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Sergei Loznitsa  août 2017

Réalisé par Sergei Loznitsa. France/Amllemagne/Lithuanie/Pays Bas. Drame. 2h23 (Sortie le 16 août 2017). Avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva, Lia Akhedzhakova, Valeriu Andriuta, Boris Kamorzin, Sergeï Kolesov, et Dimitry Bykovsky.

A part le titre, référence à une nouvelle de Dostoïevski, "Une femme douce" de Robert Bresson et "Une femme douce" de Sergei Loznitsa n’ont pas grand-chose en commun… Ah, si : les deux films sont des œuvres marquantes.

Bien entendu, Sergei Loznitsa n’est pas adepte du minimalisme rigoureux de Bresson. C’est, tout au contraire, un cinéaste baroque qui mérite, d’emblée, d’être rapproché de Federico Fellini.

Au départ, sa "femme douce" est confrontée à ce qu’on attend de la société post-soviétique, c’est-à-dire à une bureaucratie qui prend d’autant plus ses aises qu’elle ne risque même plus l’ire d’une hiérarchie qui se confondait avec le politique.

Voulant envoyer un colis à son mari emprisonné de manière discrétionnaire, elle voit ce colis lui revenir. Dès lors, elle n’aura de cesse que de le renvoyer, et au-delà de savoir enfin où est son époux.

Attention ! "Une femme douce" de Sergei Loznitsa n’est pas qu’un film kafkaïen comme on pourrait s’y attendre. Le réalisateur a une plus haute ambition : celle de dresser l’état des lieux de la société russe contemporaine.

Une société qui va se refléter dans les yeux un peu absents, un peu abasourdis par tout ce qu’ils vont devoir voir, d’une femme dite douce, mais qu’on pourrait néanmoins dire décidée, déterminée à obtenir justice.

Vasilina Makovtseva - impressionnante - paraît plus dure que douce et l’on comprend vite pourquoi : mafieux, mégères, alcooliques, clochards, défilent devant elle, cherchent à la faire dévier de sa quête morale, à la pousser vers le désespoir et la résignation dont ils sont les hérauts.

Même si son visage est fatigué, que son corps est las, la femme douce sans nom ni prénom tranche avec tous ceux qui cherchent à l’attirer vers eux pour des motifs guère avouables.

Oui, elle rayonne dans la nuit éternelle où chacun, ici, s’enferme dans ses petites combines.

Et tout ce qu’elle traverse ressemble à des étapes initiatiques, de plus en plus irréelles, grotesques, absurdes. C’est en cela que Sergei Loznitsa propose avec ce récit âpre où la vodka coule à flots une œuvre vraiment russe.

Et l’allusion liminaire à Fellini n’est pas incongrue : dans chaque plan vibre un temps clownesque, un monde qui se tient mais qui peut à chaque pas tomber dans un fantastique où les monstres ont des têtes de fonctionnaires ou de matons.

Dans cet univers hors du commun, tout est possible, même de rencontrer une militante des droits de l’homme complètement ailleurs, complètement prisonnière et victime de ceux qu’elle prétend défendre.

Film dense, tendu, montrant tour à tour du sordide ou de la beauté, "Une femme douce" de Sergei Loznitsa est une plongée sans concession dans la Russie contemporaine. S’y révèle un cinéaste qui a surtout œuvré dans le documentaire et qui, visiblement, n’est pas passé pour rien à la fiction.

 

Philippe Person         
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