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puce Rétrospective James Caan
Cinémathèque française   (Paris)  Du 5 au 17 décembre 2018

James Caan aime les films qui ont "un début, un milieu et une fin". Des films qui racontent une histoire. Des histoires, justement, il en connaît beaucoup, lui qui a traversé cinquante ans de cinéma.

Il a commencé avec Howard Hawks : s'il dit ne pas aimer "Ligne rouge 7000" (la Cinémathèque française, elle, l'aime beaucoup), il est prolixe sur "El Dorado", où il tire son épingle du jeu entre ces deux géants que sont John Wayne et Robert Mitchum (et qui l'obligèrent, selon lui, à porter des talonnettes pour ne pas être en reste).

Et puis c'est le nouvel Hollywood, dont il est l'un des acteurs phare. Chez Coppola, il est un sportif un peu abîmé dans "Les Gens de la pluie" (196), road-movie émouvant sur des êtres en quête d'affection, Sunny, le frère brutal et impulsif dans "Le Parrain" (1971), vétéran de la guerre du Vietnam, bien plus tard, dans "Jardins de pierre" (1987).

Entre-temps, il incarne la star d'un sport particulièrement brutal et dangereux, symbole d'une société qui se laisse déborder par toute l'énergie et la violence qu'elle produit dans "Rollerball" (1975) de Norman Jewison ; il mène une double-vie dans "Le Flambeur" (1973) de Karel Reisz et se fait massacrer dans le "Misery" de Rob Reiner (1990).

Avec les années, James Caan a conservé cette stature, cette silhouette reconnaissable entre toutes et qui lui a valu de jouer tant de sportifs. Son visage s'est fait plus minéral, et le temps a donné à ses traits une gravité dont joue James Gray dans "The Yards", où Caan incarne un parrain, c'est-à-dire à la fois un criminel et un patriarche dévoué à sa famille.

Ce beau personnage a quelque chose de la tragédie antique : c'est Créon devant l'intransigeance et l'exigence de justice de son Antigone de beau-fils, Agamemnon contraint de sacrifier Iphigénie.

Réalisé par Michael Mann. Etats Unis. Drame. 2h02 (Sortie 19 mars 1981). Avec James Caan, Tuesday Weld, James Belushi, Robert Prosky, Willie Nelson, Dennis Farina, William L. Petersen et Tom Signorelli.

En 1980, cet acteur instinctif fait confiance à un jeune cinéaste qui lui propose le script de son premier long métrage de cinéma. Avec Michael Mann, James Caan réinvestit le film de gangster dans une œuvre hybride, fortement inspirée du cinéma des années 1970 mais contenant en germe toutes les qualités de celui qui contribuera à réinventer le cinéma d'action américain.

En Amérique, on a rarement droit à une seconde chance, martèle le Nouvel Hollywood. Le cinéma est plein de ces histoires d'anciens criminels qui tentent le casse ultime, le dernier gros coup avant de se ranger et aller vivre à l'autre bout du monde avec la femme aimée. Souvent, ça tourne mal. On pense par exemple au film d'Ulu Grosbard avec Dustin Hoffman, "Le Récidiviste" (1978), qui reprend exactement cette trame narrative. Une trame classique, donc, pour une structure que James Caan qualifie de "menuet": une structure tripartite, où l'on passe d'une section A à une section B avant de revenir vers cette section A.

Le voleur du titre, c'est bien sûr James Caan, qui cache ses 11 ans de tôle derrière des chemises en soie, une montre en or et une voiture de luxe. Officiellement, il en vend, des voitures. Le soir, il fait des casses, emporte les pierres non marquées qu'il refourgue avec un joli bénéfice à la clé. C'est une affaire qui tourne bien, mais dont Franck sait qu'elle ne peut avoir qu'un temps. Il est amoureux de Jessie (Tuesday Weld) et veut la convaincre qu'un jour, ils pourront partir, être une vraie famille.

Franck pourrait n'être qu'une caricature, un malfrat au grand cœur ou un bandit qui se croit dans un western et tire sur tout ce qui bouge. Si Michael Mann n'évite pas toujours les clichés, il sait donner au personnage une profondeur, une ambiguïté qui restent intéressantes de bout en bout. Franck, c'est d'abord une musculature, des épaules fortes, et une grande gueule. Il étale sa réussite pour compenser tout ce qu'on lui a pris, pendant ses onze ans à l'ombre.

Il renverse tout sur son passage, emmène de force Jessie dans sa voiture, envoyer bouler les malfrats et les flics qui lui proposent une association. Mais cette force qui va a un rêve, constitué de petits bouts de papier et de photographies collés ensemble. Cette carte postale est un talisman qu'il porte sur lui en toute occasion, et qu'il montre à Jessie pour la persuader de le suivre. Le tableau n'existera pas sans elle.

Michael Mann est réputé pour ses scènes d'action, on pense notamment au braquage de "Heat", son film le plus connu. Mais les points culminants de ses films sont aussi des scènes de dialogue : la rencontre, longtemps retardée, entre Al Pacino et Robert De Niro dans le café de Heat, les discussions entre le chauffeur de taxi et le tuer à gage de "Collatéral".

Dans "Le Solitaire", la plus belle scène du film est ce moment où Franck expose à Jessie ses fragilités. C'est un simple champ/contrechamp (avec quelques variations) où les personnages se racontent, se découvrent pour finalement s'apprivoiser. Une scène douce pour que Franck fasse comprendre à Jessie qu'il n'a plus le temps d'attendre.

A propos de cette scène, James Caan attire l'attention sur l'une de ses trouvailles d'acteur. Jamais son personnage n'utilise de contractions pour parler, ce qui lui confère un débit particulier, articulé et ralenti. L'acteur voit dans ce phrasé une volonté de ne pas perdre de temps : jamais le personnage n'a besoin de se répéter pour être compris.

Mais Franck, rattrapé par son passé, est encerclé, trahi de toutes parts. Nous sommes bien dans l'univers du film noir, où le héros ne peut se fier à personne, si ce n'est à sa propre détermination, à sa propre force. Seul contre tous, Franck devient l'un de ces personnages à la "Dirty Harry" ou à la Charles Bronson qui règle ses comptes un flingue à la main.

Le carnage final est filmé comme un film de Peckinpah, tout en ralentis et explosions de sang. Ce final est desservi par la musique de Tangerine Dream, bien trop présente et surtout un peu démodée. Cette musique constitue l'un des défauts du film : lourde, elle a tendance à occulter la finesse de la mise en scène, et donne aujourd'hui une dimension parodique à une scène qui ne manquerait autrement pas d'efficacité.

Cette finesse apparaît davantage dans les scènes de casse que dans le numéro de bravoure final. Dans la lignée d'un Jules Dassin ("Du riffifi chez les hommes") ou d'un Jean-Pierre Melville ("Le Cercle rouge"), Mann redonne au film de cambriolage ce qui fait sa force : la durée et le suspense. Le brutal Franck, en plein cambriolage, devient un homme calme et minutieux.

De la préparation du casse, opération minutieuse qui rassemble tous les différents "artistes" de la profession, à sa réalisation, Franck planifie, prévoit, invente. Tout en ménageant habilement le suspense, Mann restitue la temporalité des opérations, la difficulté à ouvrir une porte ou à scier un tuyau. Il invente un bâton enflammé pour ouvrir une chambre forte, offrant un beau moment de cinéma, tout en fusion et étincelles.

Film d'action réussi, "Le Solitaire" alterne images de violence et temps suspendu. New York est le vaste territoire qu'arpente un héros qui ne cesse de courir, de rouler d'un point à l'autre de la ville, d'une bretelle d'autoroute au café du coin. Michael Mann prouvera dans la suite de sa carrière qu'il sait admirablement filmer la nuit, New York et ces voitures à la carrosserie étincelante où les néons des magasins se reflètent et glissent doucement, à mesure que Franck avance vers son destin.

Le film s'ouvre d'ailleurs sur deux très beaux plans de la ville endormie. Le premier est une avancée horizontale, où les lumières rondes d'une multitude de lampadaire transforment la partie supérieure de l'écran en une sorte de piste stellaire ; à ce mouvement horizontal fait écho dans le second plan un panoramique vertical : la caméra descend le long des immeubles et des escaliers de secours, qui se balancent doucement dans la nuit.

Aucun ne touche le sol, ce qui confère à cette vision une étrangeté douce. Et puis, au milieu de ce calme, dans cette ville qui dort, commence un casse, et tout s'emballe.

 

Anne Sivan         
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