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Edition 2016  (Pont-à-Mousson)  Du 23 au 29 août 2016

Fondée en 1995 par Michel Didym, qui en demeure vingt-et-un ans après, l'âme et l'aiguillon artistique, "La Mousson d'Été" est désormais un rendez-vous incontournable des vrais amateurs de théâtre.

Loin de la profusion et du tumulte avignonnais, cette "Mousson", qui se déroule principalement dans le cadre apaisant de l'abbaye des Prémontrés, est l'occasion d'entendre une série de textes choisis soigneusement parmi les "nouvelles écritures contemporaines".

Le matin, dans ce magnifique endroit sis aux bords de la Moselle, ont lieu les "ateliers de l'université européenne", ateliers d'écriture théâtrale animés par des auteurs qui encadrent des étudiants de tous les âges venus à la Mousson pour s'initier au genre.

Chaque après-midi, et parfois en soirée, ces étudiants vont rejoindre les autres festivaliers pour suivre plusieurs lectures, ponctuées de rencontres avec leurs auteurs. Ces lectures sont dirigées par des metteurs en scène de renom, à commencer par le "maître" des lieux, Michel Didym. Les comédiens qui se prêtent au jeu, on le verra, ne sont pas non plus des inconnus...

Peu à peu, étudiants, auteurs, metteurs en scène, comédiens, journalistes forment une belle collectivité toute dévouée à l'art théâtral et avide de le vivre ou de le servir. Ils sont aussi conviés à des spectacles qui peuvent avoir lieu à Pont-à-Mousson ou dans ses environs et qu'on pourra revoir plus tard à Paris, comme lors de cette Mousson, "Moi, Corinne Dadat" et "Scènes de violences conjugales".

Jusque tard dans la nuit, les discussions vont bon train et s'achèvent souvent au "Parquet de bal", lieu festif où se déroulent aussi des concerts et des "cartes blanches" intitulées "impromptus de la nuit".

C'est peu dire qu'on n'oublie pas le moindre jour passé à l'abbaye des Prémontrés et qu'on y repart requinqué, prêt pour la nouvelle saison théâtrale, et sans doute plus indulgent quand on veut faire office de critique. Car on y a vu in situ ses "affreux de la création", comme disait Gainsbourg, que connaissent quotidiennement tous les membres de la chaîne artistique.

Ce séjour immergé dans le théâtre en train de naître permet incontestablement à tous ceux qui écrivent dessus d'être un peu mieux à l'écoute des textes. Puisse son souvenir leur permettre de garder la même qualité d'écoute toute l'année... avant de revenir se ressourcer à la prochaine Mousson !

Et voici un un petit parcours ponctués de quelques beaux moments d'écoute et de partage...

"Bruits d'eaux" de Marco Martinelli.
Texte français de Jean-Paul Manganaro, lecture dirigée par Michel Didym avec Charlie Nelson (musique de Philippe Thibaut)

C'est sur une estrade à quelques pas de la Moselle où l'on entendait, comme pour rajouter de l'ironie au texte très fort de Marco Martinelli, des bruits de hors-bord pratiquant le ski nautique, que Charlie Nelson, ponctué des pincements électriques de la guitare de Philippe Thibaut, s'est lancé dans cette lecture où les chiffres abondaient.

Car c'est un archiviste méthodique qui parle. La voix n'est pas joyeuse. Elle feint parfois l'indifférence mais ne peut s'empêcher au moindre chiffre effacé de faire une digression pleine de compassion.

Charlie Nelson et Michel Didym ont trouvé le ton juste pour rendre vivante cette comptabilité de la mort tenue par un petit fonctionnaire, même s'il a un uniforme de général, sans doute isolé sur un caillou où s'élève sa cabane. On n'est visiblement pas très loin de Lampedusa et les "migrants" s'y noient sans distinction de races, de religions et de pays.

Monologue viscéral, jamais acrimonieux, le texte de Marco Martinelli tient la distance. Son général de l'armée des migrants morts n'a pas le phrasé ratiocinant d'un Thomas Bernhard. C'est une écriture simple, bien approprié à son sujet. Ce qu'il y a de magnifique dans une lecture quand elle fonctionne parfaitement, c'est qu'on en oublie que l'acteur lit et qu'on a déjà l'impression de faire soi-même sa propre mise en scène.

Quand "Bruits d'eaux" prendra, on n'en doute absolument pas, forme scénique, il ne faudra pas rater la pièce de Marco Martinelli. Et l'on espère que Charlie Nelson sera lui aussi de la partie.

"De plus belles terres" d'Alat Fayez
Lecture dirigée par Laurent Vacher, avec Quentin Baillot, Philippe Fretun, Céline Milliat-Baumgartner, Jonathan Nizard et Frédéric Sonntag

Cette lecture de "De plus belles terres" d'Alat Fayez, dirigée par Laurent Vacher est intéressante parce qu'elle pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Alat Fayez a, en effet, écrit un texte très agréable à écouter, avec des scènes fortes et des problématiques du moment, mais on se demande sans cesse ce qu'il en serait si la pièce était montée. Car l'ambiguité de sa pensée sur l'altérité est un peu masqué par le "côté à plat" de la lecture.

Mariée à un Français, une jeune femme peut-être arabe, mais ce n'est pas franchement dit, craint les extrémistes religieux. Retirée avec son époux dans un petit village du Sud de la France, elle voit renaître ses peurs d'antan quand son mari entre en contact avec une famille certainement de même origine qu'elle.

L'homme n'est pas très sympathique avec elle et sa femme est voilée. Dès lors, on se demande comment tout ça prendrait forme sur scène. Comment vivrait-elle dans son corps et ses déplacements ce qu'elle perçoit, à juste raison ou pas, comme une menace pour elle ?

Parallèlement, comment serait présentée la pratique religieuse du trio ? Le costumier serait-il sommé de trouver des vêtements islamiques ou de simples tenues évoquant une imprégnation religieuse ?

Assez bien écrite, mais pas assez claire dans son propos, "De plus belles terres" d'Alat Fayzez devrait se heurter au passage à la scène. Reste qu'en tant que lecture, elle se suit plaisamment.

"Comment retenir sa respiration" de Zinnie Harris, texte français de Blandine Pélissier et musique de Philippe Thibault


Lecture dirigée par Michel Didym, avec Quentin Baillot, Anne Benôit, Ariane Von Berendt, Marie Desgranges, Guillaume Durieux, Grégoire Lagrange, Céline Milliat-Baumgartner et Frédéric Sonntag.

Zinnie Harris est anglaise et elle a choisi de bâtir un récit théâtral mouvementé, haletant. L'héroïne de "Comment retenir sa respiration", Dana, chercheuse cérébrale germanique, a tiré le mauvais numéro : elle a couché, un soir, avec quelqu'un qui pourrait bien être le "Diable".

Elle n'a pas signé de pacte avec lui, mais, pire, a refusé l'argent qu'il lui offrait. Or, le Diable ne pouvant être aimé, ne peut connaître que des amours tarifés. Dès lors, il va lui pourrir la vie, la rendre impossible, nuire à ses proches en la personne de sa sœur et plonger Dana dans toutes les galères du moment.

Elle qui doit rejoindre Alexandrie pour un examen va voir les plus improbables évènements survenir pour l'en empêcher. Le Diable est prêt à tout pour qu'elle cède et a la rancune tenace. L'Europe sera donc à feu et à sang, la crise économique frappera l'Allemagne dans une version digne des années 20 et Dana connaîtra les pires malheurs...

Mélange survitaminé de roman d'apprentissage et de fantastique à l'anglaise, "Comment retenir sa respiration" réussit à équilibrer les scènes dramatiques et les moments franchement hilarants quand surgit le "Bibliothécaire" et ses livres toujours opportunément adaptés à la situation que traverse Dana. Qui est-il ce mystérieux "Bibliothécaire" ? Un autre Diable, un membre du camp adverse ?

La pièce de Zinnie Harris, qui n'est peut-être pas la plus facile à monter, possède un vrai charme, une authentique singularité que toute la petite troupe dirigée par Michel Didym saisit avec délectation. Cette écriture pleine de rebondissements tient en haleine jusqu'au bout car la fin surprenante, comme le reste, confirme que dans l'univers de Zinnie Harris tout peut arriver sans jamais donner l'impression du cheveu sur la soupe.

Les Stooges et autres histoires de ma vie
Lecture de textes d'Iggy Pop dirigée par Laurent Vacher, avec Catherine Matisse. Musique Philippe Thibault

Dans une ambiance digne d'un cabaret berlinois du temps de Lou Reed, avec fumée à volonté et guitar-hero en action, Catherine Matisse, au micro, s'amuse à retrouver le style des égéries du rock'n'roll, de Zouzou à Nico, d'Anita Pallenberg à Dani. Les plus jeunes qui n'ont pas le sens de l'arithmétique pourraient même la croire un vrai témoin de l'époque...

Evidemment, sexe, drogue et tohu-bohu musical étaient les ingrédients du récit d'Iggy Pop. Rien de nouveau sous le soleil, mais comme l'ambiance était plutôt à la pénombre, Catherine Matisse portait haut et avec une savante désinvolture l'univers de cet étonnant survivant, désormais porte-manteau publicitaire et doux septuagénaire.

Bulle de savon de coups tirés et de trips dans les vécés les plus sordides des boîtes les moins classe, "Les Stooges et autres histoires de ma vie" est un texte parfait d'avant minuit.

"Happy Manif (Walk on the love side)". Spectacle de David Rolland

Pour réussir une "Happy Manif", il faut une vingtaine de participants, leur poser sur les oreilles des casques sonorisés, leur demander de respecter les indications donnés par David Rolland et les faire déambuler dans le centre de Pont-à-Mousson.

Entre visite guidée de la ville et parcours chanté, "Happy Manif" réussit son pari parce qu'elle allie le festif et le culturel, l'envie de danser et de chanter, sans chercher à pousser trop loin les effets produits. Tout commencera, Place Duroc, la seule place triangulaire d'Europe dira le commentaire, aux accents de "Lola" de Jacques Demy.

Sous les arcades de cette place, résonneront des airs entendus dans "On connaît la chanson". Spectacle interactif et participatif, "Happy Manif" associera chacun avec un autre chacun, et cette association aléatoire sera déterminée par des lignes de fracture quasi idéologiques, entre ceux, par exemple, qui auront déjà été chez le podologue et ceux qui auront les pieds vierges de toute intervention...

Avec son ou sa partenaire, on rejouera alors "Paroles, paroles" devant des Mussipontains guère étonnés. Pas plus d'ailleurs quand il faudra revivre une scène du dernier métro mettant face à face Andréa Ferréol et Gérard Depardieu.

Si l'on se prend au jeu bien mené par David Rolland, on constatera qu'on a passé un moment assez inédit et que le temps a vite filé. Une expérience ludique, certes, mais pas bête et pleine de surprises qui mérite sans conteste d'être qualifiée de spectacle.

"Notre Classe" de Tadeus Slodbodzianek.
Texte français de Cécile Bocianowski, mise en espace dirigée par Éric Lehembre avec une dramaturgie d'Olivier Goetz et une musique originale de Pierre-Emmanuel Kuntz, avec la troupe amateur du Bassin Mussipotain

Dommage qu'on ait pas eu la liste des acteurs composant la troupe amateur du Bassin Mussipotain. Car tous méritaient amplement de chaleureuses félicitations pour leur participation à ce projet ambitieux et nécessitant de vrais compositions.

En effet, "Notre Classe" raconte les heures sombres de la Pologne à travers l'histoire d'une dizaine de camarades de classe parmi lesquels cohabitaient juifs et catholiques. Quand survient le temps de la haine et des pogroms, l'amitié n'a plus voie au chapitre et, par lâcheté, par conformisme, voire par intérêt, les petits copains catholiques d'hier vont se transformer en bêtes féroces pour leurs ex-petits copains juifs.

Récit sans concession, appuyant là où ça fait mal à la conscience collective polonaise, "Notre Classe" décrit des vies détruites, laminées par le remords ou l'oubli. Personne, parmi les survivants, n'a vécu vraiment heureux.C'est tout un peuple qui s'est perdu dans ce déchaînement de haine imbécile et qui ne s'est jamais reconstruit.

Aidé par la belle musique de Pierre-Emmanuel Kuntz, on veut croire un instant qu'une autre Pologne était possible. Mais rien n'y fait, le texte de Tadeusz Slobodzianek a la force de la vraie lucidité, celle qui emprunte définitivement la forme du désespoir.

On aimerait que ce texte didactique, mais qui sait émouvoir, connaisse un bel avenir théâtral.

"Et le ciel est par terre" de Guillaume Poix
Lecture dirigée par Guillaume Poix, avec Anne Benoît, Ariane Von Berendt, Cécile Bournay et Grégoire Lagrange

Au cinéma, comme au théâtre, on a souvent vu des mères possessives dominer leur petite famille au point d'étouffer leurs enfants. Et pas seulement des "Folcoche". Dans "Et le ciel est la terre", sur fond de barre d'immeuble qui va s'effondrer, Guillaume Poix pousse la situation à son maximum.

Il faut dire qu'il a, en Anne Benoît, la personnalité idéale pour jouer la mère tyrannique dirigeant d'une main de fer, et au nom de principes pas toujours très évidents ni logiques, une "portée" d'enfants qui ont du mal à s'affirmer, à devenir autre chose que les enfants de leur mère.

Extrêmement bien écrit, avec de vraies envolées poétiques dignes d'un fantastique social qui fonctionne efficacement dans les "HLM", le texte de Guillaume Poix tourne peut-être un peu à vide à la longue. C'est le danger de tout focaliser sur un seul personnage - mais quel personnage...

Pourtant, paradoxalement, ce défaut est aussi sa force et l'on pariera que "Et le ciel est par terre" de Guillaume Poix trouvera preneur, d'autant plus si Anne Benoît en est la tête d'affiche.

 

Philippe Person         
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"Tu m'apprends" de Andréel
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"Glowing in the dark" de Django Django
"My shits" de Dye Crap
"Medicine at midnight" de Foo Fighters
"In a silent way" le mix #14 de cette saison 2 de Listen In Bed
"Alors quoi" de Meril Wubslin
"Old western star" de Nico Chona & the Freshtones
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"Encounter" de Beyries
"I, the bastard" de Wassailer
"Debbie et moi" de Thomas Cousin
"Only Smith and Burrows is good enough" de Smith & Burrows
"Tango" de Pascal Contet
"If you know, you know" le mix #13 de Listen in Bed à écouter
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"Les molécules fidèles" de Emmanuel Tugny & John Greaves
"Dynah" de Dynah

Au théâtre au salon :

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"Chantons, faisons tapage" de Thomas Jolly et Laurent Campellone
"Darling chérie" de Marc Camoletti
"J'aime beaucop ce que vous faîtes" de Carole Greep
"Bonne année à toi même" de Pauline Daumale
"Chers" de Kaori Ito

Expositions :

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"Léon Spilliaert - Lumière et solitude" au Musée d'Orsay
"Plein air - De Corot à Monet" au Musée des Impessionnismes à Giverny
"Figure d'artiste" au Musée du Louvre
"Matisse - Comme un roman" au Centre Pompidou
"Le dessin sans réserve" au Musée des Arts Décoratifs
"Jardins d'Orient - De l'Alhambra au Taj Mahal' à l'Institut du Monde Arabe
"Ivan Navarro - Planetarium" à la Galerie Templon

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"A la recherche de Vivian Maier" de Charlie Siskel et John Maloof
"L'Amant d'un jour" de Philippe Garrel
"Les Brigades du Tigre" de Jérôme Cornuau
"There will be blood" de Paul Thomas Anderson
"Beyond the Sea" de Kevin Spacey
"Mishima, une vie en quatre chapitres" de Paul Schrader

Lecture avec :

"Diamants" de Vincent Tassy
"88" de Pierre Rehov
"Blanc autour" de Wilfrid Lupano & Stéphane Fert
"Dictionnaire des mafias et du crime organisé" de Philippe di Folco
"Le rapport Brazza" de Vincent Bailly & Tristan Thil
"Les amants d'Hérouville - un histoire vraie" de Romain Ronzeau, Thomas Cadène & Yann le Quellec
"Monstres anglais" de James Scudamore
"Vers le soleil" de Julien Sandrel
et toujours :
"Aucune terre n'est promise" de Lavie Tidhar
"Histoire de l'armée italienne" de Hubert Heyriès
"L'inconnu de la poste" de Florence Aubenas
"La bombe atomique" de Jean-Marc le Page
"La fille du chasse-neige" de Fabrice Capizzano

Du côté des jeux vidéos :

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Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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