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Franck Beauvais 

Réalisé par Franck Beauvais. France. Documentaire. 1h15 (Sortie le 25 septembre 2019).

Sans vouloir effrayer le potentiel spectateur de "Ne croyez surtout pas que je hurle" de Frank Beauvais, ce film hors norme, qui tient de l'essai et de l'auto-fiction, est une des propositions les plus radicales qui lui sera donnée de pouvoir voir de toute sa vie.

On est ici du côté "obscur" du 7ème art, ce monde insensé et souvent peu recensé où l'on trouve Man Ray, Isidore Isou, Guy Debord, Marcel Märien, voir Dziga Vertov et Jean Cocteau et bon nombre d'extrémistes expérimentateurs étasuniens.

Ayant réalisé quelques courts, cinéphile effréné, archiviste de lui-même et perdu dans sa vie de garçon mal-aimé, Frank Beauvais s'est décidé à 45 ans à frapper un grand coup... ou à disparaître dans le rien.

En regardant la minute trente de la bande-annonce de son film, on comprend instantanément qu'il a bien fait de choisir de frapper ce grand coup à l'occasion fortuite d'un déménagement, entre peines de cœur et mort de son père.

Et son idée, d'autres l'ont eu avant lui, l'ont envisagé tel un Jorge Luis Borges, aveugle amateur de films impossibles : faire un film composé uniquement des images des autres.

Frank Beauvais s'est alors astreint à visionner quatre à cinq films par jour, à en extraire quelque chose qui ferait sens avec sa vie et ses pensées, quelque chose qu'il pourrait utiliser pour créer de l'émotion cinématographique, quelque chose qui se fracasserait à ses mots off.

Pour cela, il lui fallait être aussi écrivain. Le texte de "Ne croyez surtout pas que je hurle" que son distributeur, Capricci, publie pour la sortie du film le prouve constamment : Frank Beauvais, comme Jean Eustache et quelques autres, est un vrai écrivain de la pellicule.

Ce texte qu'il lit aura, on le pressent et on l'affirme, le même destin que celui de "La Maman et la Putain" d'Eustache : il fera l'objet d'adaptations scéniques, de monologues habités. Car ce texte est d'une puissance au moins égale aux images choisies par Beauvais. Sans souci du pléonasme et de la redite, il offre une prose d'une force incomparable, qui fait mouche à chaque phrase.

La réunion surréaliste texte-image donne à voir comme un vrai film ce qui chez d'autres ne serait qu'une proposition expérimentale, à la provocation bancale et maladroite.

Dans "Ne croyez surtout pas que je hurle" de Frank Beauvais, tout paraît maîtrisé, tout en étant fragile et sensible.

Ce monologue décrivant, un homme-enfant, c'est-à-dire un collectionneur, dans sa phase délicate, celle où il comprend que pour vivre il doit liquider tout ce qu'il a amassé, est d'une stupéfiante vérité.

Quand, comme lui, on doit se séparer de tous ces trésors qui justifiaient une vie incertaine, on est devant le précipice de l'après. Frank Beauvais choisit de tout transformer en film pour que ce dénuement devienne un dénouement (heureux).

Œuvre incomparable et inestimable, "Ne croyez surtout pas que je hurle" de Frank Beauvais est sans doute l'un des premiers films qui marquera vraiment son siècle. Si l'on était plus fou ou plus radical, on oserait écrire que c'est pour l'instant le seul.

 

Philippe Person         
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Du côté de la musique :

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"Glowing in the dark" de Django Django
"My shits" de Dye Crap
"Medicine at midnight" de Foo Fighters
"In a silent way" le mix #14 de cette saison 2 de Listen In Bed
"Alors quoi" de Meril Wubslin
"Old western star" de Nico Chona & the Freshtones
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"Debbie et moi" de Thomas Cousin
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"Tango" de Pascal Contet
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