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Théâtre de la Colline  (Paris)  février 2019

Comédie dramatique d'après le roman éponyme de Haruki Murakami, mise en scène de Yukio Ninagawa, avec Léo Bartner, Kate Doi, Nino Furuhata, Yoko Haneda, Fumiaki Hori, Hayato Kakizawa, Katsumi Kiba, Haruka Kinami, Kenichi Okamoto, Masafumi Senoo, Masato Shinkawa, Erika Shumoto, Tsutomu Takahashi, Soko Takigawa, Shinobu Terajima, Takamori Teuchi, Masakatsu Toriyama, Yukio Tsukamoto et Mame Yamada.

Cette transposition théâtrale de "Kafka sur le rivage", l'opus éponyme de Haruki Murakami figure majeure de la littérature japonaise contemporaine, ressort au blockbuster théâtral avec la conséquente distribution de 19 comédiens de la Ninagawa Company à l'interprétation millimétrée et la pharaonique scénographie de Tsukasa Nakagoshi composée d'une multitude de monumentales boîtes mobiles en plexiglas faisant office de décor et d'espaces scéniques et animée par la superbe création lumière de Motoi Hattori.

Et, surtout, l'ébouriffante mise en scène cinétique de Yukio Ninagawa, dernière création avant son décès en 2016 et dont la pérennité est assurée par Sonsho Inoue et Naoko Okouchi, qui sublime l'oeuvre ressortant au genre littéraire du roman d'apprentissage sur une déclinaison singulière du mythe d’Œdipe revue à l'aune de la mémoire historique nippone et de l'oeuvre de Franz Kafka, dans un maelstrom de registres stylistiques concourant au réalisme magique, marque de fabrique de l'auteur, de l'hyper-réalisme au fantastique, du burlesque au poétique et du merveilleux au fantastique.

Pour en restituer la structure en tableaux avec ses ruptures formelles et ses télescopages spatio-temporels, et pallier à la staticité induite par le plateau qui confine l'imaginaire, Yukio Ninagawa, qui était également réalisateur, a réussi une fascinante - et réussie - entreprise d'immersion hypnotique du spectateur par application de la grammaire cinématographique au dispositif plastique placé sous le signe du mouvement perpétuel avec des déplacements quasi-chorégraphiés.

Ainsi la translation latérale des immenses caissons restitue le procédé du fondu-enchaîné pour s'adapter à la structure en tableaux avec ses ruptures séquentielles, leur déplacement du fond de scène produit une illusion de zoom pour les scènes intimistes et leur valse circulaire crée le judicieux effet spécial de tourbillon visuel pour transcrire le syncrétisme magique de l'univers murakamien.

Un univers de surcroît soutenu par la bande originale inspirée et éclectique du compositeur Umitaro Abe, des réminiscences opératiques de "Madame Buttefly" au au "soundbath ambient" avec voix séraphique évoquant celui du groupe islandais Sigur Ros, dans lequel se déroule deux parcours parallèles de révélation et d'accomplissement de soi.

Celui d'un adolescent introverti (Nino Furuhata remarquable) en quête d'une d'une mère disparue, qui trouve refuge dans une bibliothèque auprès d'un employé queer (Kenichi Okamoto) et d'une femme évanescente (Shinobu Terajima subtile), et celui d'un sexagénaire isolé et solitaire victime d'un traumatisme cérébral dans son enfance lors d'un étrange événement demeuré inexpliqué (Katsumi Kiba magistral), l'homme qui parlait aux chats, des chats grandeur nature campés par Yukio Tsukamoto, Kate Doi et Mame Yamada costumés par Ayako Maeda, guidé par une préscience intuitive de sa mission, la recherche ésotérique, "celle de la pierre qui ouvre la porte d'entrée".

Le biodrame des deux principaux protagonistes se nourrit de deux thématiques murakamiennes primordiales : le paradigme de la condition humaine et la mémoire du passé, tant au niveau individuel que de l'Histoire.

Un passé qui ne doit pas être occulté mais faire l'objet d'une résilience, tant pour les épisodes traumatiques personnels comme la perte de l'être aimé, que nationaux avec le spectre de la guerre du Pacifique, avec ses terribles réalités et conséquences, telles la violence qui, au sens premier du terme, stupéfie les enfants et les exactions commises par le camp adverse représenté par des figures emblématiques perverties.

Celles-ci donnent lieu à des scènes d'anthologie avec, pour les Etats Unis, le colonel Sanders (Masakatsu Toriyama clownesque), fondateur du fast food Kentucky Fried Chicken, devenu proxénète et, pour l'Angleterre, par Johnnie Walker (Masato Shinkawa glaçant), le logo publicitaire du célèbre whisky écossais, érigé en collectionneur de têtes de chats décapités de manière barbare.

Quant au paradigme de la condition humaine, Haruki Murakami use de la philosophie de l'existentialisme pour tenter de déjouer celle du déterminisme arc-boutée sur "l’impossibilité tragique" héritée de l'antique et le nécessaire processus d’introspection avec le symbole du labyrinthe intérieur.

Et de nombreux autres thèmes sont abordés dont, entre autres, les dangers de l'amour fusionnel, la dualité esprit-corps, le chamanisme avec le totem-voix intérieure et la symbolique du corbeau, et l'invasion culturelle occidentale, notamment américaine, à la suite de l'ouverture du Japon à l'Ere Meiji.

Avec la collaboration du romancier, scénariste et dramaturge américain Frank Galati qui signe l'adaptation théâtrale, Yukio Ninagawa a conçu un spectacle immersif parfaitement maîtrisé qui, dispensé par d'excellents comédiens, constitue une éblouissante et éclatante réussite d'ores et déjà inscrite dans les annales du théâtre contemporain.

 

MM         
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# 16 juin 2019 : C'est la fête !

Vendredi prochain, ce sera la Fête de la Musique, une raison supplémentaire pour en écouter de la bonne en vous baladant dans notre sélection culturelle de la semaine, avec également bien entendu du théâtre, du cinéma, des expos et de la littératures.

Du côté de la musique :

"Frescobaldi : Toccate e partite d'intavolatura di cimbalo, libro primo" de Christophe Rousset
"Ravel l'exotique" de Ensemble Musica Nigella & Takénori Némoto & Marie Lenormand & Iris Torrosian & Pablo Schatzman
"Rouen dreams" de Jean-Emmanuel Deluxe & Friends
"Antonio Salieri : Tarare" de Les Talens Lyriques & Christophe Rousset
"N'obéir qu'à la terre" de Louise Thiolon
"... Ni précieuse" de Malakit
"Différent" de Monsieur
"Women's legacy" de Sarah Lenka
"At the end of the year" de Thomas Howard Memorial
"Génération guerre sainte" de Torquemada
et toujours :
"Appareil volant imitant l'oiseau naturel" de Boule
"Hypersensible" de Cat Loris
"Strange creatures" de Drenge
Petit tour à Beauregard, qui approche, pour y parler des découvertes. Nous avions déjà évoqué le reste de la programmation
"Strome" de Martin Kohlstedt
"Arrivals & Departures" de The Leisure Society
"Attack of the giant purple lobsters" de Washington Dead Cats

Au théâtre :

les nouveautés de la semaine :
"L'étrange affaire Emilie Artois" au Théâtre de la Contrescarpe
"La Magie de l'argent" au Théâtre Aleph à Ivry
"Huckleberry Finn" au Théâtre de la Huchette
"Noire" au Théâtre du Rond-Point
"Homme encadré sur fond blanc" au Théâtre Tristan Bernard
"Un drôle de mariage pour tous" au Théâtre Daunou
"Guigue & Plo" au Théâtre du Marais
des reprises :
"Hiroshima, mon amour" aux Théâtre des Bouffes parisiens
"Matka" au Théâtre Elisabeth Czerczuk
"Dîner de famille" au Café de la Gare
"Hypo" au Théâtre du Marais
et la chronique des spectacles à l'affiche en juin

Expositions avec :

dernière ligne droite pour :
"Les Nabis et le décor" au Musée du Luxembourg
"Rouge - Art et Utopie au pays des Soviets" au Grand Palais

Cinéma :

les films de la semaine :
"Le choc du futur" de Marc Collin
"Bunuel après l'âge d'or" de Salvador Simo

Lecture avec :

"Au péril de la mer" de Dominique Fortier
"Etre soldat de Hitler" de Benoit Rondeau
"La nation armée" de André Kaspi
"Le karaté est un état d'esprit" de Harry Crews
"Le rêve de la baleine" de Ben Hobson
"Les deux vies de Sofia" de Ronaldo Wrobel
et toujours :
"Alice" de Heidi Perks
"J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi" de Yoan Smadja
"Présumé coupable" de Vincent Crase
"Une histoire de la Nouvelle France : Français et Amérindiens au XVI siècle" de Laurier Turgeon
"Vue pour la dernière fois" de Nina Laurin

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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