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Interview  (Festival Paroles et Musiques, salle Jeanne d'Arc, Saint-Etienne)  jeudi 28 juin 2018

C'est par un chaud après-midi de la fin juin, dans les loges de la salle Jeanne d'Arc, que j'ai eu la chance de rencontrer Buridane.

15 minutes d'échanges avec une femme d'une sympathie incroyable, accessible et très à l'écoute. Voici donc l'échange que nous avons eu.

Dans quel style musical dirais-tu que tu évolues ?

Buridane (soupir, grands yeux et rires) : Je trouve que c'est une question à laquelle il est de plus en plus difficile de répondre. Effectivement, je suis une grande fan de Keny Arcana, ma culture rap est très limitée mais il y a comme ça des gros coups de cœur. J'ai aussi une grosse accroche avec la culture folk anglophone : Joseph Arthur, Ann Brandt et tout ça nourrissent ce que je fais, du coup je ne sais pas trop. Moi je dis chanson française actuelle, voilà.

Comment se passe la composition : est-ce que ce sont les mots qui arrivent en premier, la musique ?

Buridane : Majoritairement, ce sont les sujets qui viennent, ensuite des débuts de mots et la musique et ensuite les deux en même temps. Beaucoup plus rarement, il arrive que le texte arrive en entier et ensuite la musique et encore plus rarement une musique et les textes, c'est ultra rare.

Où est-ce que tu trouves ton inspiration ? C'est la vie quotidienne ? L'imaginaire ?

Buridane : Je ne suis vraiment pas douée avec l'imaginaire. Je dirais plutôt l'autofiction. J'aime beaucoup les romans qui partent de quelques choses de vrai chez l'auteur et ensuite qui est brodé et romancé. Je dirais que c'est de l'autofiction.

J'ai l'impression qu'il y a pas mal de choses sur les histoires de cœur et les relations homme - femme ou femme - femme et homme - homme d'ailleurs.

(Rires) Les relations humaines m'intéressent, ça c'est une chose... Après l'amour... "Taureau" est clairement une chanson sur la mauvaise foi, la rupture.

"Bleu" parle de deuil, "Le Phénix et la cendre" est le plus grand hommage que j'ai pu écrire sur l'acceptation de soi. L'humain me questionne et me passionne.

Est-ce que le choix du chant en Français s'est imposé de lui-même ?

Buridane : Je ne me suis même pas posé la question. J'ai toujours énormément écrit depuis que je suis toute petite et en Français, la question de la langue étrangère ne s'est même pas posée une seule seconde.

Est-ce qu'on a une préoccupation de rester dans un style afin de ne pas perdre son public, ou par confort ?

Buridane : C’est une bonne question… Je crois qu'à chaque album en tout cas, je n’ai pas l’impression de choisir, on commence à créer et tout à coup c’est la forme qui apparaît qui nous dit ce que c’est. Je crois que je vais mal retranscrire, mais un ami citait Pierre Soulages qui disait : "c’est ce que je trouve qui me dit ce que je cherche" et pour moi, la musique c’est un peu pareil. On cherche à exprimer quelque chose, on cherche et à un moment la forme nous paraît juste et on dit : "ah tiens, c’est ça que je fais".

L’album Barje Endurance est beaucoup plus rythmique, a beaucoup plus d’aspérité que le premier, a beaucoup plus de voix parlée aussi. Cela n’a pas été une direction artistique choisie au départ, ça s’est dessiné à la fin. On regarde le résultat final et on dit : "ok, alors l’album ça va être ça !".

D’ailleurs, il y a des chansons très épurées, d’autres très arrangées et il fallait que cela cohabite.

Ce qui est génial, c’est qu’on ne sait pas ce qu’est la suite. Il y aura une continuité dans le sens où, ce qui fait le lien, c’est nous. Mais peut-être que la couleur sera plus folk, ou plus blues. Je n’en sais rien. C’est comme se surprendre soi-même.

Comment perçois-tu les réseaux sociaux ? Comme un outil ?

Buridane : Alors comment dire… (rires) Je déteste les réseaux sociaux. Du coup, c’est un outil et j’essaie d’en faire un autre moyen d’expression artistique, que ce soit dans les photos, les textes que je poste, et ce n’est pas parce que c’est un réseau social qu’il faut être dans l’ordre de la surface, on peut aussi raconter des choses profondes. On n’est peut-être pas obligé de poster tous les jours mais dans ce que je poste, il y a de l’importance. Ça fait partie des nouveaux outils inévitables pour les artistes aujourd’hui. Je dois apprendre à composer avec, c’est un peu contre ma nature.

Et en ce qui concerne les plateformes de streaming, comment vis-tu cela ?

Buridane : C’est vraiment une époque particulière, parce qu’on sait que le disque est mort mais on continue de sortir des disques, ils continuent à faire partie des stratégies de communication des artistes parce que, sans actus, il n’y a pas de dates, et pour avoir de l’actu, il faut continuer à produire des EP ou des albums. On est "esclaves"  de quelque chose et je trouve cela absurde.

Je suis un peu déconcertée et j’ai du mal à imaginer comment la musique peut continuer à vivre, si elle n’est pas à un moment… Je ne sais pas mais quand je veux du pain, je vais à la boulangerie et je l’achète. La musique est aussi un bien de consommation et il faut aussi la payer. Après payer 10 euros par mois pour avoir accès à des millions de titres, qu’on ne va pas écouter, je n’en vois pas l’intérêt. Je me dis que c’est super de pouvoir écouter plein de choses, mais on pourrait imaginer quand on aime un artiste de pouvoir l’écouter gratuitement pendant une semaine et si on aime, on achète le disque. On oublie que la musique a de la valeur en fait. Cela devient trop un pur produit de consommation.

Il y a peu de temps, j’ai fait un concert en appartement, le public était plutôt entre 40 et 60 ans et je me souviens d’une femme qui avait la cinquantaine, qui me demandait si on pouvait écouter ma musique sur Deezer et je lui expliquais que c’était bien pour les artistes que les gens qui écoutent notre musique aillent l’acheter et elle me disait : "on a plus de quoi écouter les disques dans les voitures, on a plus de quoi écouter de disques à la maison, alors comment on fait ?".

Et je n’étais pas arrivée à ce stade-là, je suis en peu en retard sur la technologie et effectivement, ça disparaît, le lecteur de disque en voiture disparaît, il y a encore 5 ans j’avais une voiture avec un lecteur cassettes et j’allais dans les braderies acheter des cassettes, j’ai découvert des live de McCartney incroyables.

J’ai lu que tu avais fait de la danse et je me demandais si tu n’avais pas regretté de faire de la musique plutôt que de la danse ?

Buridane : Ah non, c’est impossible. Je me dis que la musique ne m’a pas choisie mais que la danse n’a peut-être pas voulu de moi. C’est parfois un mythe de penser qu’on rêvait d’être danseuse. Je n’avais peut-être pas la notion de sacrifice. J’avais très envie d’être chorégraphe et ce que j’arrive à faire dans les chansons, c’est de pouvoir exprimer ce que j’avais envie de dire, et en danse il aurait fallu que je sois danseuse interprète aussi, au service de chorégraphes, pendant des années et je n’étais pas prête à vivre comme ça. C’est des faux regrets pour moi, c’est faire le deuil de ce rêve de petite fille qui ne se serait peut-être pas réalisé.

Ce n’est pas un peu saoulant toutes ses interviews ?

Buridane : (rires) Non parce qu’il y a des questions qui sont différentes et on ressort des interviews en en sachant un peu plus sur nous-mêmes. Ça nous économise des séances de psychothérapies (rires).

Enfin, je vais te proposer comme à tous les artistes que je rencontre de faire passer un message…

Buridane : Houlala… Je trouve qu’on est dans un monde qui est très dur, avec une vision de l’avenir archi pessimiste, que ce soit dans les séries, les films, les journaux, c’est compliqué pour notre génération de vivre avec ça et donc du coup, j’aimerais qu’on entretienne le positivisme et qu’on croit aux miracles.

Ça peut paraître cucul peut-être, mais enfin pourquoi ça le serait ! Je trouve qu’on est dans une société hyper anxiogène, alors oui il y a des choses qui ne vont pas, mais il faut faire des efforts !

J’essaie, je n’y arrive pas tout le temps (rires), c’est pour ça que je me permets de le dire, c’est mon combat quotidien, c’est tellement plus facile de nourrir le mauvais loup, de se plaindre que d’avoir de la gratitude sur ce qui nous arrive quotidiennement en fait. On est un peu flemmard.

 

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En savoir plus :
Le site officiel de Buridane
Le Facebook de Buridane


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# 12 août 2018 : Léger comme une brise d'été

Une édition plus légère cette semaine, 15 août oblige c'est la période creuse pour l'actualité culturelle tandis que chacun vaque à ses occupations estivales de plage en plage, de festival en festival. Voici le mini sommaire de la semaine.

Du côté de la musique :

"When the earth was flat" de Quiet Dan
"A quality of mercy" de RVG
Sélection d'albums blues avec Sue Foley, Ian Siegal, Fred Chapelier et Archie lee Hooker
et toujours :
"Schtick" de Danny Goffey
"Prokofiev for two" de Martha Argerich & Sergei Babayan
"South by west" de Pampa Folks
"Press rewind" de Devil Jo & the Blackdoormen
"Bonsoir shérif" de Keith Koona
"Home" de Kian Soltani & Aaron Pilsan
"La green box" de La Green Box
"Modernéanderthal" de Le Pied de la Pompe
"Art autoroutier" de Nuage Fou

Au théâtre :

les spectacles de l'été parisien avec :
les nouveaux venus :
"Road Trip" au Théâtre Le Funambule-Montmartre"
"Gustave Eiffel en Fer et contre Tous" au Théâtre Le Bout
les inoxydables :
"Les Faux British" au Théâtre Saint-Georges

"Dernier coup de ciseaux" au Théâtre des Mathurins
les outsiders :
"Iliade" au Théâtre Le Lucernaire
"Oui !" au Café de la Gare
"Dîner de famille" au Théâtre d'Edgar
"Tinder Surprise" au Théâtre d'Edgar
"Speakeasy" au Palais des Glaces
"Chance" au Théâtre La Bruyère

Expositions avec :

"Hundertwasser, sur les pas de la Sécession viennoise " à l'Atelier des Lumières

Cinéma avec :

les films de la semaine :
"Mary Shelley" de Haifaa Al Mansour
"L'Age d'or des ciné-clubs" de Emanuela Piovano

Lecture avec :

"Forêt obscure" de Nicolas Krauss
et toujours :
"Les grandes épopées qui ont fait la science" de Fabienne Chauvière
"Rien de plus grand" de Malin Personn Giolito

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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