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John Boorman  janvier 2015

Réalisé par John Boorman. Grande Bretagne/Irlande/France/Roumanie. Comédie dramatique. 1h55 (Sortie le 6 janvier 2015). Avec Callum Turner, Landry Jones, Pat Shortt, David Thewlis, Richard E. Grant, Tamsin Egerton, Vanessa Kirby et Aimee-Ffion Edwards.

Une carrière cinématographique de 45 ans, ponctuée par des films aussi marquants que "Délivrance", "Excalibur" ou "La Forêt d’émeraude", ce n’est pas courant et l’on peut s’étonner que John Boorman, à l’instar d’un John Huston, ne soit pas considéré comme un grand metteur en scène, un "auteur" ayant construit une œuvre originale.

Avec "Queen and Country", ce mystère ne risque pas d’être élucidé. Dans son second film autobiographique, dix-huit ans après "Hope and Glory", le voilà encore en pleine recherche, prenant plaisir à bâtir un film qui va en dérouter plus d’un.

Le petit garçon de "Hope and Glory" est maintenant presque un adulte, mais s’accroche à son adolescence rêveuse dans un milieu bohème privilégié. Il va falloir un sérieux coup de pouce de l’Histoire, avec l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne en Corée aux côtés des Etats-Unis, pour que sa mue s’accélère.

Boorman raconte donc ses deux années de service militaire en tant qu’instructeur dans un camp militaire. Deux années où il va perdre son innocence et découvrir la passion de sa vie, celle du cinéma.

Pour reconstituer cette période cruciale de son existence, le réalisateur n’a pas choisi une voie réaliste. On n’a jamais l’impression qu’il s’agit pour lui de restituer la vérité d’une époque, mais plutôt de la revisiter comme il la perçoit aujourd’hui, cinquante ans après les faits.

Alors, il n’hésite pas à idéaliser les jeunes femmes qui l’entouraient, comme la belle aristocrate qui semble sortir du Grand Meaulnes, ou au contraire à jouer à fond les stéréotypes attendus, comme celui de l’infirmière sensuelle et maternelle, avec qui il va inévitablement perdre sa virginité.

Quant aux militaires, ils ont l’air de sortir d’une comédie militaire, d’un film de "bidasses" des années 1950. Sauf qu’ici la lutte entre les pioupious et le petit chef chargé de les mater prend un tournant dramatique. Car John Boorman n’a aucun mal à naviguer sur plusieurs registres, alternant les "vrais" souvenirs et leur réinterprétation à l’âge où sa vie approche de sa fin.

Comme toujours chez lui, la férocité des hommes se confronte avec le vernis de civilisation qu’ils feignent d’avoir acquis, la beauté des choses côtoie la saloperie humaine et les deux finissent par s’équilibrer.

Film d’une élégance de chaque instant, "Queen and Country" de John Boorman paraît provenir d’un autre temps cinématographique, celui où l’effet n’était pas roi, celui où par petites touches successives le spectateur rentrait dans l’imaginaire du réalisateur.

En tout cas, l’émotion est là, prête à saisir les attentifs qui auront la patience de l’attendre avant qu’elle ne les submerge abondamment.

"Queen and Country" de John Boorman n’est peut-être pas un "pur" chef d’œuvre, mais, comme "Gens de Dublin" pour John Huston, il a le goût d’un dernier film réussi dans lequel passent toutes les leçons de vie d’un grand créateur sous-estimé.


 

Philippe Person         
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