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puce Du Douanier Rousseau à Séraphine - Les grands maîtres naïfs
Musée Maillol  (Paris)  Du 11 septembre 2019 au 19 janvier 2020

Avec l'exposition "Du Douanier Rousseau à Séraphine - Les grands maîtres naïfs", le Musée Maillol propose d'aller au-delà de l'image d'Epinal attachée à la facture des oeuvres rattachées à l'art naïf, une catégorie qui, au demeurant, résiste à la définition exhaustive.

Les commissaires Jeanne-Bathilde Lacourt, conservatrice Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut de Lille Métropole, et Alex Susanna, écrivain et critique d'art, ont opté pour un panorama resserré en sélectionnant certes un corpus important riche de plus d’une centaine d’œuvres mais circonscrit à neuf artistes.

Neuf peintres qualifiés "grands maîtres du naïf" avec deux têtes de gondole connues d'un large public, le Douanier Rousseau et Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis, et donc sept de leurs homologues contemporains dont la visibilité s'est étiolée au fil du temps.

L'intérêt de la monstration scénographiée par Hubert Le Gall, outre la (re)découverte de la plupart des peintres exposés, est plurielle. En premier lieu, elle opère un rappel historique avec ses "salles-préface" qui rendent hommage à deux figures qui contribuèrent à la reconnaissance de ces artistes.

A savoir Wilhelm Uhde, écrivain, collectionneur et marchand d’art qui a organisé les premières expositions dédiées à l'art naïf - "Les Peintres du Coeur-Sacré" en 1928 et "Les Primitifs modernes"en 1932 - et Dina Vierny, muse de Maillol et collectionneuse qui, en 1974, organise dans sa galerie l'exposition "Le Monde merveilleux des naïfs", honorée par le "Bouquet pour Dina" de André Bauchant.

Ensuite, par le choix d'une présentation ordonnée autour des genres picturaux, opérée, elle permet de prendre la mesure du champ d'action de ces artistes qui opèrent dans le champ conventionnel de la peinture de chevalet avec des toiles de dimension traditionnelle, mais de façon idiosyncrasique, et ne sont pas réductibles à des peintres du dimanche.

Enfin, elle contribue à la réflexion sur la notion d'innocence archaïque* et de primitivisme moderne évoquées pour circonscrire l'art naïf au regard de l'art populaire, de l'art brut et de l'art primitif, pour ce dernier non pas tant au regard des productions artistiques des civilisations primitives sans écriture qu'à celles des peintres de la pré-Renaissance.

Les Naïfs de "la confrérie des peintres et peintresses aux mains éblouies"**

Peintres d'origine plébéienne, au mieux modeste employé, ils se révèlent comme des artistes singuliers qui, chacun à sa manière, et dans quasiment tous les genres picturaux, délivrent leur vision du monde en pratiquant selon le principe dégagé par l'historien et critique d'art Yann le Pichon dans son essai consacré au Douanier Rousseau ("Le monde du Douanier Rousseau") "trois règles d'or qui seraient instinctivement celles des enfants et des primitifs : intérioriser en immobilisant, anoblir en stylisant, amplifier en simplifiant".

La notion de primitivisme ne renvoie pas aux productions artistiques des civilisations primitives sans écriture, mais au modèle stylistique des peintres de la pré-Renaissance qui ne satisfait pas aux codes de la représentation figurative édictées subséquemment par le classicisme.

Quant à l'autodidactisme, il ne signifie pas un art "sui generis" dépourvu de toute influence car même l'art de Séraphine Louis ressortant à l'art brut par la psychopathologie de l’expression, avec ses bouquets et arbres de vie ("Feuilles diaprées sur fond bleu", "Arbre", "Les grappes", "Grappes de raisin", "Feuilles de raisin") qui deviennent terrifiants avec les ténèbres qui envahissent son esprit, est influencé par la composition des vitraux de la cathédrale de Senlis.

Pour ces primitifs modernes nés à la fin du 19ème siècle hors l'aîné Douanier Rouseau qui s'insèrent entre tradition et avant-garde, le terme de "naïf" ne s'applique qu'à leur esthétique qui emprunte au vocabulaire graphique de l'illustration pour livres d'images avec la représentation à plat sans effet de perspective ni de dynamique d'où l'impression d'immobilité de la représentation (le "figé naïf"), le dessin minutieux à la ligne claire et les aplats de couleur.

A l'aune d'une perspective mentale unique, les peintures-images de ceux considérés comme des "maîtres de la réalité" traduisent une vision ontique personnelle avec des aspirations, fictions, obsessions et fantasmes singuliers ressortant aux projections de la psyché qui concourent à la représentation d'une réalité augmentée.

Ainsi dans les portraits-paysages initiés par le Douanier Rousseau.

Egalement dans le thème de forêt, ses génies, les scènes de chasse sanguinaires de Louis Vivin ("Le cerf et le loup", "La chasse aux sangliers") et sa symbolique polysémique du rapport au monde au mystère de la mère primitive, forêt revisitée par le Douanier Rousseau selon une de luxuriance exotique dans ses fameuses jungles dans lesquelles règne les tensions animales (Ferdinand Desnos "Les sangliers au clair de lune", André Bauchant "Le Hibou" et le diptyque "Tigres dans la forêt", Louis Vivin "Tigres, éléphants et singes").

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Donc le terme naïf s'applique à la forme esthétique mais ni à l'homme ni au sens ce qui implique un regard attentif et parfois en grande proximité avec la toile. Ainsi Camille Bombois dont la troublante "Fillette à la poupée" choisie pour l'affiche de l'exposition et un des rares à s'aventurer dans le registre du nu, n'est pas un innocent regardeur quand il décline l'origine du monde ("Nu de face", "Le Giron") et son appétence pour les postérieurs callipyges ("La grosse fermière sur son échelle", "Nu étendu") dans de hardis cadrages sans ambiguïté.

Dans la peinture de paysage, de ceux urbains et statiques de René Rimbert se dégage, par une approche rapprochée, un sentiment d'inquiétante étrangeté avec ses silhouettes tronquées ("Le gros nuage", "L'affiche rose", "Paysage à la nurse", "Vue sur la ville ou la fenêtre ouverte").

Tout comme les marines de Dominique Peyronnet, dans lesquelles le flux des vagues est représentée comme une juxtaposition de plans verticaux à l'instar d'un store vénitien ("Orage sur la digue", "Après le bain", "Mer brumeuse après marée basse", "Immensité bleue").

Les peintes naïfs travaillent également la nature morte avec le motif du bouquet tel André Bauchant qui crée de flamboyants bouquets dans le sillage de la peinture flamande en l'hybridant avec le paysage ("Fleurs de dahlias dans un paysage") et celui des objets sur table nommé par les commissaires "les tables magiques" dans lequel figure des éléments incongrus et anachroniques flirtant avec le surréalisme ("Ferdinand Desnos "La carpe", Jean Eve "Nature morte aux huitres", "Nature morte au jeu de cartes" et l "Coques, escargots, moules" de Dominique Peyronnet).

Une exposition passionnante pour tenter de capter l'oeuvre de ces anti-modernes et le mystère de ce les commissaires nomment "le monde insaisissable des naïfs".

 
* titre de l'exposition au Musée d'Orsay en 2016 consacrée au Douanier Rousseau ** André Malraux in "La Métamorphose des dieux"

En savoir plus :

Le site officiel du Musée Maillol

Crédits photos : MM
avec l'aimable autorisation du Musée Maillol


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