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Théâtre de l'Oeuvre  (Paris)  octobre 2018

Monologue dramatique d’après le texte éponyme d’Annie Ernaux mis en scène par Pierre Pradinas et interprété par Romane Bohringer accompagnée par le musicien Christophe "Disco" Minck.

La belle écriture, simple et précise, d'Annie Ernaux, son "je" totalement autobiographique et pourtant incontestablement universel, se marie bien avec la forme théâtrale. Rares sont les adaptations de ses récits à la scène qui n'emportent pas la conviction.

Une fois encore, en montant "L'Occupation" avec Romane Bohringer pour incarner la parole d'Annie Ernaux, Pierre Pradinas réussit une adaptation limpide et pleine d'émotion d'un texte d'une des plus grandes voix de la littérature française contemporaine.

Dans ce court récit, une femme s'interroge pour comprendre pourquoi la trahison de l'homme qu'elle aimait lui a occupé la tête aussi longtemps. Alors que leur relation n'était que purement physique, elle s'interroge ainsi sur ce qui la conduit à être aussi dépendante, à être ainsi sous l'emprise d'un homme, d'un "mâle" et à penser constamment à sa rivale, à sa remplaçante.

Alors que souvent les actrices qui portent les mots d'Annie Ernaux sont très viscérales, s'impliquent à fond dans une prose sans concession, le duo Pradinas-Bohringer a choisi d'ajouter au discours de la femme blessée une petite pointe de légèreté distanciée presque "rock'n'roll".

Si Romane Bohringer maîtrise et respire le texte, elle le fait en compagnie d'un musicien, Christophe "Disco" Minck, qui occupe avec ses instruments une bonne partie de la scène. Ce qu'il interprète conduit Romane-Annie à esquisser parfois quelques pas de danse, à se laisser emporter par les compositions d'un touche-à-tout qui use de la guitare, d'une harpe ou d'un synthétiseur.

La musique adoucit-elle la jalousie ? Fissure t-elle les murs de la tour obsessionnelle dans lequel elle s'est enfermée ?

Toujours est-il que Romane Bohringer se déplace souvent, quitte la chaise où elle a posé son manteau et derrière lequel un écran vidéo dessine des ambiances en correspondance avec le texte d'Annie Ernaux. Ainsi verra-t-on des gondoles quand elle parlera d'un voyage à Venise.

Mais ces images d'ambiance conçues par Simon Pradinas ne sont pas des clichés ou des pléonasmes. Elles sont là pour répéter inlassablement que l'esprit de la femme abandonnée par son amant, laissée à ses pensées crues sur le sexe, vit cela comme une phase végétative, où l'illustration consolide l'illusion d'une pensée, d'une réflexion sur ce qui lui est arrivée.

Il faudra qu'elle aille loin en elle, jusqu'à la chanson grivoise par exemple, pour qu'elle commence à comprendre ce qu'elle vit et s'interroger sur ce qu'elle va devoir faire pour ne plus le vivre.

Romane Bohringer, même au moment où elle est le plus embourbée dans cette obsession qui l'occupe 24 heures sur 24, conserve ce petit rien, ce petit fil qu'elle va devoir tirer pour que toute sa pelote de haine et de ressentiment soit détricotée.

Sur scène, il faudra une heure pour y parvenir. Ce qui est aussi une gageure puisque la comédienne fera dans ce laps de temps si court passer mille strates de sentiments avant de pouvoir rebondir, quasi littéralement.

Dans ce spectacle qui dégage une sérénité rare, Pierre Pradinas et Romane Bohringer ont réussi l'exploit de restituer la tension et la passion qui vibrent dans l'écriture magistrale d'Annie Ernaux.

 

Philippe Person         
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Du côté de la musique :

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"Contrasts", la 3eme émission de la saison 2 de Listen In Bed
"Dreamer" de Rosaway
"No future" de Samarabalouf
"Verdure" de The Hyènes
"Got the manchu" de We Hate You Please Die
et toujours :
"Armand-Louis Couperin : pièces de clavecin" de Christophe Rousset
"Ce qui suit" de Mondo Cane
"Awaiting ship" de Dominique Fillon Augmented Trio
"Soné ka-la 2 odyssey" de Jacques Schwarz Bart
"Killing Eve + Australie" nouveau mix de Listen in Bed
"LP2" de Pointe Du Lac
"Jorn" de Box Bigerri

Au théâtre :

une nouveauté :
"Tout Dostoievski" au Théâtre Le Lucernaire
des comédies pour rire et sourire :
"On purge bébé" au Théâtre de l'Atelier
"Les Faux British" au Théâtre Saint-Georges
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"Crise de nerfs" au Théâtre de l'Atelier
"De quoi j'me mêle" au Théâtre d'Edgar
"Mon meilleur copain" au Palais des Glaces
les reprises :
"Françoise par Sagan" au Théâtre L'Archipel
"Caroline Loeb - Chiche !" au Théâtre L'Archipel
"Play Loud" au Théâtre La Flèche
"Vous pouvez ne pas embrasser la mariée" à la Comédie des 3 Bornes
"Des Femmes" au Lavoir Moderne Parisien
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et les spectacles déjà à l'affiche

Expositions :

la nouvelle saison muséale avec :
"Voyage sur la route du Kikosaido - De Hiroshige à Kuniyoshi" au Musée Cernushi
"Pierre Dac - Du côté d'ailleurs" au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme
"Gabrielle Chanel - Manifeste de mode" au Palais Galliera
"L’Age d’or de la peinture danoise (1801-1864)" au Petit Palais
"Man Ray et la mode" au Musée du Luxembourg
"Victor Brauner - Je suis le rêve. Je suis l'inspiration" au Musée d'Art Moderne de Paris
"Sarah Moon - PasséPrésent" au Musée d'Art Moderne de Paris

"Alaïa et Balenciaga - Sculpteurs de la forme" à la Fondation Azzedine Alaïa

Cinéma :

en salle :
"Une vie secrète" de Aitor Arregi, Jon Garano et José Mari Goenaga
"L'Avventura" de Michelangelo Antonioni
at home :
"India Song" de Marguerite Duras
"Au bout du conte" de Agnès Jaoui
"L'effet aquatique" de Solveig Anspach
"Pourquoi tu pleures ?" de Katia Lewkowicz
"Henri" de Yolande Moreau
"La Famille Wolberg" de Axelle Ropert

Lecture avec :

"Le dérèglement joyeux de la métrique amoureuse" de Mathias Malzieu & Daria Nelson
"Le proche orient" de Catherine Saliou
"Mondes en guerre - tome 3 : Guerres mondiales et impériales, 1870-1945" de André Loez
et toujours :
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