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Sofia Says  (Coherent States)  janvier 2019

Entrez ! Entrez dans la lumière ! Entrez dans la lumière des néons aveuglants au sein d'un tunnel long de toute une vie, qui s'enferme au fil de l'avancée pour finir par offrir un champ de vision tout à coup infini vers la clarté d'un ciel revigoré.

Le nouvel album de Gaël Segalen, Sofia Says, s'articule autour de cinq mouvements distincts qui forment un couloir élaboré pour vous chahuter sans répit, mais en vous laissant malgré tout le soin de vous calfeutrer dans un décor complexe et paradoxalement chaleureux.

Décrire la musique de Gaël Segalen serait une vaine quête à la justesse démonstrative là où son art requiert une ouverture vers l'inconnu, la synthèse parfaite des forces telluriques et des reflets numériques. Dès l'ouverture, "Like Warehouse", la croisée des chemins mélange les musiques électroniques, l'élaboration savante de textures digitales et les manipulations esthétiques formant ainsi une entité sonore dense, riche et complexe qui nous embarque dans un voyage sous terrain remuant, sinueux mais sans cette hostilité de certaines musiques expérimentales parfois difficiles d'approche. Doit-elle autant au field recordings qu'aux influences majeures des univers électroniques de Parmegiani, à qui l'on pense ? Quoi qu'il en soit, Gaël Segalen a su intégrer et transcender ses influences les plus évidentes pour créer ses propres mondes, ses propres sonorités. Tout s'accélère, puis ralentit, comme un ressac profond et délicat, car peu à peu la compositrice intensifie ses arrangements, pour parfois esquisser une mélodie concise et délicate, comme un diamant posé là, au milieu d'un écrin lancé à vive allure.

"Montagne Est", "Montagne Ouest" se répondent intelligemment, comme deux versants distincts. Le second reprenant le même motif, plus élagué, prouvant ainsi combien cette musique est sertie de détails passionnants, et mettant en exergue la complexité des compositions de manière plus prégnante de minute en minute. Néanmoins, jamais nous ne quittons ce tunnel infini, et, fermant les yeux, jaillissent alors les parois qui défilent, et les lumières aveuglantes qui zèbrent les cieux fermés, comme le fond des néons d'un métro parisien.

L'oeuvre est totale et l'alchimiste Gaël maintient fermement le cap d'un voyage absolu qui enveloppe tout l'espace, s'octroyant le luxe de retirer à chacun ses repères. Le parcours atypique de cette artiste volontairement singulière lui a permis de toucher à la radio, au cinéma, aux sciences humaines, au field recording, à l'art relationnel, pour synthétiser ses diverses influences et en extraire la moelle émotionnelle. A force de manipulations des sons collectés, créés de toutes pièces ou composés avec finesse, elle offre trois quart d'heure d'une musique riche, délicate, étrangement ensoleillée, comme dans l'embrasure d'une porte entre-ouverte vers un champ des possibles à l'horizon indéfini.

Après avoir sorti un premier album, L'Ange le Sage sur le label Erratum (2016), puis un second, Memoir of My Manor sur le label FRM-AT (2017), elle sort donc ces jours-ci son troisième album, uniquement disponible sur cassette et digital. Gaël Segalen s'investit parfois dans de belles collaborations, pour s'enrichir de l'autre, à l'image de son duo "Les Graciés" formé avec l'artiste Eric Douglas Porter, et ainsi nourrir sa musique de ses multiples influences certes électroniques, mais aussi tournées vers le Free Jazz ou les musiques de danse. Elle envisage son art avant tout comme un point de départ au dialogue, ouvert à l'autre et au monde.

Après avoir participé au collectif Mu, obtenu un diplôme de composition électroacoustique, et cofondé Polyphones, dédié aux femmes dans l'expérimentation musicale, elle confirme tout son talent de compositrice d'une richesse éblouissante, qui se rapporte autant à notre monde urbain et saturé de sonorités qu'à une nature profonde et volubile qui ne cesse d'évoluer à l'instar du morceau qui vient terminer son nouvel album, "I'll See You again". Après une soudaine et brutale apparition, le titre s'étend sur douze minutes, glissant alors sur un terrain de plus en plus bouillonnant, pour vous amener à un manque d'oxygène rendant la libération du final, salutaire et apaisante.

Car enfin, la musique de Gaël Segalen jamais n'agresse et se veut avant tout bienveillante. Si les contours sont parfois abrupts, l'oeil de son cyclone est, quant à lui, chaleureux et coloré. Elle contribue à faire avancer cette perception en mouvement permanent qui, entre musiques savantes, expérimentales, électroniques et organiques, rappellent que les musiques sont parfois ailleurs, et qu'elles sont avant tout expression, et que cette expression peut et doit prendre plusieurs formes, pour ne pas oublier combien la recherche, dans l'art en général, est vitale si l'on veut continuer à voyager. Et Gaël Segalen propose là un voyage stupéfiant, dépaysant et profondément passionnant.

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

L'interview de Gaël Segalen (février 2019)

En savoir plus :
Gaël Segalen sur le Bandcamp de Coherent States
Le Facebook de Gaël Segalen


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# 11 avril 2021 : Culture en résistance

Nous avons rencontré des acteurs du monde de la culture pour évoquer leurs situations mais aussi l'avenir. Le replay intégral est à voir dès maintenant sur la TV de Froggy's Delight. Pour le reste, voici le programme de la semaine. Et surtout, restons groupés.

Du côté de la musique :

"In time Brubeck" de Duo Fines Lames
"Navegar" de Joao Selva
"Le style (avec Guillaume Long et Flavien Girard" la 8ème émission de Listen In Bed
"Dusk" de Paddy Sherlock
"Live at the Berlin philarmonie 1969" de Sarah Vaughan
Les petites découvertes de la semaine en clips avec : Hanna & Kerttu, Texas, A Certain Ratio, Johnny Mafia, Chevalrex + Thousand
et toujours :
"Caillou" de Gisèle Pape
"Sauvé" de It It Anita
"Goes too far" de Olivier Rocabois
"Morricone stories" de Stefano Di Battista
"Le fruit du bazar" de Alex Toucourt
"Bento presto" de Caribou Bâtard
"De mort viva" de Sourdure
"Mistake romance" de Tristan Melia
"Courtesy of Geoff Barrow : Unsung Heroes" le mix #18 de Listen In Bed
Des petites découvertes en clip : O' Lake, Luwten, Corentin Ollivier, Ghern et Old Caltone

Au théâtre au salon :

avec les captations vidéo de :
"La passion selon saint Matthieu" de Bach par Romeo Castellucci
"War sweet war" de Jean lambert-Wild
"Les Sœurs Macaluso" d'Emma Dante
"Monkey Money" de Carole Thibaut
"Une heure de tranquillité" de Florian Zeller
"Le Dernier jour du jeûne" de Simon Abkarian
"La Ronde" de Boris Charmatz

Expositions :

en virtuel :
"Le Grand Tour, voyage(s) d'artistes en Orient" au Musée des Beaux-Arts de Dijon
"La Fabrique de l'Extravagance" au Château de Chantilly
"La Police des Lumières" aux Archives nationales
"D'Alésia à Rome" au Musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye
"Pompéi, un récit oublié" Musée de la Romanité à Nîmes
et un documentaire : "Les trésors des hôtels particuliers : Du Marais aux Champs Elysées"

Cinéma :

at home :
"Où vont les chats après 9 vies ?" de Marion Duhaime
"Stuck Option" de Pierre Dugowson
"La fête est finie" de Marie Garel-Weiss
"1991" de Ricardo Trogi
"Généalogies d'un crime" de Raoul Ruiz
"L'été de Kikujiro" de Takeshi Kitano
"Le retour de la panthère rose" de Blake Edwards

Lecture avec :

"Elmet" de Fiona Mozley
"Le savoir grec" de Jacques Brunschwig, Geoffrey Ernest Richard Lloyd & Pierre Pellegrin
"Seul entouré de chiens qui mordent" de David Thomas
"Sur la route, vers ailleurs" de Benjamin Wood
et toujours :
"Biotope" de David Coulon
"Ces petits riens qui nous animent " de Claire Norton
"Dernières nouvelles de Sapiens" de Silvana Condemi & François Savatier
"Eat, and love yourself" de Sweeney Boo
"Giants : Brotherhood" de Carlos & Miguel Valderrama
"L'art du sushi" de Franckie Alarcon
"L'île sombre" de Susanna Crossman
"La rivère des disparues" de Liz Moore
"Pourquoi le nord est-il en haut ?" de Mick Ashworth

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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