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Interview  (Par téléphone)  avril 2018

A l'occasion de la double sortie du livre audio Les Amours Anormales et son album L'écho des liens enfuis, nous avons rencontré Noël Matteï. Voici l'interview faite par téléphone.

Est-ce que tu peux te présenter pour les lecteurs qui ne te connaitraient pas ?

Noël Matteï : C’est toujours dur de se présenter comme ça en mode "exposé" sur soi et son parcours, je ne suis pas très bon client pour ça, je préfère toujours quand c’est dans un échange, alors en deux mots je dirais romancier, auteur, parolier et musicien. Quand on est chanteur on est assimilé musicien forcément, et sur cet album j’ai poussé le bouchon plus loin puisque j’ai composé les musiques, donc en gros interprète auteur compositeur et romancier, ça fait pompeux tout ça, mais ça s’appelle comme ça...

Mais c’est la réalité !

Noël Mattei : Ouais, mais plus que compositeur je préfère mélodiste ou faiseur de chansons, parce que j’ai un rapport moins naturel avec les instruments qu’avec l’écriture. Sur L’Écho des liens enfuis j’ai composé à la guitare et au piano, j’adore ça, j’aimerais savoir en jouer très très bien, mais en revanche j’ai cette chance de parvenir sans mal à composer une chanson et arriver au bout. Je trouve facilement une mélodie qui me plaît et tant que je ne l’ai pas trouvée de toute façon je bosse dessus. Je n’aime pas spécialement jouer sur scène, quand je fais des live je préfère que ce soit d’autres zicos qui rejouent mes compos et moi juste me consacrer au chant. Donc voilà c’est pourquoi je me définis plutôt mélodiste ou faiseur de chansons, un petit peu comme un artisan ferait des chansons, je trouve cela plus beau, ça me correspond mieux que "musicien" dans le sens d’un virtuose qui jouerait d’un instrument sur scène.

Nous nous demandions avec Nathalie (qui chronique l’album et m’a fait parvenir ses questions pertinentes), pourquoi tu faisais de la musique ?

Noël Matteï : Bonne question. Alors là pour le coup, je crois que je n’ai pas eu le choix, tu vois ! (rires) C’est-à-dire que j’ai été fainéant et je me suis laissé porter à ce que mon mental avait envie de faire, le tout spontanément. J’ai eu envie de faire de la musique depuis très jeune, dans le sens où quand j’étais môme, c’était ma plus grosse passion.

Mes potes avaient chaque fois des cadeaux différents par exemple et moi j’essayais d’en avoir surtout de deux types uniquement : les petites voitures et les disques. Et puis très vite, j’ai dit que je ne voulais rien d’autre que des disques pour en avoir un maximum. Et du coup, j'avais dealé un 45 tours par semaine (ça ne coûtait pas très cher à l’époque) et un album par mois. Tous mes proches qui m’offraient des cadeaux savaient que ce qui me faisait le plus plaisir, c’était un disque.

Et à partir de 77, mon premier album que j'avais vraiment choisi, et je m’en souviens très bien, c’était Plastic Bertrand avec AN 1 et le titre "Ça plane pour moi". J’avais eu un coup de foudre en le voyant à Midi Première (une émission de Danièle Gilbert). J’adorais ce disque qui était très décrié à la maison, on me disait : "c'est quoi ce mec maquillé comme un camion volé !". Enfin bref, moi je trouvais ça génial ! Il y avait sur le 33T une cover de Dalida, "Bambino" (ma grand-mère adorait Dalida mais pas moi alors) façon punk, parce que c’était des "gentils punks", c’était très bien fait d'ailleurs "Ça plane pour moi" a été reprise de nombreuses fois.

Ma soeur a 6 ans de plus que moi, elle est tombée ado en plein mouvement punk avec des cheveux qui variaient de couleurs, etc. et via les disques qu'elle achetait, j'ai commencé à découvrir les premiers Kate Bush, Patti Smith alors que je n'avais que 9-10 ans ! Alors même si j’étais jeune, j’avais envie à mon tour de lui faire découvrir des trucs, comme le premier album des Cure en 80, puis Charlotte sometimes quand il est sorti, j’écoutais autant des trucs qui passent à la radio comme Kim Wilde (ses deux premiers albums, surtout Select en 82, j'adore !) que des trucs moins exposés comme Laurie Anderson ou les Young Marble Giants.

On en parlait d’ailleurs avec Dominique Nicolas quand on écrivait son disque et il me disait : "On a 13 ou 14 ans d’écart et pourtant j’ai l’impression qu’on a écouté les mêmes choses et au même moment" mais c’est vrai que mes goûts à 10 ans étaient ressemblants à ceux des ados ou jeunes adultes d’alors ! En matière de musique en tout cas ! C’est comme ça que suis tombé en plein post-punk / new-wave très jeune pour le coup.

Je créais même des pochettes pendant des heures, en découpant des feuilles de papier aux formats 45T ou 33T, ça dépendait de mon envie, j’inventais mes propres groupes imaginaires, je commençais même déjà à "écrire" des textes (j’en ai encore certains dans un gros classeur, ça me fait marrer d’avoir gardé tout ça) et ce qui est rigolo, c’est que j’écrivais au dos de ces pochettes fictives toutes les mentions que je voyais sur les vrais disques, genre producteur, copyright, date et nom du label (rires).

Pour moi, faire des disques était très vite devenu mon monde intérieur, là où j’étais le mieux. Tout ça parce que la musique m’emmenait dans des mondes très différents du réel. J’étais un enfant très romanesque quelque part, et souvent dans la lune ! J’avais compris, je pense, que c’est par l’alliance de la musique et des mots que la sensibilité peut voyager et se réaliser.

C’était le début des vidéo-clips, il n’y avait que trois chaînes à l’époque, mais j’essayais d’être devant mon écran chaque fois qu’on en passait un et que je n’étais pas à l’école.

Tout ça a été inconscient. Puis plus tard, quand je suis rentré au lycée, j’ai cherché à créer des groupes, l’un d’eux se nommait Visions ! En fac, j’écrivais des textes un peu plus aboutis déjà, je faisais des mélodies de chant, je cherchais des musiciens pour faire la musique. A 23 ans, avec Lakhana (le premier guitariste co-fondateur du groupe rencontré en Lettres Modernes Spécialisées) on créait Madinkà. Il n’y a pas de hasard je crois, seulement des signes !

Aujourd’hui, c'est facile de découvrir un groupe avec internet, mais toi (nous sommes de la même génération), comment tu faisais ?

Noël Matteï : Avec Platine 45 notamment, présentée par Jacky dès 82 le mercredi après-midi, j’y ai découvert énormément de choses. J’ai fait l’émission de Jacky (JLPP) il n’y a pas longtemps sur IDF1 et j’ai réalisé à quel point Platine 45 était énorme pour moi. Cela m’a fait découvrir tout ce post-punk 80. C’est là que j’ai découvert Elli et Jacno, avec "Main dans la main" et leur premier album Tout va sauter qui est culte pour moi, "Amoureux solitaires" sur le premier bel album pop de Lio aussi. En fait, Jacky passait beaucoup de choses, certaines très populaires et puis d’autres plus underground quand même et qu’on ne voyait pas à tous les primes habituels. Ainsi il y avait Taxi Girl, des clips étrangers aussi… C'était déjà pas mal pour moi.

J’étais toujours en Corse, donc un peu coupé du continent par la mer et les choses n’arrivaient pas aussi vite que maintenant. Il y avait toujours un décalage même si j’essayais toujours de choper au max des radios libres !

Mais très vite, j’ai eu la chance d’avoir un disquaire sur place qui savait à quel point j’étais passionné et j’étais comme un fou dès que mes parents m’y emmenaient. On discutait, il me conseillait, me commandait des choses. Et il y avait un truc qui était très bien, c’est peut-être dû à l’enfance, mais j’y allais aussi aux pochettes et à l'imaginaire qu'elles déclenchaient en moi, le climat qu’elles instauraient, je ne sais pas vraiment mais la sensation était forte ! Par exemple, comme j’adorais le logo de Cure qu’il y avait sur le 45 tours Charlotte Sometimes, j’ai mis le doigt sur The Cure comme ça en 81, en commandant le disque sur catalogue et ensuite, comme j’ai adoré le titre, j’ai racheté de suite le 33T Boys Don’t Cry avec le dessin du palmier sur la pochette.

Je commandais beaucoup de disques par correspondance, c’est comme ça aussi que j’ai découvert Young Marble Giants avec leur album Colossal Youth devenu culte pour moi, j’avais 10-11 ans de mémoire.

Ma sœur sortait, elle avait 16 ans et moi après les devoirs, je restais à la maison et je passais du temps à chercher. Et j’étais trop fier parce que très vite, c’est moi qui me suis mis à lui faire découvrir des trucs. J’étais un peu comme un enfant découvreur au sein d’un monde d’ado et ça me plaisait. J’ai eu cette chance incroyable avec le recul de découvrir la musique des années 79 à 83 d’emblée en temps réel et sans latence ! Je vivais vraiment la magie du moment avec, qui plus est, des yeux et des oreilles d’enfant !

Je ne me suis pas posé de questions, j’ai toujours vraiment été très inconscient, et je le suis encore d’une certaine manière en ce qui concerne la création tout du moins. Tout ce que j’ai fait à côté (Bac littéraire puis Licence de Lettres parce que j’y arrivais sans trop forcer, la psychologie et la psychanalyse après parce que j’adorais ça), c’était toujours quand même avec l’idée de laisser sa place à la musique, que je puisse composer et rencontrer les gens qu’il fallait quand il le fallait, ne pas avoir un boulot trop chronophage ni trop normé car j’aurais étouffé, c’est net ! La musique aurait une place choisie et royale dans ma vie. Quitte à prendre des risques et à payer parfois assez cher le prix de cette liberté qui représente tant pour moi !

Comment se passe la composition ? Qu’est-ce qui commence à trotter ? La mélodie ? Les mots ?

Noël Matteï : Je dirais que cela a été assez différent selon les époques. Au tout début (avant et sur le premier album de Madinkà), je faisais d’abord les textes puis la mélodie de chant. Mais je me suis aperçu que parfois le résultat était un peu figé, que c’était bien qu’il y ait des libertés parce que faire un texte avant de faire une mélodie ça aide, souvent, le texte à être très bon. Parfois, on peut avoir un texte très beau mais qui mélodiquement ne fonctionne pas, alors on s’aperçoit vite qu’on sacrifie un peu l’efficacité musicale de la mélodie pour garder le côté écrit du texte.

Donc très vite, j’ai commencé à prendre des notes très abouties mais à ne pas figer le texte tant que je n’avais pas une mélodie de chant définitive pour lui. Perso, je ne fais pas réellement de "yaourt", et maintenant que je compose les musiques tout vient quasi en même temps, texte et zic. C’est-à-dire que je compose au piano, à la guitare, je prends des notes sur mon carnet. Je dis que mon "yaourt" n’en est pas vraiment un car il a la particularité d’être en français afin que je ne sois jamais déçu au niveau des sonorités au moment du passage anglais / français, car l’anglais est beaucoup plus "musical", c’est le danger d’un titre qui sonne trop bien en yaourt une fois qu’on lui rédige un texte définitif en français. Quand une mélodie me plaît, je m’y mets tout de suite et de façon générale, je ne lâche rien jusqu’à ce que ça devienne une chanson structurée.

Je n’aime pas trop rejouer les musiques déjà existantes donc quand je suis avec un instrument, ma seule idée est de composer. Faire une chanson, trouver une mélodie. Je cherche à mettre des mots, parfois il y a une phrase qui est jolie et je la garde. Je vois si ça colle avec le thème, je regarde mon carnet, je commence et petit à petit il y a des phrases qui se mettent en place toutes seules. Mélange de notes inconscientes sur l’instant et je crois que je sais que j’ai la chanson même si je travaille encore beaucoup dessus pour qu’elle existe vraiment, et aujourd’hui à la fin souvent je n’arrive plus à savoir si j’ai fait le texte avant ou la mélodie ! Tout ça est très lié chez moi, concomitant je dirais !

Sur le nouvel album, il y a une courte compo -sorte d’interlude atmosphérique - que j’ai gardé instrumentale ("L’été 80") parce que je n‘arrivais plus à la changer. Je me suis dit, elle est née comme ça donc elle reste comme ça !

Comment définirais-tu ta musique ?

Noël Matteï : C’est une bonne question ! Mais pas super évident d’y répondre... Moi j’ai tendance à la définir par rapport à mes influences ou ce que j’ai du plaisir à écouter, parce que le résultat est tellement perso… Alors je dirais une pop electrorganique de laquelle émanent post-punk, pop anglaise, new-wave, glam-rock un héritage de chanson française à la Gainsbourg et un esprit rock qui va avec… Aujourd’hui, je sais surtout que mes influences sont toutes bien digérées avec le temps alors que quand on commence à faire de la zic, jeune, les influences se ressentent plus, parce qu’on a inconsciemment plus envie de les faire ressortir et de les voir, peut-être pour se rassurer…

En ce qui concerne la façon dont je suis venu à composer L’Écho Des liens Enfuis, c’est important de remonter à 3 ou 4 ans en arrière, quand j’ai travaillé avec Dominik Nicolas sur les textes de son album solo La Beauté de l’Idée, chez lui, à chaque pause, j’adorais prendre sa mythique Mustang rouge, je grattais dessus et c’est lui qui m’a encouragé à composer seul car moi je trouvais que je jouais techniquement mal alors je n’osais pas mais lui il trouvait ça mélodiquement bien, ça lui parlait alors il m’a donné des conseils divers très utiles, sur les suites d’accords notamment pour créer un climat recherché… Je crois qu’il a senti très judicieusement que je ne cherchais pas à être guitariste mais que j’étais capable en revanche de faire de jolies chansons efficaces, mélancoliques et entêtantes.

Le regarder et l’écouter jouer là devant moi ça me rappelait immédiatement ce son et toute cette époque dans laquelle Dominik a créé et construit le son d’Indochine. J’adorais ce qu’ils faisaient, surtout fin 83 avec la sortie du Péril Jaune car c’est là, à 12 ans que leur musique, leurs sonorités et leurs petites histoires sur fond de décors asiatiques m’ont vraiment emporté. En plus, alors que la presse a souvent établi des rapprochements divers et variés entre Madinkà et Indochine à une certaine époque où nous faisions leurs premières parties, textuellement pour le coup, c’est vraiment une méthode d’écriture très différente de la mienne, et que je ne sais pas faire, toutes ces suites de collages judicieuses qui au final fonctionnent bien.

Si je ne devais prendre qu’un album d’Indochine sur une île déserte, ça serait Le Péril Jaune, par affect. Pour l’alchimie qui existe tout particulièrement entre la musique et le son si particulier de Dominik Nicolas d’un côté et les paroles et le chant de Nicola Sirkis complètement dépourvu de technique mais magique à cette époque dans son interprétation tant punk par sa spontanéité que singulier et inconscient par sa fraîcheur qui faisait un bien fou. Pour moi c’est celui-ci, parmi tous, l’album concept d’Indochine, alors qu’il n’a jamais été présenté en tant que tel de mémoire, et c’est sans nul doute celui qui a le plus usé mes platines de mômes !

Donc, quand Dominik, en m’écoutant gratter m’a dit : "Mais je ne comprends pas pourquoi tu ne fais pas tes propres compositions en plus de tes mélodies vocales, on s’en fout de la technique, tu n’en as pas besoin vu comment tu trouves facilement, et ensuite tu feras arranger les titres par d’autres mais compose entièrement !".

Qu’un mec comme lui que je juge comme un pur mélodiste pour le coup pense ça, ça m’a touché, inconsciemment ça a fait du chemin en moi et de nombreux mois après je me suis mis au piano pour composer, je me suis dit que je pouvais ne pas bien jouer techniquement mais cependant que je devais être très exigeant au niveau des mélodies. Si ce n’est pas mélodique je ne prends pas, et j’ai donc jeté beaucoup de choses. J’ai commencé à aimer les mélodies que j’ai pu faire grâce à ça. Je ne m’autorisais pas avant à composer de la musique, je me sentais seulement légitime sur les mélodies de chant et en tant qu’auteur. Sur les nombreux titres de Madinkà, je n’avais composé qu’une seule musique et on l’a seulement joué quelques fois en live mais il n’est jamais sorti sur un album !

Enfant, j’écoutais aussi beaucoup de chanson française à la culture pop et esprit rock comme Thiéfaine, Yves Simon, Bashung, Manset, Françoise Hardy, Daho, Buzy qui fait un featuring que j’adore sur mon album ainsi qu’une très belle lecture d’un extrait de mon dernier roman Les Amours Anormales qui clot somptueusement l’album d’ailleurs. C’est une artiste dont je me suis toujours senti proche dès son premier album au niveau des thématiques abordées et de la façon dont sa plume exaltée et ses tripes les balançaient ! Son écriture m’a toujours beaucoup parlé, c’est indéniable.

Et puis je n’aurais sans doute pas été exactement le même artistiquement si, sur ma platine, il n’y avait pas eu un Robert Smith ou un David Bowie avec Ziggy Stardust notamment, je vivais dans cette mouvance là ! J’ai été nourri à "on s’en fout de ce que les soi-disant bien pensants d’une vieille France guindée disent de l’allure des gens, de leur sexualité", un peu un côté mai 68 dans l’héritage pour les libertés, "on fait ce qu’on veut du moment qu’on emmerde personne et que personne ne nous emmerde !" Je suis toujours comme ça d’ailleurs, je transpire cet état d’esprit-là, il fait partie intégrante de ma personnalité et de mes préoccupations jusqu’à dans l’éducation et les valeurs de respect, de non jugement et de tolérance que je transmets à ma fille, du moins je l’espère !

C’est un peu long ! Tu couperas, hein !

Et bien non, je mets tout…

Noël Matteï : Ah ah ! (rires) En fait là, on dépasse le cadre musical strictement lié à la conception de l’album avec tes questions, on touche à l’envie de faire de la musique, ça me replonge dans toute une époque, je parlais de 83… j’adore ! Toute cette période... c’est un temps où la musique avait une place centrale, c’est-à-dire que je partais de l’école pour rentrer et mettre en boucle sur la platine des 45 et des 33 tours, j’écoutais le même disque pendant des heures et donc c’est vrai que c’est un sujet sur lequel je pourrais disserter des heures, je pourrais retrouver tous les disques (j’ai encore tous mes vinyles) et revenir aux émotions qu’ils me procuraient. C’est pour ça que c’est un sujet qui me passionne énormément !

C’est ce que je racontais à mes gosses, combien un simple morceau de musique peut te faire voyager dans le temps…

Noël Matteï : Oui tout à fait, car non seulement ça te fait voyager dans le temps mais ça ranime en toi tous les sentiments qui avaient inconsciemment disparu et qui reviennent comme jadis…

Je trouve ça génial de pouvoir se rappeler des souvenirs mais aussi de ressentir des émotions intactes, et puis c’est bien de garder le fil rouge avec l’enfance qu’on a eue parce qu’on s’aperçoit que parfois on se dit changé mais quand tu ressens ça tu te dis "en fait, je suis quand même cohérent, je reste le même, parce que je suis capable aujourd’hui, à mon âge de pouvoir ressentir la même chose que ce que je ressentais quand j’avais 8, 9, 10 ans…"

Et ça montre que l’on est juste une évolution de l’enfant que l’on était. On appelle ça "l’enfant intérieur" en jargon sophrologique et je trouve très bien de ne jamais perdre ce fil-là, de le voir cheminer à nos côtés. C’est tout ce que j’ai fait enfant qui fait que je suis cet homme aujourd’hui.

Les émotions que j’ai ressenties môme sont reliées à des morceaux que j’ai écoutés, le sentiment des premières amours lui aussi… Cela m’arrive de rentrer de week-end avec des potes, avec ma fille, on roule la nuit et, à la radio, sur une playlist ou sur un cd, il y a un morceau qui revient et là, je suis au volant, je roule, il n’y a pas un bruit et tout d’un coup je me sens envahi, mais comme si j’étais dans un vaisseau spatial qui me ramenait vers le passé. Je suis très sensible à ça, j’adore ça même !

Tous les groupes que tu m’as cités…

Noël Matteï : Et je n’en ai pas cité beaucoup par rapport à tous ceux qui m’ont marqué. J’ai mélangé les plus connus avec d’autres plus obscurs qui me venaient à l’esprit.

Je voulais juste dire que, comme j’étais dans un endroit assez isolé, je devais rechercher mes disques tout seul, on avait que trois chaînes, j’ai toujours refusé ce combat rock / pas rock et c’est encore comme ça aujourd’hui. Certains amis qui venaient l’été en Corse disait : "ça c’est nul car c’est trop connu"… Heu, moi je n’ai jamais eu ça, je me fous royalement du nombre de gens qui écoutent un skeud car quand j’écoute un truc je suis seul avec mon casque, et je trouve que savoir faire un tube c’est déjà énorme, c’est aussi une part de hasard qui le fait, le bon moment au bon endroit.

Pour moi, la démarche commerciale n’existe que quand tu décides volontairement avant de composer ou d’écrire quelque chose que ça sera un truc qui marchera. Ça, pour moi, c’est une démarche commerciale, la démarche "biaisée", mais quand tu sors un truc qui plaît à une masse, comme les Cure avec "In Between days" en 85, ça c’est une part de magie, rien d’autre, quand tu vois qu’un seul titre d’un coup sort du placard bon nombre d’albums précédents qui sont restés assez confidentiels pendant des années jusque-là ! Donc moi je m’en fous, je ne donne pas dans le "c’est connu ou pas connu", je m’en fous totalement !

Kate Bush qui fut vite médiatisée, Kim Wilde idem sur ses deux premiers albums avec son père et son frère à la composition, et pour moi ça reste toujours très bon, autant que du Laurie Anderson qui a touché plus un public d’initiés. "Amoureux Solitaires" de Lio fut très médiatisé mais c’est sublime et ça reste du Elli et Jacno très réussi au même titre que "Main dans la main" ou "Je t’aime tant" qui ont moins marché commercialement. Je ne fonctionnais pas sur "c’est connu c’est de la merde, c’est pas connu c’est top !". Et encore aujourd’hui. C’est par cet état d’esprit que je continue à suivre des groupes que j’aimais avant. Soit l’album est bon, soit il ne l’est pas pour moi, point barre. Le reste, ce n’est que des trucs de journaleux et de media !

En France, on a toujours eu pour tradition de faire tomber des artistes après qu’ils aient été encensés, c’est une incompréhension pour moi qui reste toujours fidèle aux artistes que j’aime ou simplement curieux pour ceux dont j’ai aimé certains albums. Par exemple, Kim Wilde a sorti un album il y a quelques semaines à peine, je ne suis plus un adepte musicalement de ce qu’elle a fait après 84 car je n’arrive pas à retrouver la magie que j’ai ressentie sur les deux premiers, mais là comme c’est son frère qui a de nouveau composé, j’ai quand même écouté. J’ai toujours une sorte d’affect je crois pour les artistes qui ont compté pour moi, en tout cas s’ils ne se sont pas reniés, et même si perso je ne suis plus autant séduit ou que je n’y trouve plus mon compte, il y a un respect qui subsiste...

Y a-t-il un lien entre L’écho des liens enfuis, et les romans que tu écris ?

Noël Matteï : Heu... Un lien non, pas consciemment très honnêtement, mais des ponts d’univers il y en a toujours entre tout ce que je fais quel que soit le support (disque, livre…) car j’adore ça. Gainsbourg faisait ça, Duras aussi, David Lynch… J’aime beaucoup les correspondances thématiques qu’un artiste tisse entre ses oeuvres passées et celles du temps présent. Là où d’autres verraient des redites, moi ça m’attache au contraire à un univers (si cet univers-là me plaît bien entendu !), j’aime savoir que je vais le retrouver un peu, une autre fois, plus tard.

J’ai l’impression, quand j’y repense que le titre qui a le lien le plus direct avec le livre Les Amours Anormales, c’est H.E.L.P. alors que c’est un titre que je n’ai pas composé et dont j’ai simplement co-écrit le texte, c’est le seul sur l’album pour lequel je n’ai pas du tout composé ou co-composé la musique. Ah non ! il y a aussi "Rencontre-Moi" dont la musique a été entièrement composée par Louka, ma fille, et j’ai fait le texte et la mélodie de chant, mais j’ai souvent tendance à oublier de le souligner en interview sans doute parce qu’il reste en famille celui-ci ! (rires). Quand j’ai entendu sa mélodie, j’ai dit : "attends, je vais faire un texte dessus car je trouve ça très beau !" Elle assure !

Mais c’est vrai que bizarrement, H.E.L.P est le seul qui me fait penser au bouquin et les Lux (Lux For The Monsters ndlr) me l’ont apporté en démo musique et texte. Quand je leur ai dit que j’adorais, ils me l’ont offert pour que je l’interprète seul. Moi j’aimais tellement que je ne voulais rien enlever, ni leur deux voix dans les refrains, ni la voix du chanteur dans les couplets et du coup, j’ai trouvé l’idée de m’insérer dans les parties instrumentales, c’est là que j’ai écrit mes phrases questions / réponses. Donc peut-être que j’ai écrit quelque chose qui complétait ce qu’ils amorçaient déjà, et que cette ambiance que j’adore, très nébuleuse, passionnelle, assumée et en même temps très nostalgique voire un peu glauque a dû faire que j’ai écrit inconsciemment quelque chose qui fait écho au bouquin. L’écho, les liens… on y revient toujours !

Le dernier morceau qui clôt l’album et qui a pour titre "L’Écho d’un lien enfui" reprend des mots de "À Part", titre phare de mon second EP. Au tout départ, quand j’ai imaginé le thème du nouvel album, je trouvais que le morceau "À Part" y avait sa place, mais plus le temps passait et plus les nouvelles compos naissaient, plus je voulais que cet album soit fait sur un laps de temps assez court et soit vraiment nouveau à l’exception de rares titres comme "C’est Rien" ou "XX/XY" qui avaient déjà été joués en live mais qui n’étaient jamais sortis en version studio, on les a d’ailleurs ré-enregistrés et remixés pour qu’il ne soient en rien des pièces rajoutées mais qu’ils collent tant au fil rouge thématique de l’album qu’à son son.

Et puis pour pour moi, les EP existent un peu comme des mini-albums donc "À Part" était lié au second EP et non à ce nouvel album, il ne devait pas y figurer même s’il se serait bien fondu à la tracklist, c’est là que l’idée m’est venue de reprendre ces mots : "putain que c’est beau ! et quelque part l’écho d’un lien enfui…", j’ai extirpé cette phrase et j’en ai fait un morceau assez court, une conclusion à l’album où Buzy lit un extrait du roman Les Amours Anormales, mais pris hors contexte, c’est-à-dire un extrait qui, ainsi isolé, allait avec l’univers de l’album. Et ça me donne la chair de poule de finir le disque comme cela par cette lecture sublime, j’aime énormément ! Voilà ici par exemple un vrai pont d’univers comme je les affectionne entre mon deuxième EP et ce nouvel album.

On va parler du livre que j’ai adoré et cette idée d’audiobook m’a emballé. Comment est née cette idée ?

Noël Matteï : L’idée ne vient pas de moi pour le coup, elle est tombée du ciel comme dirait Higelin, le truc c’est que le livre est sorti en ebook et en papier, j’ai fait des séances de dédicace promo en librairie et notamment une où il y avait un débat avec un neuropsychologue qui avait adoré le bouquin.

Étant moi-même psycho-analyste parallèlement à mon statut de romancier et de musicien, je pouvais parler de la personnalité des personnages, de leur motivation, de leur caractère, mais lui en tant que neuropsy pouvait expliquer précisément et scientifiquement ce qui se passait dans le cerveau de mon personnage à la naissance d’un sentiment de jalousie par exemple ou autre, électriquement, car la neuropsychologie allie le fonctionnement du cerveau au comportemental voire au sensitif. Il enrichissait et ouvrait le débat ! Et à cette séance de dédicace-là, j’ai eu la chance d’avoir la présence d’Emmanuelle Monet aka Manu et de Patrick Giordano aka Matt Murdock dans le public car ils avaient tous deux beaucoup aimé leur lecture du roman.

Puis dans le bouquin je citais beaucoup de musique, en fonction de ce que j’écoutais au moment où j’écrivais le roman, et la musique a un rôle très important, même si ce n’est pas un roman musical, mais il y a un esprit littérature rock, et chaque musique citée n’est pas là par hasard mais elle a toujours un lien avec l’histoire au moment où elle apparaît. Le meilleur exemple, c’est le morceau de Dominique A qui est cité en entier et il m’a d’ailleurs très sympathiquement donné son autorisation. Tes cicatrices de Manu est cité aussi, et à un moment, les personnages sont dans une voiture et il y a ce morceau qui passe, son texte est aussi très lié à l’atmosphère qu’il y a dans cette voiture à cet instant T.

C’est comme ça que je lui avais envoyé le livre, comme aux autres qui étaient cités dans ce bouquin (ceux qui étaient toujours de ce monde). Elle l’avait lu et m’avait fait un joli petit mot me disant combien elle avait adoré le bouquin. Elle est restée au débat, on se connaissait un tout petit peu via le métier, Dolly et Madinkà parmi tant d’autres avaient été shootés ensemble sur la fameuse photo Génération 2004 par Jean-Marie Périer qui refaisait sa photo mythique de Salut Les Copains dans les sixties mais pour Paris Match cette fois. On a toujours eu beaucoup de respect l’un pour l’autre et puis perso j’ai beaucoup écouté chaque album de Dolly à sa sortie.

C’est donc ce soir-là, après la dédicace et le débat qu’elle m’a expliqué qu’elle avait un projet d’audiobook car elle en écoutait beaucoup, notamment lors des longs trajets, mais que ce n’était malheureusement pas toujours de beaux objets bien réalisés. Et comme elle était fan du côté un peu psychopathe de mon personnage et du bouquin ça la branchait qu’on l’adapte en livre audio. Ça m’a beaucoup touché surtout que j’ai toujours beaucoup aimé sa plume et sa voix depuis ses débuts. Ça m’aurait fait plaisir que quelqu’un vienne me le proposer, mais quand c’est, qui plus est, une artiste dont tu aimes le travail, ben whaow, c’est cool ! Elle a créé cette collection, Velvet Audiobook, au sein du label Tekini avec Matt Murdock. Les Amours Anormales, c’est le premier livre audio de cette collection, une sorte de pilot et j’en suis fier !

Maintenant on est impatient de voir comment ça fonctionne et intéresse d’autres personnes, nous on fait ça par plaisir, ce fut une superbe expérience, mais il y a quand même une dimension économique dans le sens où il y a eu un investissement de la part de Tekini pour l’enregistrer et le réaliser. Alors plus ce livre audio aura de succès, plus Tekini aura les moyens d’en sortir d’autres et de renouveler l’expérience avec d’autres auteurs qui les séduiront aussi !

C’est donc vraiment à Manu et à Matt que revient le mérite de l’originalité de cette idée ! Après ils m’ont demandé de le lire, parce que pour Manu c’était certain que personne ne pouvait mieux incarner le personnage que moi, même si j’ai eu des doutes au départ car c’est plus un travail de comédien que de chanteur. Alors on a fait un essai, ça leur a plu et tous on a eu de bonnes crises de fou rire avec Mathilde Wasilewski qui avait en charge toute la partie technique en studio, mais ça l’a fait et il y a eu des intervenants pour les autres personnages du roman à mes côtés : Matt, Manu et Thierry Nirox, c’était très sympa l’enregistrement, et très familial !

Je vais pousser le vice : il y a Noël Matteï chanteur, écrivain, ça ne te tente pas de l’adapter un jour au cinéma ?

Noël Matteï : Whaow ! C’est… me tenter bien sûr ! Je suis un énorme fan de cinéma indépendant, je regarde beaucoup de films indé asiatiques, argentins (Marco Berger) et allemands, tous ces films m’ont inspiré inconsciemment pour réaliser seul cette fois le clip de H.E.L.P., le premier single de l’album. Mais après faire un film demande beaucoup d’investissement pour le réaliser sur la longueur, au niveau du casting, des comédiens et de leur disponibilité sur le tournage, des sub… Il faudrait que je prenne un an, voire plus. Là, cette année, j’ai déjà le projet de développer mon activité de sophrologue en plus de celle de psychanalyste car les deux se révèlent complémentaires sans parler de la promo de l’album et d’un nouveau roman que j’ai sur le feu et auquel je ne parviens pas à accorder suffisamment de temps en ce moment !

Alors cette idée d’adaptation du roman en film, j’aimerais beaucoup mais je préfèrerais que quelqu’un (scénariste ou réal) me propose de le faire. Pour l’adaptation du scénario, travailler avec lui ou avoir la surprise à la fin... mais comme pour l’audiobook, je ne me sens pas d’avoir toute la réalisation à faire. Je commence seulement à réaliser mes clips et comme je suis perfectionniste, tout me prend toujours plus de temps que prévu…

C’est très dur le cinéma, sans parler de la distribution quand le film est terminé. Car j’aimerais vraiment pour le coup que les gens qui me suivent aillent le voir ! Pour moi, la notion de partage est importante et un film, c’est quand même avant tout dans une salle de ciné que ça se partage !

Pour une telle expérience aujourd’hui, il me faudrait je crois un moteur sur qui je pourrais me reposer, même si d’ordinaire je suis souvent la locomotive de ce que j’entreprends. J’aimerais une personne qui aurait la folie et le talent, et qui a au moins réaliser un court-métrage pour que je puisse juger de son travail, de son esthétique, de ses cadrages… être quasi certain que c’est la bonne personne pour ce projet car si j’aime effectivement la folie, je suis minutieux et perfectionniste, j’aime les accidents mais les accidents heureux ! Quand je passe du temps sur quelque chose, j’aime aller au bout.

Artistiquement, je n’ai avorté qu’un truc, c’est le quatrième album de Madinkà sauf que pour la motivation, l’énergie et le choix je n’étais pas seul dans cette affaire, si ça ne tenait qu’à moi il serait sorti, et comme tous les titres de ce dernier disque existent bel et bien peut-être qu’il sortira un jour, mais sinon je n’avorte quasiment jamais ! (rires) Je suis pugnace et chaque fois que je dis que je m’investis dans quelque chose, je vais au bout. Ça a été le cas avec l’album de Dominik Nicolas, on a été au bout de l’écriture et des titres de ce disque, et il existe !

Comment on se sent à une semaine de la sortie d’un album ? Quand on y a mis toutes ses tripes, son énergie et peut-être même tout son pognon !

Noël Matteï : Je crois que je n’y pense pas du tout. Et quand j’y pense c’est positif, mais si je réfléchis trop il y a tout ce qui va avec : est-ce que ça va plaire ? Est-ce que le disque va être bien reçu par la critique ? C’est quand même deux années de taf !

Je n’ai pas envie de penser à tout ça ! Je trouve que c’est schizophrénique parce que penser à ces choses-là ce n’est pas de l’artistique, quand je fais un album par exemple je n’y pense pas pendant l’étape créatrice, surtout dans le contexte actuel où on sait tous qu’on investit plus que l’on ne gagne, à moins de faire un tube ! Vu la rétribution qu’on a surtout avec le numérique ! Avant, on gagnait un peu avec le physique au moins, mais les plateformes ont mis en place des répartitions abjectes. Je ne suis pas contre le fait que la musique dématérialisée existe aussi, et cela permet à ceux qui chinent de découvrir des artistes, mais l’abonnement est de 9-10 euros pour ces plateformes et l’artiste est rémunéré 0.001 cts ! Alors que sans artistes, pas de musique et donc pas d’abonnements ! C’est un autre débat, mais crucial quand même ! Mais je ne veux pas avoir la moitié de mon cerveau artiste et l’autre moitié en mode commercial à quelques jours d’une sortie !

Je précise juste que la musique demande des moyens et un artiste ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, il a des besoins comme tout être humain !

Manu et Matt de Tekini Records m’avaient classieusement laissé la liberté de démarcher d’autres labels qui auraient eu plus de moyens qu’eux pour une plus grosse exposition de l’album, mais je ne l’ai pas fait du tout, comme eux j’ai été clair car j’aime l’esprit de famille de Tekini.

Je déteste plus que tout rester une heure à écouter un commercial sans culture musicale et qui se dit DA sans rien comprendre au disque que je veux faire, qui ne te parle que de produit et de cible, jamais de tes chansons à proprement parlé ! A mon âge et le parcours que j’ai, aussi humble que je sois, je n’ai plus envie de ça. Je ne veux donc pas y penser, parce que sinon mon cerveau switcherait et je ne penserai plus seulement à l’envie, la joie et l’excitation bien réelles de faire découvrir cet album. Je suis plutôt du genre à partir au vert ou à la mer quelques jours avant pour ne voir que de jolis paysages et faire du vélo !

Est-ce que tu as des projets des concerts pour cet été ?

Noël Matteï : Moi j’aimerais bien parce que j’adore la scène, même si ce n’est pas le truc le plus naturel pour moi, l’exercice de la scène me stresse toujours un peu beaucoup ! Je dis souvent en me marrant que je suis plus Charlotte Gainsbourg qu’un Iggy Pop. Quand je dis ça, c’est pour prendre deux personnes que j’adore et qui sur scène sont complètement à l’opposé. Quelqu’un qui envoie et quelqu’un qui est plus comme un petit animal apeuré. Et moi même si des scènes j’en ai fait beaucoup avec Madinkà, et qu’il m’est arrivé de réellement me lâcher, je réalise quand même à quel point c’est le public qui me portait dans ces moments-là. Sinon ce n’est pas nature de faire le show !

Avec l’âge je me sens beaucoup plus à l’aise en studio, et sur scène j’ai surtout envie de partager les émotions de l’album. Donc cet échange immédiat, l’émotion que procure la musique et les textes, tu te les prends en pleine gueule quand tu joues en live avec le public en face de toi. Ça c’est excitant ! Mais tourner aujourd’hui c’est un sacré investissement alors cela va dépendre de comment va tourner l’album en radio car les tourneurs ne prennent plus beaucoup de risques s’ils ne sont pas certains que la médiatisation soit suffisamment forte pour que les salles ne soient pas vides, surtout que perso j’aimerai tourner en province, et puis en Suisse et en Belgique aussi dans l’idéal comme on a pu le faire par le passé.

Dans tous les cas, si ça se fait, ce ne sera pas avant septembre ou octobre, c’est sûr. Il y aura peut-être une release party après la sortie de l’album en vinyle car, parenthèses, l’album sort en digital et en physique le 27 avril puis en mai pour le vinyle, parce que faire un vinyle cela est un luxe aussi, et je voulais un vinyle en mode old school avec un "vrai bain" à l’ancienne dans les règles de l’art, ce qui est plus long à faire même s’il existe d’autres procédés plus rapides aujourd’hui pour poser un support audio sur des vinyles mais je n’en voulais pas.

Sebastien Lorho de Near Deaf Experience qui a réalisé le master spécial vinyle a assuré, le garçon assure grave en la matière et les test-press que j’ai pu écouter tout récemment sont très bons car comme l’album fait 40 mn cela n’a pas été nécessaire de le dispatcher sur 2 vinyles, le son est top !

Et puis si on tourne, je considère qu’il faut que mes musiciens aient des cachets ! Du coup, c’est beaucoup d’investissement car c’est un projet solo mais je ne suis pas seul à me déplacer, à jouer et à me loger, alors on cherche un tourneur actuellement mais il ne faut pas se leurrer : il faut que les titres tournent sur les grandes radios car plus le morceau est entendu et plus les gens viendront. Donc le tourneur sera moins frileux. C’est le serpent qui se mord la queue ! Je ne peux pas me permettre de faire des concerts à perte.

Je voudrais tourner dans de petites salles sympas et où le son est correct pour le public qui s’est déplacé. C’est ça aussi quand tu passes sous ton nom perso en solo, j’aurais pu garder le nom de Madinkà, aussi petit que c’était il y avait une certaine notoriété, mais c’est une question d’intégrité, ça ne me serait jamais venu à l’esprit ! Manu aurait d’ailleurs pu le faire aussi avec Dolly mais je trouve ça beaucoup plus honnête et simplement logique quand la carrière devient solo de passer sous son nom - un pseudo ou un nouveau nom de projet peu importe - plutôt que de garder le nom du groupe qui nous a fait connaître en tant qu’artiste.

Les tournées se décideront en fonction de tout ça, de l’accueil du disque et des radios qui le joueront, car je n’ai sincèrement plus envie de partir sans savoir quelles conditions on va trouver en arrivant aux balances, ma vie est suffisamment pleine et riche en matière de création artistique pour éviter les mauvaises conditions scéniques. Il faut que la scène reste un plaisir et nous permettent de proposer quelque chose d’un peu différent du studio certes mais en tout cas d’aussi jouissif et abouti que l’album !

Pour l’heure, je préfère me dire que le disque sort, ça c’est super cool et que c’est l’aboutissement d’un travail qu’on a mené au bout ! Je suis fier de ça, puis j’ai signé avec un label dont j’aime la ligne de conduite, qui aime et comprend pleinement mon travail, qui a eu envie de sortir mon livre en audiobook ainsi que mon album alors avoir autant de liberté pour faire ma pochette et travailler comme je le sens avec de belles personnes motivées, c’est déjà un luxe quand on voit ce que le métier et l’industrie du disque sont devenus !

Ensuite j’ai envie de dire "step by step" et en privilégiant l’instant T ! À ce propos, c’est très important également que tous ceux qui aiment ce disque le fassent connaître un maximum, le partagent sur les réseaux sociaux, publient leurs avis les sites marchands afin de donner envie à d’autres…

Merci. Je crois que j’ai toutes les réponses.

Noël Matteï : Tu as même trop ! (rires)

Peut-être mais je ne coupe que rarement !

Et en effet lecteur, je n’ai rien coupé, ou très peu. Avant de te laisser (re)découvrir l’album et le livre et l’audiobook, je tiens à remercier Noël pour sa disponibilité et sache qu’après cette interview, nous avons encore discuté de longues et très belles minutes.

Je pourrais faire tellement d’autres remerciements, mais les gens concernés le seront en direct. A très vite lecteur.

 

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# 8 décembre 2019 : Et si Noël n'avait pas lieu ?

Grève générale, transports bloqués, morosité ambiante, réchauffement climatique... Et si cette année Noël n'avait pas lieu ? Quoi qu'il en soit vous aurez largement de quoi vous réjouir avec notre proposition de découvertes culturelles hebdomadaires dès maintenant. Par ailleurs, suivez notre facebook pour gagner des places pour le concert de She Owl.

Du côté de la musique :

"The undivided five" de A Winged Victory for the Sullen
Rencontre avec Lofofora autour de leur album "Vanités"
"Fly fly" de Céline Bonacina
"Romantic sketches" de Fred Perreard Trio
"Not married anymore" de Hasse Poulsen
"Enfer et paradis" de Les Nus
"Une certaine urgence", émission #6 de notre podcast Listen In Bed
"De temps et de vents" de Bodh'aktan
"Building site" de Mata Hari
"Gréty : Raoul Barbe Bleue" de Orkester Nord, Martin Wahlberg
et toujours :
"D'où vient le nord" de Francoeur
"Other side effects" de Lion Says
"Black Cofvefe" 5eme volume des mixes en podcast de Listen in Bed
"Santa Maria Remix" de Carmen Maria Vega
"Paganini, Schubert" de Vilde Frang & Michail Lifits
"I don't want to play the victim, But i'm really good at it" de Love Fame Tragedy
"Little ghost" de Moonchild
"Los Angeles" de Octave Noire
"A blemish in the great light" de Half Moon Run
"Older" de Quintana Dead Blues eXperience
"C'est pas des manières" de The Glossy Sisters
"Zimmer" de Zimmer

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Architecture" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Elvira" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"New Magic People" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
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"Mister Paul" au Théâtre L'Atalante
"Deux amoureux à Paris" au Studio Hébertot
"Nobody is perfect" à la Scène Parisienne
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"Allers-Retours" au Théâtre de l'Epée de Bois
"Portrait de Ludmilla en Nina Simone" au Théâtre des Abbesses
"Métropole" au Théâtre de la Reine Blanche
"Chambre noire" au Monfort Théâtre
et la chronique des spectacles à l'affiche en décembre

Expositions avec :

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Cinéma avec :

Les nouveautés de la semaine :
"La Vie invisible d'Euridice Gusmao" de Avénarius d’Ardronville
"Le Roi d'Ici" de Karim Aïnouz
Oldies but Goodies avec "Kanal" de Andrzej Wajda
et la chronique des films sortis en novembre

Lecture avec :

"Au plus près" de Anneli Furmark & Monika Steinholm
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"L'amexique au pied du mur" de Clément Brault & Romain Houeix
"Rien que pour moi" de J.L. Butler
"Secret de polichinelle" de Yonatan Sagiv
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