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Hernán Díaz  (Editions Delcourt)  septembre 2018

S’il en est un qui semble surgir de nulle part, qui risque et commence à faire furieusement parler de lui, c’est bien Hernán Díaz, l’auteur de l’excellent Au loin qui vient de sortir aux éditions Delcourt Littérature. Sans agent, Hernán Díaz a envoyé sans prétention son manuscrit à une maison d’éditions à but non lucratif de Minneapolis. Bien mal lui en pris, son ouvrage a terminé finaliste du prix Pulitzer. Traduit de l’anglais par Christine Barbaste, qui nous offre la possibilité de le lire en français, il est aussi nommé pour certains prix chez nous et son livre ne devrait pas passer inaperçu. C’est en tous cas tout le mal qu’on lui souhaite tant la lecture de ce livre s’avère être une des belles découvertes de cette rentrée littéraire.

L’histoire se passe aux Etats-Unis et débute dans la première moitié du 19ème siècle. Elle nous raconte l’histoire d’un jeune suédois, débarquant en Californie, qui va traverser les Etats-Unis pour retrouver son frère à New-York, à l’époque des pionniers. Hakan s’est malencontreusement retrouvé séparé de son frère alors qu’ils devaient partir ensemble vers New-York. Se trompant de bateau, il se retrouve en Californie sans parler la langue, loin de son frère. Il va alors se lancer dans une longue traversée des Etats-Unis, d’ouest en est, à contre-courant de ceux qui, à l’époque, se ruaient vers l’ouest.

C’est ce périple que nous raconte Hernán Díaz, cette longue marche (Hakan traverse le pays à pied) vers son frère qu’il veut retrouver. Un périple fait de rencontres, de longues années de chemin, fait de nombreuses embûches qu’il devra surmonter. Et parmi ces difficultés, il y a celle de ne pas parler la langue du pays qu’il traverse. L’auteur a fait le choix d’insister sur cette difficulté en nous permettant de nous immiscer à l’intérieur même du personnage pour mieux appréhender comment il peut être difficile de s’intégrer dans un pays quand on n’en parle pas la langue.

C’est une traversée épique que va connaître Hakan, parcourant plaines et montagnes américaines, semée d’embûches et de situations complexes. Il va devoir se défendre, faire face à ceux qui veulent lui retirer la vie. Il doit aussi faire face à cette nature qu’il traverse, pas toujours bienveillante non plus. Il y a aussi la nature humaine qu’il doit affronter et elle n’est pas non plus d’une grande bienveillance à son égard. Hakan va rencontrer de nombreux personnages, truculents et hostiles, que l’auteur nous décrit avec virtuosité. Il va croiser une famille d’irlandais chercheurs d’or, va se retrouver enfermer plusieurs mois par une tenancière de saloon particulière. Il va devoir fuir, s’échapper et même parfois devoir être aidé par des personnes qu’il rencontre pour ne pas mourir. Il sera aidé notamment par un naturaliste extravagant à un moment du livre.

Très vite, l’idée de pouvoir retrouver son frère à New-York va s’avérer devenir un mirage, un rêve impossible tant les embrouilles et les difficultés s’accumulent. Il est souvent présent au mauvais moment au mauvais endroit, se retrouve avec une réputation qui n’est pas la sienne, l’obligeant à s’isoler pour devoir échapper à des gens qui lui veulent du mal. Si Au loin est un roman des grands espaces, c’est aussi le roman de la solitude. Hernán Díaz nous décrit merveilleusement bien ce sentiment qui accompagne le jeune suédois dans son épopée. Tout défile autour de lui et sans lui dans cette traversée : les saisons et le temps, les territoires et les années. Et puis l’espoir aussi défile, celui de revoir son frère.

Il y a aussi l’Amérique qui se dévoile au fil de livre, au gré de ce périple, dans sa dimension géographique et historique. Hernán Díaz prend soin de nous décrire ces paysages américains variés qui défilent au fur et à mesure qu’Hakan progresse dans sa traversée. Et en même temps, il y a une Histoire qui défile, celle d’un pays à l’histoire tumultueuse, autour de la ruée vers l’ouest à la recherche de l’or et du rêve américain.

Au loin est donc un très grand roman, superbement écrit, d’une grande beauté et d’une très grande richesse. Les thèmes abordés y sont nombreux de la solitude à la nature humaine en passant par l’intégration et la place des armes à feu en Amérique. Tout est analysé et décrit avec une très belle finesse et intégré à l’histoire de la naissance d’un pays, celui que traverse le jeune suédois, les Etats-Unis.

Ce qui est incroyable avec ce roman, le premier de l’auteur, c’est que tout y est parfaitement maîtrisé et on a l’impression d’avoir entre les mains un livre d’un auteur déjà confirmé. L’ouvrage dégage de très belles émotions autour de la solitude du personnage d’Hakan dans des décors somptueux.

Au loin restera, je pense, un grand récit sur l’immigration et un très beau texte sur la solitude. Hernán Díaz va maintenant devoir confirmer dans son prochain toutes les qualités littéraires qu’il possède et qu’il vient de nous montrer dans son premier roman. En attendant, le meilleur reste à venir pour Au loin que je vous invite fortement à lire.

 
 

Jean-Louis Zuccolini         
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