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Bus 29  (Paris)  mai 2015

Impromptu métropolitain déambulatoire de Jacques Roubaud mis en situation par Bertrand, Brossard avec Valentine Basse, Julie Cardile, Sophia Chebchoub, Théo Comby Lemaitre, Gregor Daronian, Morgan Defendente, Nina Durand Villanova, Fabien Gaertner, Marianna Granci, Florine Mullard, Paul Pascot, Thibault Pasquier et Laurent Robert.

Les amateurs d'évènements singuliers ne rateront pas cette balade en autobus parisien sur les "pas" de Jacques Roubaud et de son "Ode à la ligne 29 des autobus parisiens".

Pendant deux heures, assis dans un authentique bus de la RATP, ils écouteront toute une troupe d'élèves comédiens, ceux de l'ERAC (École Régionale des Acteurs de Cannes) leur déclamant les vers du poète en s'égayant à l'intérieur et à l'extérieur du véhicule.

Pour que le pléonasme soit complet, le bus sera lui aussi un 29 et suivra, station par station, le parcours du poème de Jacques Roubaud.

Bien entendu, comme cette œuvre quasi autobiographique, est un très long poème qui, pour être lu dans son intégralité, nécessiterait une bonne dizaine d'heures, il n'en sera lui ici qu'une partie déjà conséquente.

A priori sympathique, cette promenade originale ne peut cependant être considérée comme une véritable représentation théâtrale. Si l'on veut la ranger dans une catégorie, on devrait la qualifier de "happening" ou, selon un langage plus moderne, de "performance".

Car, bien que la douzaine de jeunes gens formant la troupe du 29 se démène astucieusement à l'intérieur du couloir central du bus, le "plateau" ne dégage aucun espace scénique. Bertrand Bossard, le metteur en scène, a résolu partiellement le problème en faisant descendre des comédiens çà et là, au gré des stations, et à charge pour eux de revenir par leurs propres moyens à un autre arrêt.

Mais cela ne résout pas vraiment le problème de déplacement des acteurs et, pour le spectateur, même s'il peut changer de place avec ses voisins, se pose aussi le problème de son champ de vision. Il n'y a pas de places a priori idéales, mais celui qui est dans le sens contraire de la marche se prépare un sévère torticolis.

Il faut admettre que la plupart des participants sont assez contents de leur sort et s'amusent particulièrement quand le bus roulant dans des rues étroites, type rue des Francs-Bourgeois, suscite la curiosité - allons jusqu’à "médusée" - des passants ou des clients des restaurants.

On sera moins indulgent sur le contenu du "spectacle". Le texte est du "Roubaix tardif", datant du milieu des années 2000, et l'on a parfois l'impression que la préciosité, la manière Oulipo, marque de fabrique de l'impétrant, tourne à vide. Par définition, l'Ode est un genre poétique daté où l'inversion de mots et de phrases est centrale. Ce qu'il raconte oscille entre l'anecdote un peu "moi moi moi" et la petite information historique "wikipédia". Répétitif, auto(bus)satisfait et complaisant, le texte ne dégage pas une sympathie véritable.

Est-ce pour cela que l'on trouvera déplaisant le ton employé par les jeunes comédiens pour le dire ? Ont-ils eu du mal à comprendre que Roubaud était un "précieux moderne" et que son ode cachait une "anthologie poétique" et qu'il fallait bien s'imprégner de toutes les formes textuelles qu'il emploie ?

En les écoutant, on se demande s'ils comprennent toujours ce qu'ils disent et, pour leur défense, on ajoutera qu'ils appartiennent à une époque où plus personne ne dit des poésies pour un large public. Aucun acteur ne travaille vraiment la scansion poétique et les spectacles où l'on interpréterait des poètes, sans les chanter, sont devenus rarissimes.

Reste que les élèves de 3e année de l'ERAC ne sont pas gâtés pour ce qui est un de leurs travaux de diplôme. Leurs voix mal posées pour l'exercice ont un son désagréable, une fausse jovialité chargée de cacher une absence d'esprit ou de point de vue sur ce qui est récité. Pas ou peu d'émotions, pas de modulation. On a vraiment l'impression d'entendre des apprenti-comédiens dont aucun n'a encore trouvé sa "voix".

Brouhaha ou bouillie de mots, chaque strophe qui s'enchaîne en changeant de "groupes" d'acteurs produit un effet comparable. Au bout d'un certain temps, on perd ainsi le fil de Roubaud ou l'on ne retient que la superficialité de son discours alors que l'on traverse des endroits où la population est bien éloignée de cette poésie bobo.

Après le terminus de la ligne, à l'étrangement nommée "Porte de Montempoivre", on reprend le périphérique pour "rentrer" au 104 et si l'on est attentif, on s'aperçoit que l'on passe devant "l'Hypercacher" où s'est déroulée la terrible tuerie de janvier 2015. En une seconde, la poésie de Roubaud s'envole, le spectacle de la rue étant bien plus fort... Et l'on comprend peut-être ainsi la nécessité d'être dans un espace clos, à l'abri du bruit du monde, pour pouvoir le reconstituer, le raconter, sans que son irruption ne ruine ce récit.

Ce rappel à l'ordre impromptu donne peut-être son sens à ce spectacle ludique sans vrai enjeu et donc bien d'aujourd'hui.

 

Philippe Person         
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