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Théâtre 71  (Malakoff)  février 2017

Performance de ténèbres sur un texte de Pascal Quignard, mise en scène et interprétée par Pascal Quignard et Marie Vialle.

Pantalon noir, chemise gris noir, faux airs d'Eric Rohmer, Pascal Quignard s'installe à une table d'écrivain janséniste que l'on verrait bien retirer dans une bergerie moyenâgeuse peu chauffée.

D'une voix enrouée et fragile, il gagne immédiatement l'attention générale. Même de ceux qui ignorent qu'il est l'un des géants de la littérature française, à mille lieues au-dessus de tous ceux qui font des polémiques ou des best-sellers. On le sent un peu apeuré. D'une peur qui se dissipe dès qu'il lit son premier petit texte.

"Il est des choses qui blessent l'âme quand la mémoire les fait resurgir. Chaque fois qu'on y repense, c'est la gorge serrée"

C'est dans la tension de ses souvenirs douloureux que Pascal Quignard, bientôt rejoint par Marie Vialle, elle tout de blanc vêtue, que débute cette heure inouïe.

Avant que sa partenaire-complice ne vienne se livrer à un singulier numéro de cris d'oiseaux, qu'elle n'accomplisse moult métamorphoses, Quignard a placé le spectacle sous la tutelle, d'une part du corbeau, symbolisé par une gravure de Lascaux, d'autre part de la chouette, saisie elle sur un dessin de la grotte Chauvet.

Entre le noir corbeau des poètes maudits et la blanche chouette effraie, oiseau de Minerve et des philosophes, Quignard déroule sa prose magique : "On peut écrire même quand on pleure. Ce qu'on ne peut pas faire en écrivant, quand on est en train d'écrire, c'est chanter."

Dans cette densité parfaitement respirable qui caractérise les grandes œuvres, Pascal et Marie s'installent dans un duo dialectique entre le noir et le blanc, l'animal et l'humain, les mots et les choses, le piano et le silence, la danse et l'immobilité.

En jouant "Les Ombre errantes" de Couperin, Pascal Quignard s'invente cette "performance de ténèbres", qui donne son nom au sous-titre de "La Rive dans le noir".

Dans l'obscurité savamment travaillée par Jean-Claude Fonkenel, et magnifiée par la scénographie expressionniste de Chantal de la Coste, il retrouve la face noire de son enfance, celle qu'il peut résumer en parlant d'une mère qui ne l'aimait pas et ne songeait jamais à l'embrasser.

Ce cri de détresse qui s'esquisse, il a su l'esquiver par avance, quand surgissent successivement sur scène une corneille et une chouette effraie.

La danse de vie des deux oiseaux, leur beauté absolue, la poésie engendrée par leurs vols gracieux qui s'achèvent sur les mains gantées de Pascal et de Marie rendent inoubliable ce moment improbable. On est saisi par la simplicité de ce surgissement, l'évidence de la présence de ces oiseaux de nuit après ce surgissement.

Toutes les personnes qui auront assisté aux vols de ces oiseaux de la main de Pascal à celle de Marie, et réciproquement, ne pourront oublier leur ébahissement devant ces apparitions presque surnaturelles.

Aux meurtrissures inguérissables d'une enfance perdue, Pascal Quignard substitue un instant merveilleux de pure beauté que rien ne pourra effacer des mémoires. "La Rive dans le noir" n'a pas fini de tracer son chemin de lumière dans les âmes assombries par la vie.

 

Philippe Person         
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