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Théâtre de la Colline  (Paris)  septembre 2017

Spectacle réalisé par Mohamed El Khatib et Fred Hocké avec ds supporteurs du Racing Club de Lens.

Au Nord c'étaient les Corons
La Terre c'était le charbon
Le ciel c'était l'horizon
Les hommes les mineurs de fond

Quand résonne dans le stade Felix Bollaert, la chanson de Pierre Bachelet, "Les Corons", reprise par les milliers de supporters du Racing Club de Lens, le frisson est garanti pour tout le monde qu'il soit hooligan du Paris Saint Germain ou directeur du Pôle emploi, la plus grande et dynamique entreprise du Nord-Pas-de-Calais désormais entité noyée dans les "Hauts-de-France".

Alors, quand c'est au tour d'un théâtre parisien de 800 places d'entendre quelques dizaines de Lensois de l'échantillon choisi par Mohamed El Khatib entonner la chanson des ch'tis, le résultat est le même : un vent inattendu de culture populaire souffle là où d'ordinaire règne un parfum d'entre soi élitaire.

On en croira pas ses yeux et ses oreilles pendant plusieurs générations : après avoir introduit insidieusement une femme de ménage sur scène en la personne de Corinne Dadat pour un spectacle éponyme, Mohamed El Khatib récidive joyeusement avec tous les us et coutumes du football, qu'on osera qualifier ici de "dixième art".

Tout y sera pour une revue de détail que d'aucuns traiteront avec condescendance de "théâtre sociologique", déniant même aux Lensois, presque tous chômeurs de profession, la possibilité de viser pendant quelques représentations la "belle condition" d'intermittent du spectacle...

Et pourtant, quels comédiens que ces amateurs de football qui font ici œuvre collective, la plus belle des œuvres collectives : celle qui transforme des citoyens en Peuple. C'est le peuple lensois, c'est le peuple du Nord, de la France profonde, qui est sur scène à défaut d'être dans la salle comme le rêvaient jadis les Vilar et les Philipe.

Ce peuple qui vote aussi mal qu'il ne parle, mais qui a le cœur sur la main même quand il a le mauvais bulletin en poche, Mohamed El Khatib l'aime et lui donne l'occasion unique de ne pas être stigmatisé.

Sur scène pour deux mi-temps réglementaires. Avec un quart d'heure pour que le public vienne chercher des frites dans la baraque "Chez Momo". Et pour quatre euros, le bobo parisien laissera parler son ventre : une portion comme ça, il n'y a que les Lensois pour l'engloutir !

Les frites rendront bien gras ses doigts mais "Stadium" lui fera connaître un monde qu'il ignore.

Il découvrira qu'une mascotte à tête de chien malheureux peut cacher un ancien danseur de Pina Bausch, qu'un arbitre est un être perclus de doute qui va chez le psy pour comprendre pourquoi il s'habille en noir pour se faire traiter de "fils de pute". Il découvrira que les "gens de peu" qui regardent vingt-deux gars taper dans un ballon pensent autant que les abonnés d'un théâtre national.

Il compatira aux malheurs de ces Lensois perdus dans les fins fonds de la Ligue 2 et pas près de revenir se faire maltraiter par une banderole des petits malins du PSG. Il aura peut-être même aussi un peu de tendresse pour ces pom pom girls pas idiotes au point d'avoir envie qu'il y ait un jour des "collinettes"...

Bref, Mohamed El Khatib aura, pour la plupart de ceux qui oublieront leur mépris de classe avec leur ticket de vestiaire, réussi à faire communiquer deux mondes que rien ne peut plus faire communiquer à part, justement, le sport et la culture.

Grâce à lui, Lens aura repris l'espace d'un match culturel sa place en première division et quelques-uns de ses spectateurs auront apprécié la "Chenille" et la Marseillaise version lensoise que les trompettes et les tambours des supporters faisaient résonner après la représentation.

Pour cette ambiance joyeuse, viscéralement joyeuse, Mohamed El Khatib aura réussi son coup. On ne peut, hélas, citer tous ceux qui interviennent sur une scène où une tribune pleine fait face aux spectateurs, ou qui sont interviewés en vidéo.

Spectacle à la gloire du public inconnu mais incarné, "Stadium" n'élude aucune question et surtout pas la question sociale si absente des scènes "normales". Parmi les clameurs et les fumigènes, les rires et les chants, il aura suscité une flammèche d'espoir en évoquant la possibilité d'un monde où c'est en se rencontrant qu'on peut commencer à penser à fraterniser.

Tiens, au fait, il y a pourtant un absent dans cet hymne au football fédérateur : le ballon. Comme quoi, on est bien au théâtre, c'est-à-dire bien loin du pur réalisme.
Allez Lens ! Allez les Sang et Or !

 

Philippe Person         
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# 16 janvier 2022 : Cultivons notre culture

C'est important de rester ouvert et curieux. Voici notre nouvelle sélection culturelle pour vous apporter quelques belles choses à découvrir encore cette semaine ! C'est parti.

Du côté de la musique :

"Bach, Brouwer : Canciones" de Andreas Scholl & Edin Karamazov
"Lighting concept" de Archi Deep
"Issue" de Bipolar Club
"Things take time, take time" de Courtney Barnett
"A l'americaine" de Imparfait
"La sélection de Carim Clasmann de PSAPP volet 2" par Listen In Bed
"Poussière d'or" de Manu
"Landscapes unchanged" de Mewn
"Onze heures onze orchestra volume 4" de Onze Heures Onze Orchestra
"Concerto n2 for violoncello and symphony orchestra, hommage à Oskar Dawicki" de Pawel Mykietyn
et toujours :
"La mémoire du feu" de Ez3kiel
"And the city woke up alone" de Sol Hess & The Boom Boom Doom Revue
"Deux" de Aldorande
"Ysaye : Six sonates pour violon op.27" de David Grimal
"Too fare gone" de Dead Chic
"Live from Salzburg" de Elina Garanca & Christian Thielmann
"L'âme des poetes" de Guillaume de Chassy
"How I long" 8eme mix de cette 3eme saison de Listen In Bed
"Musica imperialis" de Martin Haselböck & Orchester Wiener Akademie
"Factory" de No Money Kids
"II" de Octantrion
"Hope" de Six Ring Circus

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"La Pierre" au Théâtre de Belleville
"Pôles" au Studio Hébertot
"Pas de deux" au Théâtre La Croisée des Chemins/Belleville
"La Promesse de l'aube" au Théâtre Le Lucernaire
"L'Image" au Théâtre Le Lucernaire
"Les Bons Becs - Big Bang"à L'Alhambra
les reprises :
"Le Roi des pâquerettes" au Théâtre Le Lucernaire
"François Rabelais" au Théâtre Essaion
et les spectacles à l'affiche

Expositions :

"Fantaisies pour un palais" au Chäteau de Rambouillet
"Cartier et les arts de l’Islam. Aux sources de la modernité" au Musée des Arts Décoratifs
dernière ligne droite pour :
"Iya Répine - Peindre l'âme russe" au Petit Palais
"Botticelli - Artiste et designer" au Musée Jacquemart-André
"Jean-Jacques Henner - La Chair et l'Idéal" au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg
et les expositions à l'affiche

Cinéma :

en salle :
"The Chef" de Philip Barantini
en streaming gratuit avec :
"TwentyNine Palms" de Raoul Ruiz
"Trois vies et une seule mort" d'Arnaud Desplechin
"La sentinelle" de Arnaud Desplechin
le cinéma de Nuri Bilge Ceylan en 5 films

Lecture avec :

"Début de siècles" de Arnaud Cathrine
"En hiver" de Karl Ove Knausgaard
"Il y aurait la petite histoire" de Elsa Jonquet-Kornberg
"Légère" de Marie Claes
"Respire" de Niko Tackian
"Sucre amer" de Avni Doshi
et toujours :
"Kharkov 1942" de Jean Lopez
"La révolution n'est pas terminée" de Jean Clément Martin
"Laicité, un principe" de Eric Anceau
"Les enchanteurs" de Geneviève Brisac
"Portrait du baron d'Handrax" de Bernard Quiriny

Et toute la semaine des émissions sur notre chaine twitch

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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