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Théâtre des Bouffes du Nord  (Paris)  avril 2015

Drame de Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, mise en scène de Marc Paquien, avec Anouk Grinberg et Hervé Briaux.

L'histoire littéraire retient surtout de Villiers de l'Isle-Adam ses "Contes Cruels", modèles de concision où le fantastique naît de la cruauté humaine.

En découvrant son théâtre, avec "La Révolte", pièce de 1870, donc antérieure à l'écriture de ses Contes, le lecteur coutumier de Villiers aura l'impression d'y trouver la même matière et la même manière : des sentiments exacerbés posés dans un climat quasi onirique.

En effet, quand débute "La Révolte", Élisabeth, à la lueur d'une lampe, tient sa comptabilité, assise à une grande table, dans la pénombre d'une grande pièce où ne sont disposés que quelques fauteuils ou chaises. Félix, son mari, cigare au bec, vient l'entretenir des comptes.

Il est minuit passé, heure où dans les œuvres fantastiques, les apparences se transforment. Ici, les comptes vont prendre soudain la forme d'un règlement de comptes, la femme soumise celle d'une femme libre. Seuls, les deux protagonistes sont face à leur vraie nature : le mari, bourgeois, repu, infatué dans son bon droit de dominant, la femme, asservi par son travail comptable, ses devoirs d'épouse et de mère.

Mais Villiers de l'Isle-Adam, pourtant peu progressiste politiquement, a fait d'elle un personnage plus complexe, plus "intelligent" que celui de son mari.

Mariée depuis quatre ans avec Félix, elle est parvenue à quadrupler sa fortune grâce à sa science des chiffres. C'est là que le bât blesse : au fond, elle ne s'est pas qu'asservie à un homme plus âgé qu'elle, elle s'est aussi soumise volontairement à ses affaires, à son mode de vie. Que cherchait-elle ? Sans doute essentiellement à exister. Loin de Villiers, le réactionnaire, l'idée que la femme puisse avoir déjà l'idée de s'émanciper des liens sacrés du mariage...

D'ailleurs, quand elle se "révolte", et qu'elle part, elle ne développe pas un raisonnement "féministe". Elle n'aspire qu'à un repos salutaire, à une respiration solitaire. Son mari n'y verra que de l'infantilisme, un délire poétique dangereux, qui lui fera dire cette phrase, illustrant parfaitement la qualité du texte : "tant qu'il y aura de la "poésie", les gens honnêtes n'auront pas la vie sauve".

Au final, "La Révolte" de Villiers n'est pas sans rapport avec "La Danse de mort" de Strindberg. En tout cas, c'est une pièce d'une modernité rare dans l'écriture comme dans les sentiments et les arguments des deux adversaires.

Dans le rôle écrasant d’Élisabeth, Anouk Grinberg est à son meilleur. Elle enchaîne les reproches et les espérances, frôle le triomphe, esquive la défaite et crée un personnage de femme au charisme étonnant, comprenant qu'être libre ce n'est pas seulement quitter un homme, mais vaincre la fatalité du déterminisme social et sexuel.

Son partenaire, Hervé Briaux, l'aide à composer son rôle, en acceptant d'être un peu en retrait. Alors que son personnage pourrait s'en sortir en jouant les "goguenards" à la Jean-Pierre Marielle, il préfère, en bon "sparring-partner", incarner le cynisme du dominant masculin.

Marc Paquien, dans une mise en scène qui ne cherche pas à être voyante, sert le texte et met les acteurs dans de bonnes conditions pour en exprimer la substance. Avec un simple drapé de soie vert sombre en arrière-plan, Gérard Didier délimite astucieusement l'espace où s'affronte Elisabeth et Félix.

Quelques bruits et quelques musiques répertoriés par Xavier Jacquot pour l'ambiance fantastique, quelques jeux de lumière subtils créés par Dominique Bruguière pour décoller du réalisme, et l'affaire est entendue : "La Révolte" proposée par Marc Paquien est une des vraies surprises de la rentrée théâtrale qu'il ne faut pas rater.

 

Philippe Person         
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Ce bel été indien se termine sur des orages, du tonnerre et des inondations terribles. Décidément 2020 ne nous épargne rien. Dans l'espoir de jours meilleurs et se faire plaisir au milieu de tout cela, voici notre sélection culturelle de la semaine.

Du côté de la musique :

"In and out of the light" de The Apartments
"Chrone EP" de Atrisma
"State of emergency" de Babylon Circus
"Nomadic spirit" de La Caravane Passe
"Règle d'or" de Marie Gold
"Berg, Webern, Schreker" de Orchestre National d'Auvergne & Roberto Forès Veses
et toujours :
"Transience of life" de Elysian Fields
"Cerna vez" de Thomas Bel
"Bandit bandit" de Bandit Bandit
"Twins" de Collectif La Boutique
"Run run run (hommage à Lou Reed" de Emily Loizeau
Emily Loizeau en concert au CentQuatre
"Papillon blanc" de Gabriel Tur
"Dix chansons naturelles et sauvages" de Hugo Chastanet
"Both sides" le spectacle de Jeanne Added au CentQuatre

Au théâtre :

les nouveautés :
"Aux éclats..." au Théâtre de la Bastille
"Onéguine" au Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis
"Surprise parti" au Théâtre de la Reine Blanche
"Mademoiselle Else" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Killing Robots" au Théâtre Paris-Villette
les reprises :
"Marie des Poules" au Théâtre du Petit Montparnasse
"Hector Obalk - Toute l'Histoire de la peinture en moins de deux heures" au Théâtre de l'Atelier
"Trinidad - Pour que tu t'aimes encore" au Studio Hébertot
"Carla Bianchi - Migrando" à la Nouvelle Seine
"Jos Jouben - L'Art du rire" à La Scala
"Mudith Monroevitz" à la Nouvelle Seine
et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

la nouvelle saison muséale avec "Sarah Moon - PasséPrésent" au Musée d'Art Moderne de Paris
la dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - La collection de Madame" au Musée du Quai Branly
et toujours :
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
"Ailleurs" de Gints Zilbalodis
at home :
"Caramel" de Nadine Labaki
"Tomboy" de Céline Sciamma
"Peur" de Danielle Arbid
"La Cour de Babel" de Julie Bertucelli
"La Bataille de Solférino" de Justine Triet

Lecture avec :

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"De soleil et de sang" de Jérôme Loubry
"Fin de combat" de Karl Ove Knausgaard"
"KGB" de Bernard Lecomte et "Napoléon, dictionnaire historique" de Thierry Lentz
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"Dans la vallée du soleil" de Andy Davidson et "Les dynamiteurs" de Benjamin Whitmer
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"Hourra l'Oural encore" de Bernard Chambaz
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