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Ethiopiques, vol. 21: Emahoy (Piano Solo)  (Buda Musique)  novembre 2005

Il y a des secrets si bien gardés que la découverte n’en est que plus délectable ou surprenante. Et la surprise, l’interrogation sont peut-être les sentiments qui viennent en premier quand on découvre la musique pour piano d’Emahoy Tségué-Maryam Guébrou. Ensuite à l’étonnement succède le ravissement.

L’histoire de Emahoy Tségué-Maryam Guébrou née Yéwébdar Guèbrou c’est l’histoire d’une femme pleine de sagesse, musicienne, compositrice dont les choix auront été déterminés par l'exil, par le féminisme, la quête de soi et du religieux et l'histoire politique tourmentée de l'Ethiopie du XXème siècle.

Né en 1923, Yéwébdar Guèbrou a grandi dans l'une des familles les plus privilégiées du pays. Une famille intellectuelle et lettrée où la culture et l’éducation avaient une place naturellement importante. Elle fut, notamment, avec sa sœur, les premières filles du pays à être envoyées à l'étranger pour leurs études. C'est au pensionnat de jeunes filles de Montmirail près de Neufchâtel en Suisse qu'elle a d'abord rencontré la musique classique occidentale. Elle y prend des cours de piano et de violon et montre de belles dispositions. A son retour à Addis-Abeba, elle devient une femme du monde, va dans des fêtes de la haute société et chante pour Hayle Sellassie. Elle montre également un véritable tempérament féministe. Elle devient la première femme à travailler pour le service civil éthiopien, la première à chanter dans une église orthodoxe éthiopienne, et sera plus tard la première à travailler comme traductrice pour le Patriarche orthodoxe à Jérusalem.

Sa vie comme celle de tout le pays sera transformée lorsque l’Italie de Benito Mussolini, envahie l'Éthiopie en 1936. Plusieurs membres de sa famille seront tués lors d’affrontements et elle sera déportée vers l’Europe. D’abord l’île d’Asinara au nord de la Sardaigne puis Mercogliano dans la région de Naples. Après-guerre sa détermination à devenir musicienne l’amène vers le Caire pour étudier avec le célèbre violoniste polonais Alexander Kontorowicz. Elle travaille avec ardeur mais ne supportant pas la chaleur égyptienne, elle est renvoyée à la maison pour se rétablir dans le climat de haute altitude tempéré de la capitale éthiopienne. Elle s’y remettra également d’une déception de taille. L’empereur Sellassie l’oblige à refuser une bourse de la Royal Academy of Music de Londres. Celui-ci ne supportant pas l’idylle entre la jeune femme et un de ses fils. Une déception cruelle qui la fera abandonner le piano classique et sombrer dans une très grave dépression qui la laissera presque pour morte.

Souhaitant se retirer du monde, elle se tourne vers la religion. Elle se fait nonne et devient Emahoy Tségué-Maryam. Elle ne sera jamais concertiste mais dans le monastère situé au sommet d'une colline dans le nord de l'Éthiopie où elle vivra quelques temps elle façonnera son propre langage musical. La rudesse de la vie monacale l’oblige à être soignée à Addis.

Revenue de la vie ecclésiastique, enseignante dans un orphelinat, elle retourne finalement à la musique. Un moyen pour elle de retrouver la vie et si elle ne donnera presque aucun concert, elle enregistrera en Allemagne plusieurs disques à des fins caritatives. Parce que chrétienne éthiopienne elle se rend en 1967 à Jérusalem, l’église orthodoxe éthiopienne y est présente depuis plus de quinze siècles, où elle travaillera comme interprète au secrétariat de l’église orthodoxe éthiopienne. Emahoy Tségué-Maryam composera une musique aux confluences de la musique classique apprise dans sa jeunesse et des chants pentatoniques qu'elle chantait à l'église.

Parce qu’une partie de ses œuvres a été compilée dans la série Ethiopiques, il serait une erreur de la rapprocher trop rapidement d’autres musiciens Ethiopiens comme Mulatu Astatke et Alemayehu Eshete. On ne peut pas parler d’elle comme d’une artiste jazz. Son inspiration est d’abord occidentale, tout autant européenne, anglaise elle rappelle parfois stylistiquement Benjamin Dale comme plus proche des Balkans avec des réminiscences à la Bartók qu’Ethiopiennes.

Ses influences proviennent de la musique classique européenne, des anciens chants modaux de l'église orthodoxe et de la nature Ethiopienne. Sa musique est belle, intense et forcément spirituelle avec une réelle profondeur émotionnelle. Mystérieuse, douce, syncopée, mélancolique, chantante. On y trouve des mélodies flottantes, une rythmique, des harmonies, des mélodies pentatoniques, des silences, du blues et du romantisme qui n’en sont pas vraiment. Seulement pouvons-nous regretter sur ses enregistrements le son de piano au timbre totalement daté et passablement mal accordé. Nous pourrions penser à un croisement entre Debussy, Fats Waller ("Golgotha", "The Garden of Gethesemanie"), Allen Toussaint ("Presentiment", "Evening Breeze", "Tenkou ! Why Fell sorry"), Erik Satie et pourquoi pas Oscar Peterson ("Mother's Love") ou Art Tatum ("The Homeless Wanderer"). Mais finalement cela ne serait pas rendre service à son auteur car cette musique si belle qu’elle est n’appartient qu’à elle.

 

En savoir plus :
Le site officiel de Emahoy Tsegué-Maryam Guèbrou
Le Facebook de Emahoy Tsegué-Maryam Guèbrou


Le Noise (Jérôme Gillet)         
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