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puce La Maladie de la mort
Théâtre des Bouffes du Nord  (Paris)  janvie 2018

Comédie dramatique de d'après le récit éponyme de Marguerite Duras, mise en scène de Katie Mitchell, avec Laetitia Dosch, Nick Fletcher et Irène Jacob.

Marguerite Duras n'a pas été seulement une écrivaine et une dramaturge, elle a été aussi une cinéaste. Une cinéaste exigeante, qui a su faire avec les images ce qu'elle a réussi avec les mots : évoquer sans tintamarre ce que vivre veut dire en s'appuyant sur la beauté d'un cadre dans lequel éclatent les sentiments, leur puissance comme leur fragilité.

En voulant passer "La Maladie de la mort" à la moulinette de son système vidéo, qu'elle qualifie doctement de "performance cinématographique", Katie Mitchell commet un évident contresens : elle filme ce que Duras n'aurait jamais filmé, c'est-à-dire une collection de clichés sentimentaux par ailleurs, vu le sujet, forcément triviaux, voire racoleurs.

Elle perd et dénature la voix durasienne qu'elle a pourtant installé dans une cabine à l'abri de l'action et qu'elle a eu l'excellente idée de faire incarner à Irène Jacob qui convainc magnifiquement en narratrice.

Mais, hélas, on ne peut que constater son isolement, son enfermement comme si la voix-off de Duras était une prison, alors qu'elle est, au contraire, quelque chose qui accompagne le lecteur ou le spectateur pour descendre au plus profond à l'intérieur de son être.

Outre cette voix, aussi essentielle dans ses films que dans ses livres, ce sont les personnages qui pâtissent du "Dispositif Mitchell". Alors qu'ils sont "au repos" chez Duras, ils sont ici dans la fébrilité. C'est normal car ils doivent constamment changer de tenue, se soucier des marques à respecter, puisqu'ils jouent d'abord à jouer dans la pénombre les scènes qu'on retrouve instantanément au-dessus d'eux, sur l'écran vidéo qui domine leurs ébats.

Là, dans un noir et blanc aux reflets lumineux qui fait plus télé d'antan que merveilleux travail d'un de ces grands opérateurs qui servaient l'oeuvre de Marguerite, ils apparaissent fatigués, angoissés, agités. On est loin, loin, loin des plans fixes pensés par Marguerite.

D'autant que Katie Mitchell ajoute des images déjà filmées au direct : plan d'un hôtel au bord de l'eau, plans de vagues. Elle se permet aussi d'ajouter à chacun des personnages un enfant, affadissant parce qu'elle suggère les propos désespérés du couple de "La Maladie de la mort"

On ne pourra reprocher quoi que ce soit à Laetitia Dosch et Nick Fletcher, les deux protagonistes étant aussi victimes d'un son parfois défectueux. C'est un comble que dans la merveilleuse acoustique des Bouffes du Nord, l'usage de microphones aboutisse à une déperdition sonore.

On avait déjà émis des réserves sur l'intérêt de ce théâtre hybride qui mêle à la fois tournage cinématographique et représentation théâtrale, en voyant la version de "Papier Peint Jaune" de Charlotte Perkins Gilman mise en scène par Katie Mitchell.

Au lieu d'être synthétique, le résultat est problématique. On ne sait pas s'il faut regarder principalement le "tournage" avec toute l'équipe qui s'affaire autour des acteurs ou si l'on doit lever la tête pour voir le résultat final.

Dès lors, on se demande si la solution ne consiste pas à se laisser simplement porter par le mouvement général initié par Katie Mitchell, à se laisser hypnotiser par sa virtuosité indéniable, et s'il est encore possible de juger du résultat obtenu sur l'écran comme on juge du théâtre.

Sans doute, ceux qui verront pour la première fois une mise en scène de Katie Mitchell pourront être sous l'emprise de sa maîtrise. Le charme risque moins de prendre chez les autres à l'aune de leur connaissance de l'oeuvre de Marguerite Duras.

En subdivisant parmi ceux-là, ceux qui jugeront le rendu de la pièce et ceux qui s'amuseront à imaginer ce qu'aurait donné son adaptation par Marguerite elle-même, on pourra obtenir un nouveau clivage. Si faire et faire parler est son but, Katie Mitchell a parfaitement réussi ce qu'elle cherchait à démontrer.

 

Philippe Person         
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Lecture avec :

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"Metropolis" de Ben Wilson
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"Archives de la joie" et "Le vent léger" de Jean-François Beauchemin
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