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Jean-Marie Straub  mars 2015

Réalisé par Jean-Marie Straub. France/Suisse. Documentaire. 1h10 (Sortie le 11 mars 2015).

Difficile déjà d'accepter qu'il n'y ait que le nom de Jean-Marie Straub au générique de "Kommunisten". Il y a forcément une ombre, une grande ombre, quelque part.

Elle est là, d'ailleurs, Danièle, à la fin de ce nouvel exercice de style. Car Jean-Marie Straub n'est pas homme à renoncer, à s'en laisser compter par la mort, l'évanouissement, l'irrémédiable.

Rien qu'au titre, on sait qu'il est là, entier, rageur. Dans les deux minutes qui précèdent le film, dans une séquence intitulée "La Guerre d'Algérie", on entendra sa voix, qui n'a plus sa force d'antan, mais qui reste nette, précise pour rappeler - surtout aujourd'hui - de quoi procède tout ce qui pour Jean-Marie Straub annonce des temps de plus obscurs, barbares, innommables.

C'est pour cela sans doute qu'il a construit ce film regroupant pour l'essentiel des extraits de ses œuvres passées.

Les admirateurs de Straub reconnaîtront des moments marquants qui auront jalonné "leur" parcours straubien, avec à la fois des films qu'on pourrait revoir et ceux dont il vaut mieux ne plus jamais parler.

Quant à ceux qui ignorent tout de la grande œuvre de Straub, ce film peut être une porte d'entrée, passées les premières minutes "exigeantes". Car, il faut le dire, même si certains pensent qu'un plan fixe dans lequel rien ne se bouge ou un écran totalement noir pendant quelques minutes ne sont pas des épreuves initiatiques, il y aura quelques moments de doute existentiel pour les nouveaux-venus devant cette manière peu commune de pratiquer le cinéma.

"Kommunisten" de Jean-Marie Straub n'est cependant pas un pensum. Au contraire, c'est un concentré de plans d'une très grande beauté, de textes poétiques magnifiés par la manière toute à lui de les transfigurer.

D'autant que cette œuvre de la maturité, de facture inédite, n'a pas l'assurance idéologique des autres films de l'auteur de "De la nuée à la résistance". On y découvre un Jean-Marie Straub ayant fendu le masque depuis la disparition de sa compagne et, pas très loin de la mélancolie, de l'émotion.

"Kommunisten" de Jean-Marie Straub est une proposition de cinéma qui garde une foi immense dans les possibilités d'un art pour lequel le cinéaste s'est battu avec véhémence et détermination pendant toute son existence.

Un combat qu'il n'est, semble-t-il, pas prêt d'abandonner, puisqu'aux côtés de "Kommunisten", on pourra voir bientôt deux programmes de ses courts-métrages récents, intitulés "Straub en français".

Hommage à la littérature qu'il aime envers et contre tous les bien-pensants, ces programmes seront l'occasion d'entendre un sublime texte de Maurice Barrès sur Venise accompagné d'un très beau dialogue de Georges Bernanos. Dans l'autre programme, à côté d'un nouveau film sur l'oeuvre de Pavese, Straub donnera la parole à un Montaigne pratiquement revenu d'entre les morts.

 

Philippe Person         
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