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Philippe Lançon - Nicolas Mathieu - David Diop - Adeline Dieudonné - Pauline Delabroy-Allard - Roberto Saviano - Hugues Pagan  (Divers)  décembre 2018

Cette année j'ai eu l'occasion, la chance et le plaisir d'avoir entre mes mains de nombreux livres qui m'ont procuré, à des degrés différents, de superbes heures de lectures. Certains livres ont été chroniqués sur le site quand d'autres sont restés dans mes souvenirs sans que j'en ressente le besoin d'en parler, non pas qu'ils ne méritaient pas d'être chroniqués, certains étant excellents, bien meilleurs que d'autres chroniqués. Alors voilà l'année 2018 est sur le point de se terminer et un petit bilan livres s'impose pour rattraper les oublis concernant ces livres importants de l'année dont nous n'avons pas parlé.

Philippe Lançon  Le lambeau (Gallimard, avril 2018)

S’il fallait ne conserver qu’un seul livre pour cette année, cela serait sûrement l’ouvrage de Philippe Lançon, Le lambeau publié chez Gallimard. Rescapé des attentats de Charlie Hebdo, l’auteur nous raconte dévoile dans les 100 premières pages d’une intensité incroyable l’attentat puis sa reconstruction dans une chambre d’hôpital. Il y a tout dans ce livre qui est un pur chef-d’œuvre, un livre essentiel que tout le monde devrait lire.

Ni racoleur ni sensationnel, le texte que nous propose Philippe Lançon est magnifiquement écrit, d’une force, une authenticité et une puissance rarement vues dans d’autres ouvrages. L’auteur nous embarque dans ses souffrances et ses doutes, il nous livre un hommage et une déclaration d’amour à notre système de santé si souvent décrié.

Alors n’hésitez pas et ne passez pas à côté de ce livre, si vous ne l’avez pas encore lu...

Nicolas Mathieu  Leurs enfants après eux (Actes Sud, août 2018)

Un ton en dessous du lambeau mais pour autant aussi un excellent livre, Leurs enfants après eux, ouvrage de Nicolas Mathieu, couronné du prix Goncourt en novembre dernier s’est avéré être aussi une excellente lecture de cette fin d’été.

Se déroulant au début des années 90 dans l’Est de la France en pleine désindustrialisation, il nous permet de suivre la destinée d’un groupe de jeunes désœuvré, nous racontant une époque au travers d’adolescents qui doivent trouver leur voie dans la France des villes moyennes et des zones pavillonnaires.

L’histoire se déroule sur quatre étés entre 1992 et 1998, réveille en nous plein de souvenirs et de nostalgie. Nicolas Mathieu nous offre un livre malin et plaisant, un roman générationnel construit autour de personnages attachants que l’on n’est pas prêt d’oublier.

David Diop  Frère d?âme (Seuil, août 2018)

Encore un autre livre d’une puissance rare avec l’ouvrage de David Diop, Frère d’âme, publié pendant l’été aux éditions Seuil. Avec ce livre, David Diop fait le choix d’aborder la grande guerre sous un angle inédit. Le livre se lit quasiment d’une traite avec ses 170 pages, il nous plonge dans les horreurs de la guerre des tranchées, vu par un tirailleur sénégalais qui a vu son ami sénégalais tomber sous les balles ennemis.

Revenu à l’arrière après ce drame, il se remémore son enfance, sa participation à la guerre tout en nous faisant réfléchir à la violence subie, aux rapports entre la France et ses colonies mais aussi à l’amitié.

Avec ce magnifique ouvrage, David Diop rend hommage à tous ces africains morts pour la France dans une guerre absurde et violente. Frère d’âme a obtenu le prix Goncourt des lycéens, et c’est amplement mérité.

Adeline Dieudonné  La vraie vie (Iconoclaste, août 2018)

Autre belle découverte de l’année, le premier roman d’Adeline Dieudonné, La vraie vie, publié chez l’Iconoclaste. Encore un roman court fulgurant construit autour de personnages sauvages et entiers dans un univers acide et sensuel.

L’auteur nous raconte l’histoire d’une petite fille de dix ans vivant dans un pavillon au milieu d’un lotissement avec son petit frère et ses parents. C’est une histoire glauque et sordide d’une famille presque ordinaire, autour d’un père violent et d’une mère passive. Le quotidien de ces enfants se passe à jouer au milieu des carcasses de voiture de la décharge pendant que le père est parti à la chasse pour tuer des gros gibiers.

Jusqu’au jour où un accident violent vient faire bégayer le présent, laissant le petit garcon au bord de la folie. Sa sœur n’a alors qu’une seule idée en tête, remonter le temps pour annuler le drame et redonner la vraie vie à ce petit garçon.

Ce livre est une petite pépite, drôle et triste à la fois, débordant d’émotions, un livre qui m’aura beaucoup marqué.

Pauline Delabroy-Allard  Ça raconte Sarah (Les Éditions de Minuit, septembre 2018)

Encore un autre premier roman assez incroyable (décidément, on aura découvert beaucoup de nouveaux auteurs, cette année) avec celui écrit par la jeune Pauline Delabroy-Allard, publié aux éditions de Minuit.

Son titre ? Ça raconte Sarah ! Encore un livre court, un peu moins de 200 pages, qui se lit presque d’une traite, nous racontant une passion amoureuse incroyable, l’histoire de deux femmes.

L’une est une jeune mère célibataire, abandonnée par le père de son enfant, jeune professeure qui vit à Paris. L’autre s’appelle Sarah et leur rencontre se produit lors d’un réveillon de nouvel an chez des amis communs. Petit à petit, leur rapprochement s’opère autour de rendez-vous pour faire naître un véritablement attachement puis une passion.

Le roman est construit autour de deux parties, l’une nous montrant la naissance et l’épanouissement d’une passion autour de deux personnes profondément différentes et l’autre nous narrant la mort et la désillusion.

Avec ce premier ouvrage, l’auteure nous montre d’indéniables qualités littéraires pour décrire les sentiments, la sensualité mais aussi la violence. J’attends maintenant avec impatience un deuxième ouvrage de cette auteure pour confirmer son talent.

Pauline Delabroy-Allard ! Retenez bien son nom, on risque d’en entendre parler encore longtemps.

Roberto Saviano  Piranhas (Gallimard, octobre 2018)

L’année 2018 aura aussi été marquée par le grand retour de Roberto Saviano, connu pour avoir écrit Gomorra. Place au roman avec son dernier livre, Piranhas, publié chez Gallimard. L’histoire se déroule toujours à Naples, dans le quartier de Forcella et nous parle d’un nouveau phénomène criminel : les baby-gangs. Des jeunes qui ont entre dix et dix-huit ans, qui se déplacent à scooter, armés et fascinés par la criminalité et la violence.

Leurs modèles sont les super-héros et les parrains de la camorra. Leurs valeurs reposent sur l’argent et le pouvoir, ils ne craignent ni la prison la mort, seulement une vie ordinaire comme celle de leurs parents. Leurs buts ? Fréquenter les bons endroits, se lancer dans le trafic de drogue, occuper les places laissées vacantes par les anciens mafieux pour conquérir la ville, quel qu’en soit le prix à payer.

Un livre coup de poing donc, comme ses précédents, construit sur une narration haletante qui nous montre un univers sans concession, dont la logique subjacente n’est pas si différente de celle qui gouverne notre société contemporaine.

Une fois encore, un grand livre du maître italien qui arrive à renouveler un sujet à propos duquel tout semble avoir été raconté.

Hugues Pagan  Mauvaises nouvelles du front (Rivages, novembre 2018)

Mon année 2018 de chroniques se terminent avec les éditions Rivages et le superbe ouvrage écrit par un auteur de très grande qualité, j’ai nommé Hugues Pagan.

Hughes Pagan est un auteur né en Algérie. Après des années de philosophie et un bref passage par l’enseignement, il entre dans la police où il restera 25 ans. Aujourd’hui scénariste pour la télévision, il est aussi un excellent écrivain, auteur notamment de Profil perdu, qui a remporté un vif succès public lors de sa sortie.

Il y a un mois, les éditions Rivages ont publié, Mauvaises nouvelles du front, un recueil de 12 nouvelles, un ensemble de 12 petites perles littéraires avec onze textes écrits et parus entre 1982 et 2010 et une inédite, qui donne son titre à l’ouvrage tout en l’ouvrant.

On retrouve dans cet ouvrage l’univers de Pagan, des commissariats, des destins qui se croisent, des personnages énigmatiques. Avec ses mots, Pagan nous raconte la vie dans ce qu’elle a de plus noir, dans ses désillusions et ses désespoirs.

Terminer mon année de lecture avec la formidable écriture d’Hugues Pagan aura été un grand honneur. Le patron du polar est de retour, alors ne le manquez pas.

Quant à moi, j’attends avec impatience la rentrée littéraire de janvier pour vous retrouver avec plein de nouvelles chroniques de livres.

 

Jean-Louis Zuccolini         
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Du côté de la musique :

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"En se couchant, il a raté son lit" au Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis
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"La Mort (d')Agrippine" au Théâtre Dejazet
"Oncle Vania" au Théâtre du Nord-Ouest
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