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Théâtre de l'Opprimé  (Paris)  mai 2015

Comédie dramatique écrite et mise en scène par Alix Fournier-Pittaluga, avec Noémie Bianco, Simon Bonnel, Sophie Ricci, Loris Verrecchia et la participation de Bertrand Poncet.

Avec "Welcome to The Future", le futur n'a même pas une décennie d'avance. En 2024, cette émission de télé-réalité au titre orwellien prétendra envoyer sur Mars, et si possible sans retour, une dizaine de candidats prêts à tout pour une nouvelle vie dans un ailleurs galactique.

Bien sûr, il y aura des réticents et des résistants, à l'image de ce quatuor d'amis encore enfermés dans les valeurs et des pratiques du siècle d'avant, comme celle de se retrouver dans des pique-nique fraternels. Et pourtant, à la surprise des trois autres, l'un de ces mousquetaires de l'ère de la décroissance et du réchauffement climatique, voudra prendre son billet pour ces étoiles frelatées.

Alix Fournier-Pittaluga, qui avait l'an passé monté un savoureux "Mr Kolpert" au théâtre de la Jonquière, a conçu ce voyage insensé comme une métaphore générationnelle. Il s'agit pour elle de raconter ce que sont les jeunes adultes d'aujourd'hui, ceux qui sont à peine sortis d'une enfance prolongée estudiantine pour connaître la précarité des diplômés.

Petits soldats de la modernité mais pas dupes des jeux de rôle dans laquelle elle les enferme pour mieux les utiliser, ils ont beaucoup tâtonné à la recherche d'eux-mêmes dans une longue, trop longue expérience de l'inexpérience.

Comme les générations précédentes, ils sont prêts à tout. Mais, comme ils sont désormais totalement dépourvus de conscience politique, ils paient cash cette désertion et se retrouvent comme les enfants des classes populaires dans les rets du ludique le plus abject.

Dans son dispositif, Alix Fournier-Pittaluga a conçu au premier plan une scène de pique-nique avec relief de repas et bouteilles de bière. C'est là où le quatuor étale sa nostalgie, son refus d'un monde de moins en moins vivable, se serre les coudes et communie au bon vieux temps de leurs espérances. Derrière ce premier plan, il y a un rideau transparent délimitant l'espace où vont phosphorer les concepteurs de cette télé-réalité de l'extrême définitivement dépourvus de toute morale.

On va longtemps passer de l'un à l'autre, les quatre amis rêveurs se transformant instantanément en quatre créatifs calculateurs, sans que les deux univers perdent de leur étanchéité. Puis viendra, le moment fatal, celui du mélange des genres, quand l'un des garçons au bout du bout de son désespoir se fera candidat au départ.

On pourrait craindre que tout cela soit très théorique et que le passage, une nouvelle fois, par le prisme de la télé dans sa forme la plus contestée, ne produise que des poncifs déjà éculés. Alix Fournier-Pittaluga sait remarquablement éviter cet écueil, en ne paraphrasant pas une émission de télé-réalité mais en montrant principalement sa fabrication.

De plus, elle rend celle-ci hilarante puisque les quatre compères démiurges sont saisis dans des séances de "brain-storming" où, pour que les pires idées leur viennent, ils se déguisent. On aura ainsi le droit à un moment "Animal Farm", une mise en abyme de l'univers d'Orwell, dans lequel les petits-enfants de Big Brother montreront toute leur effroyable cynisme.

Le mot est lâché ! Il faut aussi mettre au crédit d'Alix Fournier-Pittaluga d'en être totalement dénuée. C'est sans doute pour cela que pour l'instant, elle ne dispose pas de moyens vidéos très performants et qu'elle ne joue pas dans la même catégorie qu'un Julien Gosselin.

"Welcome to The Future" est l'anti-thèse complète des "Particules élémentaires" de Gosselin. Ici pas question d'en rester à un constat séduisant, dans une esthétique détachée et amusée. Ala provocation inoffensive de Gosselin qui ne dénonce rien, Alix Fournier-Pittaluga préfère dire les choses sans ambages et sans guillemets : dans une époque de merde, on finit par manger de la merde.

Et les choses une fois dites, elle joindra, sans une once d'épate-bourgeois, les actes à la parole : Milo, prêt à tout pour quitter l'enfer terrestre plongera sa cuillère dans un pot d'excréments.

"Welcome to The Futur" laisse donc un drôle de goût dans la bouche, mais pas celui qu'on croit : c'est un spectacle étonnamment lucide, dans ses hauts comme dans ses bas, un spectacle qui s'appuie sur quatre comédiens capables de passer de pile à face, du blanc au noir en un instant.

Noémie Bianco, Simon Bonnel, Sophie Ricci et Lorris Verrecchia sont impeccables, sans doute portés par l'écriture efficace d'Alix Fournier-Pittaluga qui, mieux que le sentiment d'une génération, capte l'esprit d'une époque.

 

Philippe Person         
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Pas encore de vaccin, pas encore d'espoir de voir réouvrir les lieux culturels mais toujours notre sélection pour agiter vos sens et continuer de soutenir les artistes qui en ont bien besoin. Et n'oubliez pas, tous les jours un programme différent sur la TV de Froggy's Delight.

Du côté de la musique :

"Bareback" de Acquin
"Tu m'apprends" de Andréel
"Let my people go" de Archie Shepp & Jason Moran
"Roden crater / Basquiat's black kingdom / Laurel canyon" de Arman Méliès
"Monument ordinaire" de Mansfield TYA
"Glowing in the dark" de Django Django
"My shits" de Dye Crap
"Medicine at midnight" de Foo Fighters
"In a silent way" le mix #14 de cette saison 2 de Listen In Bed
"Alors quoi" de Meril Wubslin
"Old western star" de Nico Chona & the Freshtones
et toujours :
"Freeze where U R" de Brisa Roché et Fred Fortuny
"Richard Strauss : An Eisamer Quelle - A une source solitaire" de Christophe Sturzenegger
"Encounter" de Beyries
"I, the bastard" de Wassailer
"Debbie et moi" de Thomas Cousin
"Only Smith and Burrows is good enough" de Smith & Burrows
"Tango" de Pascal Contet
"If you know, you know" le mix #13 de Listen in Bed à écouter
"Paysages" de Raphaële Lannadère
"Les molécules fidèles" de Emmanuel Tugny & John Greaves
"Dynah" de Dynah

Au théâtre au salon :

avec les captations vidéo de :
"Fanny et Alexandre" d'Ingmar Bergman
"La Fuite !" de Mikhaïl Boulgakov
"King Kong Théorie" de Virginie Despentes
"Les Topor #2 - Prix de l'inattendu" au Théâtre du Rond-Point
"Chantons, faisons tapage" de Thomas Jolly et Laurent Campellone
"Darling chérie" de Marc Camoletti
"J'aime beaucop ce que vous faîtes" de Carole Greep
"Bonne année à toi même" de Pauline Daumale
"Chers" de Kaori Ito

Expositions :

en virtuel :
"Léon Spilliaert - Lumière et solitude" au Musée d'Orsay
"Plein air - De Corot à Monet" au Musée des Impessionnismes à Giverny
"Figure d'artiste" au Musée du Louvre
"Matisse - Comme un roman" au Centre Pompidou
"Le dessin sans réserve" au Musée des Arts Décoratifs
"Jardins d'Orient - De l'Alhambra au Taj Mahal' à l'Institut du Monde Arabe
"Ivan Navarro - Planetarium" à la Galerie Templon

Cinéma :

at home :
"A la recherche de Vivian Maier" de Charlie Siskel et John Maloof
"L'Amant d'un jour" de Philippe Garrel
"Les Brigades du Tigre" de Jérôme Cornuau
"There will be blood" de Paul Thomas Anderson
"Beyond the Sea" de Kevin Spacey
"Mishima, une vie en quatre chapitres" de Paul Schrader

Lecture avec :

"Diamants" de Vincent Tassy
"88" de Pierre Rehov
"Blanc autour" de Wilfrid Lupano & Stéphane Fert
"Dictionnaire des mafias et du crime organisé" de Philippe di Folco
"Le rapport Brazza" de Vincent Bailly & Tristan Thil
"Les amants d'Hérouville - un histoire vraie" de Romain Ronzeau, Thomas Cadène & Yann le Quellec
"Monstres anglais" de James Scudamore
"Vers le soleil" de Julien Sandrel
et toujours :
"Aucune terre n'est promise" de Lavie Tidhar
"Histoire de l'armée italienne" de Hubert Heyriès
"L'inconnu de la poste" de Florence Aubenas
"La bombe atomique" de Jean-Marc le Page
"La fille du chasse-neige" de Fabrice Capizzano

Du côté des jeux vidéos :

Les jeux de l'année selon Boris Mirroir de Doom à Minoria !
"DevilZ, Survival" sur PC

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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