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Thomas Salvador  février 2015

Réalisé par Thomas Salvador. France. Comédie fantastique. 1h18 (Sortie le 18 février 2015). Avec Thomas Salvador, Vimala Pons, Youssef Hajdi, Nicolas Jaillet, Nina Meurisse, Louis-Emmanuel Blanc, Najim Sofalk et Paul Mondini.

Dans "Vincent n'a pas d'écailles" de Thomas Salvador, rien n'est commun, à commencer par son titre faussement énigmatique. Film d'une originalité folle, il a l'audace de ne pas vraiment laisser vivre son originalité.

Au contraire, et avec une grande intelligence, Thomas Salvador sait la brider, la contenir, l'empêcher de manger son film et de le réduire à cette idée.

Tout commence ici comme dans une banale production français d'auteur. Les premiers plans s'enchaînent sans que l'on puisse dire si le film va être bon ou mauvais. En fait, ils contiennent tous les éléments pour que l'on ne tranche jamais. Personnage solitaire, taiseux, en rupture de banc, Vincent part, sac au dos, vers un ailleurs rural qu'on suppose plein de petits boulots et de rencontres qui pourraient bouleverser sa vie et donner un sens aux quatre-vingts minutes que l'on va passer en sa compagnie.

Mais, premier accroc à cette "normalité narrative", Vincent nage. À peine arrivé à la campagne, il en profite pour piquer une tête dans une rivière sauvage. On n'y prêtera pas forcément attention et on n'y verra qu'un élément marquant la coupure entre sa vie d'avant et sa nouvelle. Pourtant, à y regarder de plus près, Vincent nage très bien, très très bien.

Il faudra cependant que les choses se précisent quelques minutes de film plus tard, pour qu'elles deviennent claires comme l'eau de roche des endroits magnifiques où il plonge : Vincent a des super-pouvoirs !

Dès que sa peau est en rapport avec le milieu aqueux, il décuple sa force et sa vitesse, pouvant abattre un mur d'un doigt ou envoyer en l'air une bétonnière.

Hosannah ! Le premier super-héros français est né ! Mais, et tant pis pour l'offense à l'immense Marcel Gotlib, il n'a rien à voir avec Superdupont.

Car, Vincent n'aime pas se servir de ses dons autrement que pour nager, que pour être libre. Le super héros à la française tranche sur son homologue américain par sa discrétion, son incapacité à résoudre sa vie au manichéen débat du combat du bien contre le mal.

Ce qui anime Vincent, c'est une autre question : doit-il vivre parmi les hommes, handicapé par ses ailes d'albatros à écailles, même s'il a en perspective de l'amour et de l'amitié, ou bien s'en détacher pour vivre à fond et ailleurs en fusion avec la nature, profitant des lacs et des étangs.

Rarement film a eu autant d'échos entre son fond et sa forme que "Vincent n'a pas d'écailles" de Thomas Salvador : alors que son sujet pourrait en faire un objet plein de bruit et de fureur, spectaculaire et saturé de péripéties, il le pousse plutôt du côté du documentaire.

Il faut préciser que les aventures de Vincent se résumeront à la poursuite pitoyable que les gendarmes du petit village où il s'est réfugié lui feront vivre. Poursuite métaphorique de la France d'aujourd'hui : pour une fois, qu'on a un super-héros, il est traité comme un voleur de poules qu'il faut empêcher de nuire.

Toute cette partie centrale du film donne l'occasion à Thomas Salvador de revisiter formidablement cette esthétique des séries B américaines où le héros traqué par la police finissait dans des usines désaffectées ou désertes, cherchant son salut en grimpant dans des silos ou se retrouvant tout en haut d'un château d'eau ou d'une cuve pleine de ciment... Sauf qu'ici, Vincent, fort de ses super pouvoirs n'a pas besoin de se défenestrer ou d'exploser avec la citerne de gaz.

On ne dévoilera pas la superbe dernière partie du film, presque muette, où Vincent n'est plus qu'un élément au milieu des éléments et fait corps avec cette nature dont son personnage vante la nécessité.

Encore une fois totalement symbolique, "Vincent n'a pas d'écailles" de Thomas Salvador répète que la France d'aujourd'hui n'est pas faite pour les gens différents, ceux qui ont des super ou des infra-pouvoirs. Travaillant sur des chantiers, aimant les gens simples, chantre de la nature, n'ayant jamais l'idée de monnayer ses dons prodigieux, Vincent est un Rom, un zadiste, un apôtre de la décroissance, un amoureux de la nature.

Évidemment, cela a un prix, celui de l'amour impossible. Car "Vincent n'a pas d'écailles", c'est aussi une belle histoire d'amour avec Lucie, la sympathique baba d'aujourd'hui.

On n'oubliera pas de dire que Thomas Salvador a bien fait de se donner le beau rôle, qu'il est parfait en homme fort et doux et qu'il a su peupler son parcours hors du commun avec de belles silhouettes comme celle de Vimala Pons, parfaite compagne, et de Youssef Hajdi, parfait ami.

"Vincent n'a pas d'écailles" de Thomas Salvador fait d'ores et déjà de 2015 une grande année cinématographique.

 

Philippe Person         
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