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Olivier Séguret  (Editions G3j Eds)  avril 2015

Parler de Godard pour un critique de cinéma français, c'est toujours faire oeuvre autobiographique. Chaque cinéphile, selon sa position vis à vis du septième art, s'est créé "son" Godard, voire "son" Jean-Luc.

Il y a eu d'abord la génération des "ciné-fils", souvent en mal de père ou mal à l'aise à l'heure où les sexualités différentes étaient en encore réprimées, qui ont trouvé en lui un grand frère ou un substitut de l'autorité paternelle.

Sa voix douce de grenoblois presque suisse, traînant sur les mots, martelant les formules comme des slogans ou des versets, a eu une influence énorme sur eux. Presque autant que ses films insolents, laissant à penser que tout était possible avec une caméra, de l'amour fou à la révolution des âmes.

Les années 1960, pour ses jeunes gens déjà vieux en 1968, c'était un duel de voix sur les ondes et les écrans, celle de Godard, quelque part, ripostait à celle du Général de Gaulle...

Il y eut aussi une autre génération, celle venue bien après 1968, pour qui le cinéma n'avait déjà plus la même importance, et qui voyait surtout en Godard un médiatique disant à la télé des vérités pas encore dites par Bourdieu ou Pierre Charles.

C'est par son image qu'ils vinrent voir ses images, qu'ils découvrirent "Passion" ou "Sauve qui peut (la vie)" peut-être avant de tomber sous le charme de "Pierrot le fou" ou du "Mépris". Pour eux, Godard était un résistant à la contre-révolution en marche et ils le suivirent longtemps jusqu'à l'apothéose de ses "Histoires du cinéma".

Entre ces deux générations de "Godardiens", il y en eut une "médiane", celle qu'incarne Olivier Séguret, suivant le "Jean-Jacques Rousseau" cathodique de la lumière à l'ombre, de l'éclat de l'époque où il pouvait côtoyer Bardot et les Stones à la solitude du vieil ermite de Rolle.

Tout dans "Godard Vif", essai emprunt de mélancolie, rappelle un temps pas si lointain où il n'y avait pas qu'un critique officiel de Libération qui pouvait mettre ses pas dans ceux d'un cinéaste tour à tour citoyen, moraliste ou esthète, d'un homme pour qui les mots et les choses avaient plus d'importance que les champs et les contrechamps.

L'envie d'écrire cette réflexion aigüe qui pourrait s'appeler "moi et Godard" est venue à Séguret quand, toujours journaliste à Libération, on lui a demandé une "nécro" du petit bonhomme à lunettes. Une rumeur, heureusement infondée, circulait : Godard était gravement malade. Il fallait donc "mettre au frigo", au cas où, un texte sur le grand homme.

Moralement incapable de répondre à cette demande, Olivier Séguret a soudain pu formuler ce qu'il se refusait à conceptualiser : il y aurait un jour où Godard ne serait plus, il y aurait un monde sans Godard, il y aurait un après Godard. Et c'était quelque part impensable pour celui qui vivait depuis toujours avec des batteries rechargées par les nouveaux messages godardiens et même parfois par la "présence réelle" de celui qui les émettait.

Car Olivier Séguret a la chance, une chance qui, pour lui, implique bien des obligations dont celle d'être à la hauteur de la pensée-Godard, de pouvoir se dire vraiment proche du cinéaste. Il n'appartient pas au premier cercle ni au second des proches de Godard, mais celui-ci l'estime, l'écoute, le respecte. Si Séguret n'était pas si pudique, si empreint de modestie jamais feinte, il pourrait affirmer ce qu'on fera à sa place : Godard le considère comme un proche, un ami.

Si l'on voulait s'amuser à revenir aux années 1960, on qualifierait ce "Godard Vif", si émouvant dans ses non-dits, si capital pour retracer ces décennies d'histoire godardienne tellement importantes pour comprendre l'Histoire de la France moderne, de récit égal à "Ces chênes qu'on abat". Dans cet ouvrage, Malraux raconte ses dernières rencontres avec le général de Gaulle, comme dans "Godard Vif" Olivier Séguret esquisse les siennes à Rolle avec Godard. On sait combien Malraux a compté pour Godard. C'est donc assez logique qu'il revienne dans sa propre histoire au moment où celle-ci est forcement dans l'une de ses dernières phases.

Et puis, ceux qui iront à la découverte de ce beau moment d'amitié parsemé de propos éclairants sur le sens de l'existence en apprendront plus sur Godard que les lourdes biographies que l'auteur du "Petit Soldat" suscite déjà.

Séguret fait cadeau à Godard d'un livre à sa mesure. Que Jean-Luc lise ou pas cette centaine de pages, il peut être tranquille : il ne mourra jamais car la flamme allumée par Séguret n'est pas près de s'éteindre.

 

Philippe Person         
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