Musique sep Théâtre sep Expos sep Cinéma sep Lecture sep Bien Vivre
  Galerie Photos sep Nos Podcasts sep
 
recherche
recherche
Activer la recherche avancée
Accueil
 
puce puce
puce Un Grand Amour
Théâtre de Roanne  (Roanne)  mai 2017

Monologue dramatique d'après le roman éponyme de Nicole Malinconi interprété par Janine Godinas dans une mise en scène de Jean-Claude Berutti.

Un dispositif tout simple sur la scène : au centre, un grand miroir reflétant une chaise, une petite table avec un verre d’eau et une carafe et quelques éléments figurant de manière elliptique un salon avec un grand tapis qui fait office de moquette.

Avant que n’apparaisse à petits pas Janine Godinas, pour s’y asseoir,l’élégant décor de Rudy Sabounghi, servi par les lumières subtiles de David Debriny, a quelque chose d’un trompe l’oeil figé dans un passé à la Modiano.

Et c’est vrai qu’il y a quelque chose qui semble irréel, quand, dès ses premiers mots Frau Stangl, Madame Theresa Stangl, affirme qu’elle vivait un "grand amour" avec son mari, "dignitaire" nazi autrichien successivement commandant du camp de Sobibor et de celui de Treblinka.

Monologue précis, mot à mot prudent dans lequel une femme essaie de répondre honnêtement à une question terrible posée par une journaliste brésilienne, "Un Grand Amour" de Nicole Malinconi est un récit lui-même trompe l’œil. Car, si on se laisse prendre par ce qu’il dit avec une grande économie de mots et d’expressions, on pourrait croire qu’il ne s’agit que d’un récit cursif où une femme raconte son amour d’un criminel de guerre et cherche à définir sa part de culpabilité.

Apparemment,Theresa raconte, se raconte. En fait, elle réinterprète sa vie sous la baguette de Jean-Claude Berutti pour complaire à la journaliste Gina Sereny, qu’elle préfère appeler Dona Gitta, ce qui la fait plonger de l’autre côté du miroir, pour une obscure raison dont on suppose qu’elle pourrait la conduire dans un tout autre récit que celui qu’elle donne ici.

Au bonheur simple et aveugle qu’elle a vécu, en femme amoureuse éloignée de l’atroce réel par un mari voulant la préserver de toute inhumanité, elle doit substituer la complexité de l’épouse qui, à un moment ou à un autre, a su et cela bien avant que le commandant Stangl soit rattrapé par son passé.

Alors, elle s’interroge avec gravité pour répondre à l’impossible question de la journaliste qu’elle ne veut pas nommer par son vrai nom : aurait-elle pu demander à son mari, au nom de leur amour, au nom de son amour, de cesser ses "activités" ?

Dans sa belle écriture qui fait semblant de n’être qu’un récit, Nicole Malinconi introduit donc un vrai doute, celui de la sincérité "possible" d’une femme de criminel de guerre. Et ce doute devrait se propager à tout l’entourage de Theresa, enfants et proches, et par effet "boule-de-neige" à tout le peuple allemand, voire autrichien. Peut-on approcher de si près l’horreur sans en être éclaboussé, sans s’en être imprégné, sans en être à jamais duplice ou complice ?

Jean-Claude Berutti transforme un instant le grand miroir qui devrait refléter la vérité dite par Frau Stangl en une vidéo où la vieille femme se redessine en jeune femme qu’on devine belle et désirable. Un peu comme s’il fallait se rappeler qu’elle pouvait être pour son époux criminel de guerre un objet sexuel autant qu’une femme aimée et respectable. Quel jeu pervers se cachait-il dans cet amour qu’il préservait de sa face sombre ?

Campée admirablement par Janine Godinas, Theresa Stangl est bien autre chose qu’une amoureuse niaise qui ne "savait pas". Elle pouvait savoir l’atroce vérité comme l’ignorer.

Qu’importe, elle était contaminée et ce qu’elle raconte sur scène, simple récit sincère ou réinterprétation à usage de la journaliste qui l’a sollicitée ou instrumentée, ne peut à jamais que susciter un terrible doute. Un terrible doute pour une pièce qui cherche sans faute de goût ni sensationnalisme à comprendre comment on peut survivre à un grand amour aussi funeste.

 

Philippe Person         
deco
Nouveau Actualités Voir aussi Contact
deco
decodeco
• A lire aussi sur Froggy's Delight :

Pas d'autres articles sur le même sujet


# 28 février 2021 : Vaccin contre la morosité

Pas encore de vaccin, pas encore d'espoir de voir réouvrir les lieux culturels mais toujours notre sélection pour agiter vos sens et continuer de soutenir les artistes qui en ont bien besoin. Et n'oubliez pas, tous les jours un programme différent sur la TV de Froggy's Delight.

Du côté de la musique :

"Bareback" de Acquin
"Tu m'apprends" de Andréel
"Let my people go" de Archie Shepp & Jason Moran
"Roden crater / Basquiat's black kingdom / Laurel canyon" de Arman Méliès
"Monument ordinaire" de Mansfield TYA
"Glowing in the dark" de Django Django
"My shits" de Dye Crap
"Medicine at midnight" de Foo Fighters
"In a silent way" le mix #14 de cette saison 2 de Listen In Bed
"Alors quoi" de Meril Wubslin
"Old western star" de Nico Chona & the Freshtones
et toujours :
"Freeze where U R" de Brisa Roché et Fred Fortuny
"Richard Strauss : An Eisamer Quelle - A une source solitaire" de Christophe Sturzenegger
"Encounter" de Beyries
"I, the bastard" de Wassailer
"Debbie et moi" de Thomas Cousin
"Only Smith and Burrows is good enough" de Smith & Burrows
"Tango" de Pascal Contet
"If you know, you know" le mix #13 de Listen in Bed à écouter
"Paysages" de Raphaële Lannadère
"Les molécules fidèles" de Emmanuel Tugny & John Greaves
"Dynah" de Dynah

Au théâtre au salon :

avec les captations vidéo de :
"Fanny et Alexandre" d'Ingmar Bergman
"La Fuite !" de Mikhaïl Boulgakov
"King Kong Théorie" de Virginie Despentes
"Les Topor #2 - Prix de l'inattendu" au Théâtre du Rond-Point
"Chantons, faisons tapage" de Thomas Jolly et Laurent Campellone
"Darling chérie" de Marc Camoletti
"J'aime beaucop ce que vous faîtes" de Carole Greep
"Bonne année à toi même" de Pauline Daumale
"Chers" de Kaori Ito

Expositions :

en virtuel :
"Léon Spilliaert - Lumière et solitude" au Musée d'Orsay
"Plein air - De Corot à Monet" au Musée des Impessionnismes à Giverny
"Figure d'artiste" au Musée du Louvre
"Matisse - Comme un roman" au Centre Pompidou
"Le dessin sans réserve" au Musée des Arts Décoratifs
"Jardins d'Orient - De l'Alhambra au Taj Mahal' à l'Institut du Monde Arabe
"Ivan Navarro - Planetarium" à la Galerie Templon

Cinéma :

at home :
"A la recherche de Vivian Maier" de Charlie Siskel et John Maloof
"L'Amant d'un jour" de Philippe Garrel
"Les Brigades du Tigre" de Jérôme Cornuau
"There will be blood" de Paul Thomas Anderson
"Beyond the Sea" de Kevin Spacey
"Mishima, une vie en quatre chapitres" de Paul Schrader

Lecture avec :

"Diamants" de Vincent Tassy
"88" de Pierre Rehov
"Blanc autour" de Wilfrid Lupano & Stéphane Fert
"Dictionnaire des mafias et du crime organisé" de Philippe di Folco
"Le rapport Brazza" de Vincent Bailly & Tristan Thil
"Les amants d'Hérouville - un histoire vraie" de Romain Ronzeau, Thomas Cadène & Yann le Quellec
"Monstres anglais" de James Scudamore
"Vers le soleil" de Julien Sandrel
et toujours :
"Aucune terre n'est promise" de Lavie Tidhar
"Histoire de l'armée italienne" de Hubert Heyriès
"L'inconnu de la poste" de Florence Aubenas
"La bombe atomique" de Jean-Marc le Page
"La fille du chasse-neige" de Fabrice Capizzano

Du côté des jeux vidéos :

Les jeux de l'année selon Boris Mirroir de Doom à Minoria !
"DevilZ, Survival" sur PC

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
www.myspace.com/froggydelight | www.tasteofindie.com   bleu rouge vert métal
 
© froggy's delight 2008
Recherche Avancée Fermer la fenêtre
Rechercher
par mots clés :
Titres  Chroniques
  0 résultat(s) trouvé(s)

Album=Concert=Interview=Oldies but Goodies= Livre=Dossier=Spectacle=Film=