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Théâtre Essaion  (Paris)  février 2018

Comédie dramatique de Dario Fo et Franca Rame, mise en scène de Massimiliano Verardi, avec France Renard, Philippe Pierrard et Aurélien Gouas.

On connaît tout de Maria Callas, mais on ignorait que son sort avait intéressé Dario Fo, Prix Nobel de littérature et grand espiègle du théâtre italien.

En fait, le texte est signé Dario Fo et Franca Rame, la compagne du dramaturge morte en 2013, et il constitue leur ultime collaboration. On comprend dès lors que le destin tragique de la diva la plus célèbre du siècle passé avait une résonance pour le couple, que cette lente descente d'une étoile vers un crépuscule morbide avait un sens pour Dario et Francesca et sans doute bien des correspondances.

Ce qui fixe surtout l'attention de Dario Fo, c'est le personnage du mari-pygmalion de Maria, le fameux Giovanni Meneghini, industriel enrichi par le commerce des briques qui fit la carrière de son épouse en se transformant en son impresario.

Gros bonhomme cultivé et bonasse, c'est en succédant au père de Maria pour gérer sa carrière qu'il en devînt l'amant et bientôt le mari. C'est lui qui a façonné Maria, a mis sur les rails d'un succès incommensurable la jeune américano-grecque trop grosse.

En enchaînant les saynètes clés de la vie de la chanteuse qui fit frissonner tous les mélomanes de la seconde moitié du vingtième siècle, "La Callas oubliée" montre le rôle de Meneghini dans la fabrication de la grande tragédienne lyrique.

Pourtant, si on ne savait pas la passion du couple Fo pour La Callas, on ne devinerait jamais que ce texte renseigné et très "wikipédia" est signé de leurs mains. Ce n'est pas faire offense au comique devenu maître du théâtre que son texte sur Callas ne restera pas dans les annales.

Peut-être aussi que la mise en scène de Massimiliano Verardi est trop sage et ne pousse pas assez vers l'excès les présupposés de Fo qui insiste assez souvent sur le physique difficile de Maria qui, pendant "l'ère Meneghini", fait preuve de boulimie et n'a rien à envier aux rondeurs du briquetier. Il aurait été amusant de suivre le combat du couple pour perdre presque cinquante kilos et d'expliquer comment ce régime spartiate a rendu fragile Maria Callas et l'a conduite aux portes de la folie.

Ayant évacué cela, "La Callas oubliée" navigue en terrain trop connu, même si les comédiens ont l'abattage suffisant pour suppléer au manque d'originalité du propos. Sans sa voix ni son physique, France Renard est cependant convaincante dans la peau de Maria.

Philippe Pierrard joue son père et Meneghini avec l'ampleur nécessaire à qui veut protéger pareille oiseau aux ailes de géant. Il sait se muer en homme brisé par la passion qui s'éloigne et faire surgir de son personnage des torrents d'émotion.

Quant au troisième homme, Aurélien Gouas, tour à tour narrateur et visage empruntant les traits des nombreux êtres qui ont défilé dans la vie de Callas, il sonne toujours juste malgré sa propension à lancer des blagues qui tombent à plat.

On n'oubliera pas de signaler que les dessins projetés sur une toile suspendu au mur derrière la scène sont aussi de Dari Fo et qu'ils vont convaincre qu'il ne s'agit pas d'une toquade le temps d'une pièce. Oui, incontestablement Dario Fo aimait vraiment Callas.

"La Callas oubliée" vaut le déplacement si l'on veut connaître toutes les facettes d'une œuvre théâtrale majeure et si l'on veut assister à un spectacle de qualité défendu par un trio percutant.

 

Philippe Person         
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