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Shu Aiello et Catherine Catella  février 2017

Réalisé par Shu Aiello et Catherine Catella. France/Italie/Suisse. Documentaire. 1h31 (Sortie le 8 février 2017). Avec

Shu Aiello et Catherine Catella sont toutes les deux des documentaristes françaises d'origine italienne. La première a une famille originaire de la Calabre, la seconde a des ancêtres siciliens.

Elles étaient donc les bonnes personnes pour se rendre à Riace, en pleine Calabre, pour suivre une expérience - presque - unique d'accueil des migrants échoués sur les côtes italiennes.

Tout d'abord, avant d'être emporté par leur sujet passionnant, il faut dire une chose importante : "Un Paese di Calabria" de Shu Aiello et Catherine Catella est un film documentaire d'une beauté rare. On est sidéré par les plans de ce village posé sur les hauteurs, comme par ceux qui montrent la mer, cette mer si inhospitalière aux migrants.

Outre cette beauté des images, qui pourraient être destinées à un joli "Connaissance du monde" d'antan, il faut aussi souligner qu'à la différence de ces hélas trop nombreux films sur le problème des migrants, celui-ci est ce qu'on pourrait improprement appeler un "feel good documentaire".

Une fois refermé ce grand livre d'images, presque toutes porteuses d'espoir, on se sent beaucoup mieux qu'à l'écoute d'un flash radio ou d'un reportage vidéo égrenant les noyades ou les reconduites à la frontière.

Il faut dire que Riace, depuis 1998, date à laquelle un bateau s'est échoué près de ses côtes avec des centaines de personnes à son bord, a décidé de pratiquer une politique ouverte sur la question.

Grâce à la vision de son maire incorruptible, Domenico Lucano, la petite cité dépeuplée, où les jeunes devaient s'exiler pour trouver du travail et un sens à leur vie, est en pleine renaissance. À l'époque de ce premier bateau, il restait neuf cents personnes vivant à Riace, aujourd'hui, en 2016, la commune regroupe 2 100 habitants.

Chose moins surprenante qu'il n'y paraît, le maire accueillant est également le seul de la région à avoir porté plainte contre la pieuvre. Moins "célèbre" que ses homologues siciliennes et napolitaines, la "Ndrangheta" n'en est pas néanmoins un poison pour les Calabrais, qui rackette les commerçants et cherche à se servir des migrants comme de véritables esclaves.

Mais la vraie vedette du film est Riace. Ce village typiquement sarde est devenu un laboratoire pour l'Italie ce pays où 40 millions de personnes sont partis aux quatre coins de la planète entre grosso modo 1880 et 1960 et qui, depuis 1975, est devenu lui-même une destination pour immigrés.

Dans un village où les maisons se fermaient une à une, on avait d'abord pensé à un projet touristique. Les maisons seraient retapées pour les accueillir... La grande "Histoire" en a décidé autrement. Les maisons ont finalement bien été retapées, même au-delà des espoirs des plus optimistes, mais elles sont occupées désormais par des migrants de passage ou pour un certain nombre par des gens qui ont décidé de rester là.

Comme ce charpentier kurde arrivé parmi les premiers et qui, vingt après, prend son petit café du matin au bar avec ses amis nés à Riace. Qui dirait qu'il vient d'ailleurs ? Certes, c'est un peu différent pour ces Africains qui s'apprêtent pour le baptême du dernier-né et que l'on retrouve dans l'église de Riace en train d'être oint par le prêtre.

Mais ici le clergé répond au message du Christ. Non seulement, le petit Daniel à la peau sombre est béni de bon cœur, mais l'office est œcuménique et c'est à une messe syncrétique que l'on assiste, où les rescapés musulmans peuvent venir prier le "même" Dieu que le dieu chrétien comme le dit encore le prêtre.

Dans "Un Paese di Calabria" de Shu Aiello et Catherine Catella, on entend en voix off, le récit de membres de leurs familles venus en France, à Nice. Et l'on y découvre que l'accueil des azuréens n'avait pas la chaleur, loin de là, de celui des habitants de Riace pour les nouveaux "damnés de la terre".

Certes, elles ont construit un film à "décharge", très positif. Et l'on pourra s'interroger sur le "suspense" final, quand le maire héroïque de Riace, Domenico Lucano, qui rend ses quartiers de noblesse à la fonction politique, mène campagne électorale. Sera-t-il ou pas réélu pour la troisième fois ?

Cette interrogation, transformée en crainte, ne signifie-t-elle pas qu'il y a des villageois sardes réfractaires à cette politique, qui, apparemment, a permis à Riace de revivre ? On aurait aimé les rencontrer pour comprendre mieux l'enjeu et la difficulté de ce projet hors norme consistant à accueillir (et bien) plutôt qu'à parquer et à chasser les migrants.

Qu'importe. L'expérience a le mérite d'avoir eu lieu et l'on verra, au final, si elle continue ou pas, si elle peut toujours servir d'exemple pour le vivre-ensemble dans un siècle qui, pour l'heure, exacerbe les antagonismes nés d'une mondialisation guère heureuse.

"Un Paese di Calabria" de Shu Aiello et Catherine Catela restera, de toute manière, un documentaire de grande qualité dont on pourra se réclamer pour affirmer que l'utopie peut prendre racine.

 

Philippe Person         
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