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The Colour in Anything  (Polydor)  mai 2016

Gilles Deles : Mon morceau favori de l'album : "Timeless".

Ce morceau incarne à la perfection ce qu'on adore chez Blake, cette manière de créer une tension avec peu de choses. Même le souffle fait partie de l'atmosphère comme un composé subliminal. Le beat sur ce morceau a un tempo inquiétant car il est à la fois familier et autre, inclassable en quelque sorte. On ne peut pas dire que ca soit du R'n'B ni du trip-hop. Ce n'est ni dansant, ni neurasthénique. La boucle de synthé qui amorce cette montée procède de l'obsession. Des éléments posés au départ se recombinent sur une sorte de pont d'avant refrain.

Mickaël Mottet : C'est aussi l'une de mes préférées, alors qu'elle a la lourde tâche d'enchaîner après l'un des pics émotionnels de l'album ("Love me in whatever way"). Mais c'est suffisamment malin pour procurer une sorte de double orgasme auditif - il y a clairement un truc sexuel dans sa musique, reconnaissons-le.

Blake a une manière bien à lui de sonner en permanence comme s'il nous donnait à entendre le remix du morceau original. Un remix vers l'épure, minimal, affiné, qui partirait du principe que l'auditeur connaît bien la chanson originale. D'où notre plaisir grandissant à son écoute.

Ça peut sembler paradoxal, du coup, mais ma petite préférée à moi est la chanson la plus immédiate et la plus nue du disque : "F.O.R.E.V.E.R.". Sans doute à cause du son incroyablement profond du piano.

Gilles Deles : Oui, tu touches exactement à la question que je me posais ce matin en l'écoutant : est-ce qu'il a une trame piano / voix qu'il habille ? Est-ce qu'il surarrange pour ensuite élaguer ? Et je me demande quel est le rapport au doute d'un bonhomme de ce genre, et quel est son critère (Wittgenstein) pour savoir quand il a atteint sa juste proportion ? En effet, aller vers le moins à ce point et en faire usage pour cette profondeur est comme un danseur sur sa corde, un sceptique qui a refusé la métaphysique du home-studio. D'ailleurs il est impressionnant de noter qu'il fait ses propres mixages même s'il n'est pas l'ingé son à proprement parler, et ce n'est donc pas étonnant, car on ne peut assumer ce genre de logiques qu'en maîtrisant cet aspect de la chaîne du son.

Le texte de "The Colour in Anything" m'a profondément ému.

Mickaël Mottet : Oui, c'est probablement son disque où l'émotion tient le plus de place. Sur "Choose me", il parvient même à rendre de l'autotune émouvant. Cette note aiguë transpercée par la machine, c'est dingue. Ça donne l'impression d'entendre le son d'un nerf qui lâche.

Il travestit d'ailleurs sa voix à de nombreuses reprises, comme sur les albums précédents, mais au point où on se demande par endroits si la voix transformée est bien la sienne ; ce qui relativise presque l'intérêt des collaborations vocales des deux invités (Frank Ocean et Bon Iver).

Moi aussi, ça m'intrigue, son mode de composition. On dirait que la chanson et le dispositif naissent ensemble, rendant la classique question "Les paroles ou la musique en premier ?" obsolète. Par exemple, comment un morceau comme "Radio Silence" a-t-il bien pu démarrer ?

Quelque chose me dit que c'est le rythme lancinant, ou bien l'arrivée de la vague étouffante dans les graves. Certainement pas la boucle de voix, en tout cas. Voilà : en bon deleuzien, James Blake compose sûrement à partir du milieu.

Lui-même explique en tout cas qu'il considère une chanson comme terminée quand il peut la faire écouter à quelqu'un sans quitter la pièce.

Quant à sa personnalité, quelque chose me dit que c'est un mec qui sait exactement ce qu'il veut, et ce qu'il vaut. Mais sous un déguisement hautement élégant, précis... britannique.

Gilles Deles : Je rebondis sur des remarques précédentes et notamment la dimension de ce qui est sexuel dans sa musique.

Cela ne m'avait pas frappé d'emblée, mais en y pensant j'ai découvert James Blake en étant au lit avec une femme qui me l'a fait connaître. C'est une sorte d'implicite dans sa musique comme s'il s'amusait du tragique de toute revendication sexuelle. "Oui bien sûr, on le sait nous sommes des êtres sexués, mais à il n'y a plus besoin de refouler car du sexe il y en a partout, en surabondance et ne reste que la frustration. Dans ma musique je peux vous dire que cela va de soi et ce n'est plus un besoin, c'est la condition de possibilité de ce qui est sensuel et donc sonore". "The Wilhelm Scream" sur son premier album illustre déjà ce point de vue ; le beat a l'air de suffoquer derrière les nappes mais la voix, elle, ne suffoque pas et s'étend de plus en plus profondément.

Il s'agit d'une sorte d'ironie terrible : illustrer une chute par une montée sonore, respirer vocalement quand la musique s'effondre dans sa propre croissance.

De même, son usage de l'autotune me semble être une sorte d'autodérision du premier de la classe en Rn'B, comme sur "Put that away and talk to me", et tu as raison, les collaborations se fondent tellement qu'elles n'ont aucune forme d'exotisme. En tout cas, il ne revendique pas ce genre d'esthétique, pas plus qu'il ne la renie.

S'il est Deleuzien malgré lui alors il est le Deleuze d'Empirisme et subjectivité, celui qui a lu Hume et William James, qui se réfère à une tradition pragmatique et sensualiste car l'argument "faire écouter sans quitter la pièce” est bien un argument pragmatique. Mais, il s'agit aussi d'une forme de pudeur personnelle et musicale.

Je suis convaincu que cet homme a une connaissance de choses très "classiques" qui lui ont donné un socle musical assez inaltérable. ll n'a pas besoin de modifier ce qui serait "roots", et la musique des années 2010 serait assez dans cette veine : c'est l'après de la post-modernité qui se manifeste par une sobriété néo-classique. Très peu de gens seront à même de faire cela et soient les musiques intéressantes auront désormais cette classe qui consiste à faire beaucoup avec peu en marchant sur la brèche, soient les compositions pourront être vulgaires et le critère pour les différencier sera très difficile à trouver, ou jouera lui aussi sur peu de choses.

On se retrouvera avec une esthétique musicale qui sera à l'image de l'économie : des très riches et des très pauvres, et une classe moyenne bâillonnée, une difficulté à identifier ce qui est de gauche et ce qui est de droite comme c'est de plus en plus le cas, des espaces angoissants car ils n'ont plus de bordure topologique identifiable de l'intérieur. Peut-être, qu'il y a du vide derrière l'horizon mais le ciel est sublime.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de James Blake
Le Soundcloud de James Blake
Le Facebook de James Blake

Les images d'illustration sont de Quentin Blake.


Gilles Deles & Mickaël Mottet         
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# 29 mars 2020 : On continue à s'égayer le cerveau

On attaque la troisième semaine de confinement. On ne va pas baisser les bras, et nous vous proposons encore un joli contenu histoire de s'oxygéner le cerveau comme on peut. C'est parti.

Du côté de la musique :
"44" de François Puyalto
"Yene mircha" de Hailu Mergia
"Le silence et l'eau" de Jean-Baptiste Soulard
"Gigaton" de Pearl Jam
"Metal band" de Bernard Minet
"Connection loss" de Caesaria
"The black days session #1" de Daniel Roméo
"Sixième sens" de Faut Qu'ça Guinche
Péroké, Coco Bans, Al Qasar, quelques clips pour lutter contre l'ennui du confinement
"Alterations" de Robin McKelle
"Love of life" de Vincent Courtois, Robin Fincker et Daniel Erdmann
"No return" de We are Birds
et toujours :
"La course" de Bon Voyage Organisation
"Où ça en est ?" de Ceylon
"Blossom" de Coralie Royer
"Brothers of string" de Duplessy & the Violins of the World
"Atomised single" de Gogo penguin
"Onkalo" de Julie Campiche Quartet
"Single carry me home" de Kokoroko
"The pain, the blood and the sword" de Lion's Law
"Five for five" de Michael Fine
"Mon étrangère" de Valentin Vander

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

en diffusion sur le net :
une comédie contemporaine avec la captation de la création originelle de "Art"
du boulevard avec :
le streaming de "Fleur de cactus"
le streaming de "Jo"
un classique revisité avec la captation de "Peer Gynt"
une évocation de l'univers de Lewis Caroll avec la captation de "Lewis versus Alice"
dans la rubrique "Au Théâtre ce soir" :
"Peau de vache"
avec Sophie Desmarets
et "La Puce à l'oreille" avec Louis de Funès
une gourmandise pour fan addict avec Fabrice Luchini en vidéo dans "Le point sur Robert"
et des spectales à voir ou a revoir en DVD :
"Le Paradoxe amoureux"
"Dieu habite Dusseldorf"
"ABC D'airs"

Expositions :

en toute tranquillité mais musicales avec sur le Musée de la Sacem :
"L'Opérette" de son Age d'or à la Belle Epoque au regain d'engouement avec sa réactivation par des compagnies contemporaines tels "Azor" et "La Grande duchesse de Gerolstein"
et celle dédiée à son roi "Jacques Offenbach"
au Musée de la Monnaie de Paris :
la visite virtuelle des collections permanentes et la visite de sa dernière exposition en date "Kiki Smith"
et passer les frontières avec la visite virtuelle des collections du Musée Guggenheim de New York

Cinéma :

Ciné-Club at home avec :
"Blue Velvet" de David Lynch
"Casanova" de Federico Fellini
"Les 39 marches" d'Alfred Hitchock
le téléfilm "Paris Best" de Philippe Lioret
et des films récents sortis en DVD :
"Les Eblouis" de Sarah Suco
"Alice et le maire" de Nicolas Pariser
"Noura" de Hinde Boujemaa

Lecture avec :

"Banditi" de Antoine Albertini
"Champ de tir" de Linwood Barclay
"Chasseurs et collectionneurs" de Matt Suddain
"Les cents derniers jours d'Hitler" de Jean Lopez
"Les plumes du pouvoir" de Michaël Moreau
"Nefertari dream" de Xavier-Marie Bonnot
et toujours :
"Confession téméraire" de Anita Pittoni
"L'âne mort" de Chawki Amari
"L'archipel des larmes" de Camilla Grebe
"Riposte" de David Albertyn
"Temps noirs" de Thomas Mullen
"Toute la violence des hommes" de Paul Colize
"Une île sur la Volga" de Iwan Lépingle

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"Shadow, le cloud computing", retour d'expérience de l'utisation d'un PC dans les nuages
Une sélection de jeux pour moins vous ennuyer pendant le confinement et plus tard
"Call of Cthulhu" sur Switch, PS4, Xbox One et PC
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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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