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Interview réalisée pour Radio Evasion  (Chateaulin)  24 septembre 2005

A l'occasion de son passage au Run Ar Puns de Châteaulin (Finistère) en première partie de Miossec, Karin Clercq prend le temps de nous parler de son deuxième album Après l'Amour, de sa collaboration avec Guillaume Jouan (compagnon de route de Miossec sur les trois premiers albums du Brestois), de leur rencontre bruxello-brestoise, de son univers musical…

Une belle rencontre avant un concert magique en trio avec les guitaristes Guillaume Jouan et Luc Page

Karin Clercq, bonjour. Tu entames ce soir au Run Ar Puns de Châteaulin la quatrième étape de la mini-tournée bretonne en première partie de Christophe Miossec.

Karin Clercq : C'est peu dire.

Ça tire dur ?

Karin Clercq : Oui, mais c'est très chouette. Mais il faut un peu de résistance dans ce monde masculin et nocturne. (rire)

Vous étiez hier à Ouessant.

Karin Clercq : Oui tout à fait, pour un concert à la salle des fêtes. C'était plein. Moi, c'est la première fois que j'allais à Ouessant et c'était une grande baffe dans la figure. C'est magnifique. Mais toutes les dates, c'est chouette. C'est vraiment chouette de découvrir la Bretagne sur la route comme ça, de rencontrer les gens. Ce n'est que du plaisir jusqu'à présent, donc j'espère que ce soir, ça va être bien.

Vous jouez dans un réseau de petites salles.

Karin Clercq : Oui, mais où il y a vraiment une âme et des vrais passionnés qui nous reçoivent. Ça se sent dans l'accueil.

Tu as sorti en 2005 ton album "Après l'Amour", près de trois ans après "Femme X". On dit souvent que le premier album est l'album d'une vie ou du moins d'une grande partie de celle-ci. Pour toi, ce deuxième album, a-t-il été un passage plus délicat ?

Karin Clercq : En fait, la pression venait surtout des autres. Moi au départ, je me suis dit, on va continuer. Mais c'est vrai, pour un premier album, tu as toute l'expérience qui est derrière toi, et là je n'avais que trois ans. Mais, ça a été. Au niveau de la phase créatrice, on est rentré dedans assez simplement, sans pression. Par contre après, toute la phase de post-production, ça a été un peu plus dur. Justement parce que c'était le deuxième album et que tout le monde se demande dans quelle direction aller. Mais ça n'a pas été trop douloureux heureusement.

Comment appréhendes-tu le passage en studio ?

Karin Clercq : J'aime bien, on a le temps. Et, il y a cette proximité. Au départ, moi je viens du théâtre. C'est vrai qu'au théâtre, tout est en direct. Là en studio, on peut peaufiner et il y a une intimité qui permet d'aller chercher certaines émotions. J'aime beaucoup, il faut souvent m'arrêter pour les prises. Ça me plaît tellement que je passerais bien toute la journée à faire des prises.

Guillaume Jouan signe les musiques de l'album. Votre collaboration fonctionne comment ?

Karin Clercq : On fonctionne un peu en quatre temps. Moi, j'écris en général la structure du texte, en tout cas les couplets, à Bruxelles. Puis je prends le TGV, je file sur Rennes. On commence à travailler les compos ensemble à partir des couplets. A partir de ce qu'il amène, j'écris les refrains, en général là-bas. Puis je repars et là il fait son travail d'arrangements de son côté, ou parfois quand on a le temps, on le fait ensemble.

On travaille beaucoup sur des périodes très condensées. Ça a d'autres avantages. On habite à 800 kilomètres l'un de l'autre, on passe beaucoup de temps au téléphone. Mais ça permet d'aller directement à l'essentiel, on ne passe pas, c'est clair, un mois sur un morceau. En général, j'y vais et on bosse sur trois à quatre nouveaux morceaux chaque fois.

Une fois en studio, tous les morceaux sont ficelés ?

Karin Clercq : Ca dépend. En général, on arrive avec le gros de la matière. Sur les deux albums, il manque une ou deux chansons. Celles-là, on les travaille pendant les pauses. Elles sont réalisées pendant l'enregistrement des autres, en studio.

Sur ton album « Après l'Amour », il y a une inspiration très littéraire. Je pense notamment au poète portugais Pessoa dont "A fleur de peau" s'inspire. Tu reprends également l'intégralité d'un texte de Marceline Desbordes Valmore, poétesse du XIX e siècle sur "La sincère". Tu rends aussi hommage à Taslima Nasreen sur "Taslima".

Karin Clercq : Je pense que tous les auteurs lisent et se nourrissent d'autres choses et c'est important. Personne n'a rien inventé. Moi, tout ce qui est texte, j'ai pas mal baigné dedans en théâtre. C'est une manière pour moi de rester en contact avec ça aussi. Marceline Desbordes Valmore, c'est une poétesse que j'ai découverte au conservatoire et son univers féminin m'avait vraiment frappé, par son côté contemporain. Elle parle de la femme, alors que c'est au XIXème, et d'une manière vraiment,… Pas féministe, elle a une vision très indépendante. Je trouvais qu'elle avait sa place sur l'album. Je me suis dit que c'était une façon de la faire découvrir, même si Julien Clerc avait déjà repris un de ses textes. Mais bon, ça enfonce le clou.

Ce texte se fond complètement dans l'album. Il est très contemporain et ne marque pas une rupture avec tes propres textes.

Karin Clercq : Il y a sans doute certaines expressions ou certains mots qui ne sont pas compris de la même manière. C'est vrai qu'à un moment, elle parle du cœur. Elle dit « Dieu l'a fait d'aimant, tu le feras tendre ». Tout le monde comprend "dément" alors que c'est l'aimant, la matière. Mais bon, voilà ce n'est pas très grave… Au contraire, je trouve ça chouette.

Il y a une reprise de Georges Moustaki sur "Après l'Amour". Reprendre "Dire qu'il faudra mourir un jour", cela t'est venu comment ?

Karin Clercq : J'aime beaucoup ses textes. De toute façon, il a écrit un paquet de tubes.

Et pour d'autres en plus…

Karin Clercq : D'ailleurs souvent, ce sont ces chansons là qu'on connaît le mieux, par Piaf ou d'autres…Cette chanson est mois connue, en tout cas moi je ne la connaissais pas. Quand j'ai l'ai entendue, j'ai pris le texte en pleine figure. J'aimais bien aussi le contraste car c'est avant tout un texte d'homme. Je trouve ça chouette d'avoir une interprétation féminine sur des paroles masculines. Ça amène autre chose.

On l'a travaillée différemment car le morceau original est très jazz, beaucoup plus rapide en fait. Guillaume s'est assez amusé. On a travaillé avec des bouteilles, on a pris tout ce qu'on trouvait pour taper dessus. Ça amène un côté un peu bancal, comme une foire. C'est un exercice de style qui est toujours intéressant. Sur l'album précédent, on avait abordé une chanson de Bécaud "Je t'ai dans la peau" et là on était parti sur un côté un peu plus années 60. C'est amusant parce qu'à chaque fois, Guillaume me dit : « Mais attends, ça ne va pas le faire. Ce n'est pas du tout mon univers ». Il s'en sort très bien à chaque fois. Il faut un peu le provoquer. (rire)

Musicalement, l'album est très varié, avec des passages très rocks, des morceaux plus intimistes.

Karin Clercq : Tout à fait. "Femme X" était très arrangé, très construit. Je pense que Guillaume avait besoin d'établir vraiment une rupture avec ce qu'il faisait avec Christophe (Miossec). Du coup, on était vraiment parti sur des samples et des bases de morceaux très construites. Comme je venais du théâtre, j'avais envie d'une atmosphère. C'étaient presque des mini courts métrages ces chansons.

Et là, on avait envie d'aller plus directement au but. Puis lui, je crois que ça le démangeait de reprendre sa guitare et de faire des chansons. L'album est sans doute moins original que le premier mais c'est un album vraiment de chansons françaises.

Au niveau des textes, "Après l'Amour" est plus tourné autour du "je" que ton album précédent.

Karin Clercq : Il y a une thématique déclinée sur différents modes. Au niveau de l'écriture, c'est dans la narration, à part peut-être pour quelques textes. On est plus dans un état ou une analyse d'un sentiment.

Tu viens du théâtre et de la scène. L 'interprétation d'une pièce est-elle éloignée d'un concert ?

Karin Clercq : Le public n'est pas le même. En fait au départ quand j'ai commencé, je me disais que ça devait être proche. Heureusement que je me disais ça, sinon, je ne serais jamais montée sur scène. Mais en fait, c'est quand même fort différent. Dans une pièce de théâtre, tu as un metteur en scène, un texte, des partenaires… Tu trouves ta liberté vraiment dans la contrainte. Il y a vraiment un cadre, tu sais tout ce que tu fais et c'est là-dedans que tu trouves ta liberté. Ici, il n'y pas vraiment de cadre. Par rapport au public, les gens sont là directement, c'est toi qui es sur scène. La liberté est totale. C'est hyper grisant mais en même temps ça peut vraiment foutre la trouille.

Moi, je suis passée un peu par tous les états. Au début, je me suis dit "Allez, on va foncer ! ". Et puis c'est vrai qu'à un moment, cette liberté me faisait peur. A un moment, je me suis rendu compte qu'il fallait enlever les couches. Au théâtre, tu crées des personnages, tu rajoutes des couches, tu essaies d'être quelqu'un d'autre… Je crois que, comme chanteur, même si tu interprètes des personnages, il faut être au plus proche de ce que tu es. Enlever justement…Mais bon, c'est ça qui est passionnant en même temps.

Je découvre vraiment cela sur le dernier album. Sur le premier, je ne me rendais pas compte à ce point-là. C'était beaucoup plus rock, on était cinq, je pouvais plonger plus dans un truc énergétique. Là on n'est que trois, on est au centre des choses, on ne peut pas tricher. Au début, c'était un peu le saut dans le vide. Mais ça va, je commence à me sentir à l'aise. Ce n'est que du bonheur quand ça se passe bien. La dose d'amour, tu la reçois directement…

La scène française actuelle, tu en penses quoi ?

Karin Clercq : Pour le moment, il y a énormément de choses. Moi, ce qui me fait plaisir, c'est surtout au niveau féminin. Il y a toujours eu une scène féminine, avec notamment Françoiz Breut… On dit toujours que la scène féminine explose aujourd'hui, mais il y en a toujours eu une. C'est vrai que ça fait plaisir de voir autant de femmes qui parlent sans se voiler la face. Ce n'est plus seulement le côté sucré qui est mis en avant. Par contre, je pense qu'il y a aussi un peu un effet de mode des journalistes. Ces nanas, elles étaient déjà là avant…Mais c'est bien qu'elles soient là. Il ne faut pas simplement que d'ici deux ans, l'effet de mode passe et que tout ça tombe dans l'oubli.

La musique, c'est un milieu très masculin. Pour une fois que ça s'équilibre un peu, pourvu que ça dure… C'est important je trouve. C'est vraiment important parce que dans d'autres créneaux, que ce soit en littérature ou même en cinéma, il y a un paquet de nanas qui sont là, sur le devant de la scène. A l'époque de « Femme X », je me faisais la réflexion que dans ma génération, il y avait des filles mais pas tant que ça et pourtant elles étaient là. Je pense que d'une certaine manière, les maisons de disque prenaient moins de risques. Maintenant comme il y a cet effet de mode, ils sont tous en train d'essayer de trouver leur chanteuse. Mais bon, évidemment ça peut avoir des effets pervers…

"Après l'Amour" vient juste de sortir, mais as-tu déjà des idées en tête pour le troisième ?

Karin Clercq : Je commence. Je viens de me remettre à écrire. Je ne sais pas encore très bien où je vais aller.

Tu es toujours dans l'idée d'une rupture avec l'album précédent ?

Karin Clercq : De toute façon, je pense qu'il faut essayer toujours de se "reprovoquer" d'une certaine manière. Je sais que pour des morceaux, j'aimerais bien aller dans une direction un peu plus rock tout en gardant ce côté intimiste. Je crois qu'il y a quelque chose là-dedans qui colle vraiment avec ma personnalité. Mais en même temps, il y a d'autres morceaux où j'aimerais bien que ça déménage un peu plus. Mais bon, c'est théorique. Quand tu te mets à travailler, c'est souvent l'état de la période dans laquelle tu es qui influence l'album. Donc on verra.

Et la composition musicale, tu y penses ?

Karin Clercq : Je suis en train de m'y mettre pour le moment. Je joue du piano. Là, je suis dans les logiciels, c'est vraiment la phase d'apprentissage. Déjà de comprendre comment ça fonctionne… Mais, je suis en train de m'y mettre, c'est un truc qui me démange pas mal. Mais je ne sais pas si j'en suis capable. On verra sur le troisième album…

Un grand merci à Karin Clercq pour sa disponibilité et sa gentillesse.Merci également à Noëlle de Pias pour l'organisation de la rencontre.

Merci à l'équipe du Run Ar Puns pour leur aide et leur approche de la musique.

 

Interview réalisée pour Radio Evasion , radio de l'Aulne Maritime

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# 20 septembre 2020 : Orages ...ô des...espoirs !

Ce bel été indien se termine sur des orages, du tonnerre et des inondations terribles. Décidément 2020 ne nous épargne rien. Dans l'espoir de jours meilleurs et se faire plaisir au milieu de tout cela, voici notre sélection culturelle de la semaine.

Du côté de la musique :

"In and out of the light" de The Apartments
"Chrone EP" de Atrisma
"State of emergency" de Babylon Circus
"Nomadic spirit" de La Caravane Passe
"Règle d'or" de Marie Gold
"Berg, Webern, Schreker" de Orchestre National d'Auvergne & Roberto Forès Veses
et toujours :
"Transience of life" de Elysian Fields
"Cerna vez" de Thomas Bel
"Bandit bandit" de Bandit Bandit
"Twins" de Collectif La Boutique
"Run run run (hommage à Lou Reed" de Emily Loizeau
Emily Loizeau en concert au CentQuatre
"Papillon blanc" de Gabriel Tur
"Dix chansons naturelles et sauvages" de Hugo Chastanet
"Both sides" le spectacle de Jeanne Added au CentQuatre

Au théâtre :

les nouveautés :
"Aux éclats..." au Théâtre de la Bastille
"Onéguine" au Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis
"Surprise parti" au Théâtre de la Reine Blanche
"Mademoiselle Else" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Killing Robots" au Théâtre Paris-Villette
les reprises :
"Marie des Poules" au Théâtre du Petit Montparnasse
"Hector Obalk - Toute l'Histoire de la peinture en moins de deux heures" au Théâtre de l'Atelier
"Trinidad - Pour que tu t'aimes encore" au Studio Hébertot
"Carla Bianchi - Migrando" à la Nouvelle Seine
"Jos Jouben - L'Art du rire" à La Scala
"Mudith Monroevitz" à la Nouvelle Seine
et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

la nouvelle saison muséale avec "Sarah Moon - PasséPrésent" au Musée d'Art Moderne de Paris
la dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - La collection de Madame" au Musée du Quai Branly
et toujours :
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :

en salle :
"Ailleurs" de Gints Zilbalodis
at home :
"Caramel" de Nadine Labaki
"Tomboy" de Céline Sciamma
"Peur" de Danielle Arbid
"La Cour de Babel" de Julie Bertucelli
"La Bataille de Solférino" de Justine Triet

Lecture avec :

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"De soleil et de sang" de Jérôme Loubry
"Fin de combat" de Karl Ove Knausgaard"
"KGB" de Bernard Lecomte et "Napoléon, dictionnaire historique" de Thierry Lentz
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