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Théâtre de la Bastille  (Paris)  novembre 2019

Comédie dramatique écrite et mise en scène par Baptiste Amann, avec Solal Bouloudnine, Alexandra Castellon, Nailia Harzoune, Yohann Pisiou, Samuel Réhault, Lyn Thibault et Olivier Veillon.

 Troisième rendez-vous en six ans avec Baptiste Amann et sa saga-série théâtrale qui raconte trois jours de la vie d'une fratrie de quatre adultes qui viennent de perdre leurs parents.

Mauvaise pioche pour le jour de l'enterrement choisi par ces petits-bourgeois : leur banlieue est en pleine émeute. La ville flambe et l'un des frères, Benjamin, victime collatérale des violences, est blessé grièvement.

C'est pour cela que Sam (Samuel Réhault), Hafiz (Solal Bouloudnine) et Lyn (Lyn Thibault) sont, au début de "Des Territoires (… et tout sera pardonné ?)" dans le couloir d'un hôpital à attendre avec Moussa (Yohann Pisiou), l'ami de la famille, de pouvoir voir leur frère qui se trouve dans un état presque terminal...

Pas besoin d'avoir vu les précédents épisodes pour suivre les 2 h 30 mm de cet épisode ultime. Ce qu'il faut dire, avant tout, c'est rappeler que l'originalité du travail de Baptiste Amann est de confronter l'histoire banale de ces quatre personnages, même s'ils sont saisis à un moment "historique" de leur petite vie, avec la "Grande Histoire", voir "la Très Grande Histoire".

Dans le premier volet "Jour 1 (Nous sifflerons sur la Marseillaise)", le quatuor découvrait que sous la maison de leurs parents, il y avait les os de Condorcet. S'en suivait un va-et-vient entre leurs retrouvailles agitées avec pour enjeu de vendre ou de ne pas vendre le pavillon, et l'irruption de la Révolution française sous la forme de ses grandes figures. Pareillement, dans le deuxième, "Jour 2 (D'une prison l'autre)", parmi les émeutiers de banlieue surgissait Louise Michel, suivie des Communards.

Cette fois-ci, la "Grande Histoire" va prendre la forme de la guerre d'Algérie. A l'heure où Benjamin meurt, l'hôpital dans lequel il agonise est en plein tournage d'un film sur la guerre d'Algérie. Une actrice (Nailia Harzoune) révise son texte dans la salle d'attente où se trouve Sam. Elle joue la "poseuse de bombes" Djamila Bouhired qui sera défendue par le jeune Maître Vergès (Alexandra Castellon)...

Comme dans chaque épisode, Baptiste Amann sait bien élaguer les événements historiques, les rendre clairs et cohérents pour un public qui les connaît mal et est peut-être nourri de préjugés sur les sujets abordés. Car les trois périodes choisies sont riches en polémiques et il faut vraiment être habile et avoir beaucoup travaillé les questions pour s'en sortir aussi bien que l'auteur-metteur en scène des "Territoires".

La Guerre d'Algérie est particulièrement minée, surtout qu'il n'hésite pas à prendre pour héroïne une figure clivante puisqu'elle a participé à des attentats. Evidemment elle a aussi été torturée par les parachutistes français et est défendue par un avocat qui, lui, est encore célèbre post-mortem, et n'est pas en odeur de sainteté.

Pourtant, Baptiste Amann tient le pari de ses parti-pris. Il réussit là où échoue par exemple Alexandra Badea dans "Points de retour (Quais de Seine)" car sa scène d'exposition clarifie tout de suite les choses.

Dans un studio radio, le cinéaste explique comment il conçoit de parler de la Guerre d'Algérie à un journaliste plus vrai que nature dans la mauvaise foi (Olivier Veillon) qui est loin d'être bienveillant et qui, ainsi, permet de désamorcer les reproches futurs que l'on pourrait faire à Baptiste Amann.

Il faut aussi dire que ses acteurs sont tous impeccables et qu'ils sont parfaitement capables de jouer non seulement un rôle mais trois ou quatre. Sans doute sont-ils aussi aidés par la qualité des dialogues qu'ils soient volontairement "sitcom" dans la petite histoire familiale ou reconstituent des scènes comme le procès de Djamila Bouhired dans la partie historique.

Baptiste Amann réussit formidablement ce passage qui, pourtant, pouvait être "casse-gueule" : il créé un prétoire "exotique" encombré de feuillages qui laisse à penser de manière subliminale qu'on est dans un "procès colonial".

Cerise sur le gâteau, il fait jouer à Alexandra Castellon, qui s'en sort magnifiquement, le rôle de Jacques Vergès. On aura d'ailleurs le droit d'entendre sa plaidoirie qui est en soi un texte d'une qualité littéraire rare.

"Des Territoires (...et tout sera pardonné ?)" multiplie les scènes d'anthologie et si l'on cherchait un sens général à cette œuvre hors norme, ce serait de prouver que les différends familiaux, les chamailleries petites-bourgeoises autour d'un héritage, s'estompent quand le monde s'embrase. Le peuple a encore besoin de l'Histoire pour se transcender et s'unir, pour se dépasser plus tard et pour l'instant simplement retrouver son unité et son humanité.

Belle leçon pour un beau moment théâtral.

 

Philippe Person         
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