pour moi, ce fut par Warhol, à cause du graphisme de la pochette de l'album Velvet Underground & Nico. Mais aussi à cause de la pochette du premier album des Smiths en 1984, une photo de Joe d'Alessandro extraite du film La Chair de Paul Morrissey, deux piliers de la Factory.

Un peintre, chroniqueur mondain, touche-à-tout, qui amène à découvrir un des plus importants groupes au monde, le lien est fait avec la Fondation Cartier bien avant le concert donné par Lou Reed et John Cale à la Fondation, lorsque celle-ci était encore à Jouy-en-Josas, avant qu'elle ne déménage à Paris, qui a conduit à la reformation du Velvet en 1990.

C'est aussi la Fondation Cartier qui organisa, en 2008, une grande rétrospective des œuvres photographiques de Patti Smith. A cette occasion, l’américaine, revenue à la musique seulement quelques années auparavant, donnait plusieurs concerts magnifiques dans les jardins du musée, ou encore invitait Television à jouer à Paris.

La Fondation Cartier a fait appel à deux artistes qui ont marqué son histoire, en plus de l'histoire du rock, pour fêter ses trente ans en musique. Un concert intitulé sur l'affiche "Poésie Réunion Rock", puisque John Cale produisait le premier album de Patti Smith, Horses, mais que leur dernière tournée ensemble datait de 1976 en Allemagne. Cette réunion avait donc de quoi mettre l'eau à la bouche.

Le concert se tenait à la Fondation Cartier, boulevard Raspail, au rez-de-chaussée du bâtiment de verre dessiné par Jean Nouvel. Très haut de plafond, on a déjà vu des salles plus chaleureuses même si le son était très bon, ce qui relève de l'exploit technique au vu de ce grand cube de verre franchement pas destiné pour l'acoustique de concerts électriques et amplifiés.

Patti Smith, entourée de Lenny Kaye et Tony Shanahan, commence par "Redando Beach" (repris il y a quelques années par Morrissey, histoire de boucler la boucle), puis poursuit par "Ghost Dance". Il y a de l'énergie, de l'électricité, mais la salle est difficile à chauffer. Il faut avouer que sur les 300 personnes présentes, 200 l'étaient sur invitation, certaines venues pour le côté mondain de l’événement plus que pour la musique. "Un des points communs que John Cale et moi avons en commun est notre amour de la poésie" avant d'enchaîner par la lecture de "Holy" du poète beat, Allen Ginsberg. Mais sur scène, toujours point de John Cale, alors que son synthétiseur est planté sur le devant, et que Patti Smith et ses deux musiciens occupent essentiellement la gauche du plateau.

Il faut se rendre à l'évidence, la "réunion" annoncée n'aura vraiment pas lieu, les deux artistes partageront la même scène, mais l'un après l'autre. On imagine un repas, "on se retrouve au restaurant, je déjeunerai de midi à 13h. Je te laisserai la table de 13 à 14, et on se retrouve pour le café". Et c'est exactement ce qui s'est passé.

C'est donc avec une pointe de déception, malgré la qualité de la prestation, qu'on assiste à la poursuite du concert : "We Three", "Seneca", "Southern Cross","Pissing in a River","Birdland". En ultime morceau, elle dédie "Because The Night" à Fred "Sonic" Smith, son mari décédé. Alors que Tony Shanahan entame le morceau au piano, elle l'interrompt. Le rythme est trop rapide. "Fred was a slow walker". Le concert aura duré une heure, Patti Smith se sera montrée généreuse, souriante, mais on la préfère moins soumise aux horaires, plus libre d'échanger avec le public ou de chercher un inconfort sur scène en invitant tel musicien rencontré la veille ou tel spectateur à venir tenir une guitare sur une chanson. Et lorsqu'elle quitte la scène le poing levé en vitupérant "Don't forget ! You are free", on a envie de lui demander ce qu'elle entend par là au moment de la surveillance dans les rues par reconnaissance faciale, et de l'espionnage de masse des déplacements, des échanges électroniques et des conversations téléphoniques privées.

C'est donc logiquement, après un changement de plateau relativement rapide, que John Cale entre en scène. Le gallois a moins de succès populaires à son actif que Patti Smith, ce qu'il prouve en une heure de concert. "Hedda Gabbler" commence à faire monter le malaise qui s'installera pour une heure. Ce n'est pas seulement que John Cale n'a pas de tubes, c'est que plutôt que de se tourner vers le passé, il choisit d'interpréter ce soir-là des morceaux récents, et plus nourris à la musique contemporaine qu'au rock. Lorsqu'il invite Patti Smith pour une lecture d'un second poème de Ginsberg, enchaîné avec "Captain Hook", l'ambiance monte d'un cran, mais la new-yorkaise retourne en coulisse. John Cale de poursuivre avec "December Rains", "You know more than I know", "Wanna Talk 2 U", puis l'étonnamment apaisé "If you were still around". "Praetorian underground" continue de distiller une ambiance de plus en plus maladive. La voix de John Cale est magnifique, et la musique retrouve son pouvoir de suggestion. A défaut d'avoir soudé le public en communion lors du concert de Patti Smith, quelques notes volontaires faussées parviennent à refroidir l’atmosphère pendant l'heure dédiée au musicien / producteur gallois qui aura toujours été une tête chercheuse musicale. "Caravan" est un des sommets du concert, avant le splendide "Letter from abroad". Le concert de John Cale, ainsi réduit, s'est redensifié par rapport à son dernier concert à Paris donné an 2012 à la Cigale pour la sortie de Shifty Adventures in Nookie Wood.

Il y avait ceux qui étaient venus pour Patti Smith, partis pendant le concert de John Cale, ceux qui étaient venus pour se montrer qui ont eux aussi quitté le navire pendant le concert de John Cale. En 1990, lors de la réunion du Velvet à la Fondation Cartier, ceux-là n'auraient eu d'yeux que pour John Cale, même si Patti Smith était sortie de son silence après plus de 10 ans. Mais les modes changent, même les modes qui sont rentrées au musée. Au premier étage, la dizaine de sièges destinés aux Very Very Important People est désormais vide. Sur les 350 spectateurs, dont une centaine de places payantes qui s'était arrachée en 3 minutes, environ un tiers du public a déclaré forfait. Tant pis pour eux qui ont manqué le vrai événement de la soirée, cette "réunion" tellement annoncée et attendue entre deux icônes du rock, entre deux personnages considérés comme les parrains du punk, entre deux artistes qui ont marqué l'histoire de la musique.

Un petit quart d'heure, mais quel quart d'heure ! Tous les musiciens sur scène, le plaisir d'échanger, Patti Smith en transe les yeux fermés, les sourires échangés entre John Cale et Lenny Kaye, c'était tout cela qu'on attendait. Ca a commencé avec un "People have the power" (encore Ginsberg) puissant et dansant que la réunion commence enfin. Les musiciens se lâchent, les trois guitaristes connaîssent les notes de ce classique par cœur, le bassiste de John Cale est redescendu de son trip parano et halluciné et s'éclate lui aussi. Puis les deux groupes poursuivent avec un "Sister ray" du Velvet martial et métallique. En final, ce sera le "Pablo Picasso" des Modern Lovers, produit à l'époque par John Cale, chanson punk avant l'heure, réinterprétée dans une version sauvage à souhait.

La Fondation Cartier a commencé à flirter avec le rock à travers Warhol il y a 24 ans, la réunion Patti Smith / John Cale se clôture sur "Pablo Picasso". Décidément, pour fêter les 30 années de la Fondation Cartier, rock et arts graphiques faisaient bon ménage.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Patti Smith
Le Myspace de Patti Smith
Le site officiel de John Cale
Le Facebook de John Cale


Laurent Coudol         
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# 10 novembre 2019 : Non à la morosité

Faites une pause avec l'actualité, faites une pause avec les réseaux sociaux et profitez plutôt de notre sélection culturelle hebdomadaire avec des tas de belles raisons de se réjouir un peu. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

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"Glam shots" de Rich Deluxe
"Imago" de Manuel Etienne
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"Silent scream" de Holy Bones
"Stregata / stregato" de Gilia Girasole & Ray Borneo
"Révolution" de David Kadouch
"Jusqu'ici tout va bien" de Bazar Bellamy
Lysysrata, It It anita et The Eternal Youth au Normandy
et toujours :
"A l'oblique" de Phôs (Catherine Watine & Intratextures)
"So cold streams" de Frustration
"Liszt : O Lieb !" de Cyrille Dubois & Tristan Raes
"Au revoir chagrin" de Da Silva
"Ca" de Pulcinella
"Roseaux II" de Roseaux
"Symphonic tales" de Samy Thiébault
"Ca s'arrête jamais" de The Hyènes
"Ils se mélangent" de Djen Ka
Rencontre avec Joséphine Blanc accompagnée d'une session 3 titres acoustiques
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"21 Rue des Sources" au Théâtre du Rond-Point
"La dernière bande" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Mademoiselle Julie" au Théâtre de la Tempête
"Que Crèvent tous les protagonistes" au Théâtre 13/Seine
"Léonard de Vinci, l'enfance d'un génié" au Studio Hébertot
"L'Effort d'être spectateur" au Théâtre du Rond-Point
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"Olympicorama - Epreuve n°4 : le 100 mètres" à la Grande Halle de La Villette
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