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Interview  (Riorges)  mardi 3 décembre 2019

A l'occasion du concert à Riorges de Lofofora qui fêtait ses trente ans de carrière sur scène, nous avons eu le plaisir de rencontrer le chanteur Reuno qui nous a accordé une interview.

Cela fait 30 ans que Lofofora existe. Quel regard portes-tu sur ces 30 années ?

Reuno : Nous sommes des gars incapables de nous projeter dans l'avenir, y compris dans nos vies de tous les jours. Et en même temps, on a du mal à regarder dans le rétro. Si je devais le faire c'est passé vachement vite, il y a eu plusieurs histoires en une avec les différentes personnes qui sont passées dans le groupe. Avec le recul, je ne changerai pas grand chose.

Certains pourraient nous reprocher de ne pas avoir fait de concession pour devenir plus gros et en même temps, si on avait fait des coups d'éclat pour coller à la mode, nous serions passés de mode justement aujourd'hui. Moi ça me va bien de rester les pieds sur terre, nous ne sommes jamais devenus des stars avec Lofo mais on continue à se faire plaisir et à faire plaisir.

Justement, qu'est-ce qui fait que vous ayez toujours une telle rage depuis le début ?

Reuno : Ce sont nos personnalités, individuelles et l'addition de ces personnalités et l'histoire que l'on vit ensemble, c'est ça qui fait l'énergie de Lofo. On a un vrai plaisir à jouer ensemble. Humainement tous les quatre, on est vraiment différent et l'énergie qui circule entre nous est plutôt cool.

Envoyer du pâté sur scène avec des gens qui perdent la boule, c'est le truc qu'on préfère faire dans la vie. On est accro à ça et on est prêt à tout pour aller le rechercher. Et puis on n’a pas vraiment à se forcer. L'énergie de cette musique... Tu vois quand les gens ne savent pas ce que je fais, par exemple à l'école quand je vais chercher ma fille, aux parents d'élèves, je leur dis : " je fais du rock fâché !" (rires) De la musique un peu en colère, histoire qu'ils comprennent un peu le propos.

Il y a toujours pas mal de choses qui nous heurtent, on est assez ouvert sur le monde. Je pense que nous sommes des gens capables d'un peu de compassion et quand en plus tu aimes la musique rentre-dedans, moi j'écris toujours sur cette musique et à partir de là je me mets au diapason de cette tension, de cette rage que mes potes peuvent mettre. Et dans ma vie, il y a plein de choses qui me donnent ce sentiment là. On n'a pas besoin de se motiver à faire ça, ça vient tout seul.

Quand vous composez, vous essayez de coller à une image ou cela vient spontanément ?

Reuno : Jamais on ne se fait de briefing. Généralement, c'est Phil (basse) ou Daniel (guitare) qui enregistrent chez eux des bouts de riff, ou des compos déjà avancé mais où il n'y a généralement pas de rythme et tout reste à faire et parfois, on s'inspire de ça pour en faire un morceau, et de la version d'origine il ne reste plus grand chose.

C'est surtout quand on enregistre et qu'on réécoute que l'on se dit : "ah putain, ça ils vont kiffer, ils vont bien retourner la salle, ce riff, ce morceau ils devraient aimer". C'est quand on commence à avoir ce recul là que l'on pense à notre public. C'est couillon mais c'est vrai.

C'est évident qu'on le fait pour les gens. C'est Arno, le chanteur Belge qui m'a dit ça un jour. Il est venu chanter une fois, je l'ai remercié, c'était au Bataclan, il y a un paquet d'années, et il m'a répondu une phrase essentielle, qui résonne tous les jours dans ma tête : "Ben, on l'a fait pour les gens !"

Donc oui, je pense que ce que notre public apprécie le plus chez nous, c'est le plaisir que l'on a à faire ce que l'on fait, autant que nos morceaux, c'est ce qu'on y met, c’est-à-dire une vraie envie, un réel plaisir, c'est communicatif.

J'ai été surpris, en lisant des chroniques, que certains n'aimaient pas Monstre Ordinaire, je l'ai réécouté, et à part le dernier morceau "La beauté et la Bête" qui sonne différemment, je le trouve toujours bon…

Reuno : C'est un album que j'aime beaucoup parmi les derniers, il a ses fans, et sans me la péter, je trouve qu'il a quelques bons morceaux. Il a été fait dans une autre énergie, un autre état d'esprit.

A la fin de l'enregistrement, Phil me disait que ce qui était cool avec Lofofora, c'est qu'on avait trouvé une formule inépuisable. Ce qu'il entendait par là, c'est que l'on peut tout se permettre. Parfois, le public est plus mitigé comme cela a été le cas sur l'album acoustique, ce que l'on peut comprendre, parce que c'est différent de ce que l'on avait proposé jusqu'à maintenant.

Donc faire un morceau comme "La beauté et la bête" qui est super lent, atmosphérique avec un seul riff quasiment, c'est qu'on aime cette musique là aussi, même si on peut se lancer dans des trucs beaucoup plus légers, plus jump up, on n'a pas peur de partir dans une direction ou une autre. On le fait toujours avec nos tripes et le lien il est là !

Sujet plus d'actualité, plus lourd. Il y a sur le dernier album un morceau qui s'appelle "Le Mâle", il y avait "Macho Blues", le metal est plutôt un univers de mecs, et vous faites partie des premiers à dénoncer tout ça…

Reuno : En effet, sur le deuxième album, il y avait ce morceau et sûrement dans d'autres titres du premier, il y avait des phrases de ci de là.

Justement comment vivez-vous les mouvements MeToo, Balance Ton Porc ?

Reuno : Ecoute, c'est comme chaque révolution, il y a des têtes qui tombent, peut-être pas toujours les bonnes à tous les coups. Malheureusement, c'est la façon de fonctionner de l'être humain. On ne peut pas dire "mais il y a des gens qui se sont fait balancer, si ça se trouve ils n'avaient rien fait". Oui, malheureusement. Des meufs qui se sont fait emmerder alors qu'elles avaient rien fait, il y en a malheureusement vachement plus.

Moi je suis papa de deux filles, c'est un truc qui me préoccupe depuis longtemps. Pour tout te dire, la première chanson que j'ai écrite sur ce sujet était sur la domination masculine, sur les femmes à leurs différents âges, qui est écrite au second degré, où je me mets dans la peau du méchant, "Macho Blues", je l'ai écrite parce que j'ai une petite fille, qui est devenue une femme et un jour, elle a compris et elle m'a dit : "elle est dure cette chanson mais je suis fière que tu aies écris ça pour moi".

Elle a compris le message : tu es une femme, ne sois jamais une femelle, tu es une créature à part entière. Les femmes que j'aime, que j'ai aimées, ce sont des femmes comme ça, qui s'assument, qui en veulent (rires). J'aime les guerrières.

Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir et je suis super étonné qu'il y ait aussi peu de gens qui se soient fait balancer dans le milieu de la musique et je me dis que ça va arriver et puis ça sera tant mieux. Moi-même j'en ai vu, tu entends des réflexions et il y a d'ailleurs un site qui les répertorie, paye ta note je crois. C'est encore un milieu très masculin.

Il y a plein de choses à dire sur le sujet et il y a encore dans les fascicules de solfège les garçons qui jouent de la guitare et des groupies autour et des filles au piano. Il y a plein de clichés à faire tomber. Allez-y les filles, ne vous laissez surtout pas faire.

Après il reste les écarts de salaire, qui pourraient être résolus. On nous agite sans arrêt des débats de société qui, certes, valent le coup. Pour moi, ce sont des non sujets comme l'islamophobie, le sexisme, ça ne m'intéresse pas, j'arrive à vivre sans. Alors que demain on pourrait prendre de vraies mesures et dire que les écarts de salaire homme-femme c'est fini au 1er janvier. Mais ça on le fait parce que cela n'arrange pas quelqu'un peut-être, on a peut-être peur pour les cours de la bourse.

T'as vu, il ne faut pas grand-chose pour m'énerver ! Tu me demandais d'où ça venait tout à l'heure (rires).

Au début de Lofo, c'était la fin du vinyle, les débuts de la cassette et du CD et maintenant, c'est de nouveau le vinyle et le numérique. Tu trouves qu'on progresse ou qu'on régresse ?

Reuno : Le CD est un support de merde, je dois en avoir 800 chez moi, mais c'est moche, les boîtiers en plastoque, les digipack qui se déchirent. Je suis content, depuis 10 ans je ne rachète que du vinyle, en plus avec tu as les codes de téléchargement, donc moi ça me va très bien, j'écoute les vinyles à la maison et quand j'ai la flemme de les sortir, je les écoute sur mon ordi ou sur la route.

Le son du vinyle est top. Le dernier album, on l'a enregistré en studio, on est passé par de la bande, on est fan de cette chaleur du son qui est analogique, même si ça a été mixé aussi numériquement, il y a un maximum de pré-amp pour restituer un maximum de chaleur. Le vinyle, c'est quand même cool. Même si tous les cinq morceaux, il faut se relever pour le retourner.

Je me fais encore des plaisirs régressifs, comme on aime le jambon coquillette, à savoir me commander un album, ne rien écouter en ligne, quand il y a des clips et des extraits et au moment où je reçois le vinyle à la maison, je dis recevoir parce que malheureusement il n'y a plus beaucoup de disquaires, je les achète sur des sites indépendants, et quand il arrive, tu retires le cellophane, il se passe un truc et puis tu le mets un peu fort.

Tu as plusieurs projets en plus de Lofofora, comme Mudweiser, Madame Robert ou Le Bal des enragés.

Reuno : Je ne suis plus sur Le Bal des enragés, je suis sur Les Tambours du Bronx.

Exact. Et du coup, les autres membres du groupe font quoi ?

Reuno : Euh, ben par exemple ils faisaient Le Bal des enragés pendant que je faisais Les Tambours du Bronx. Daniel ne bosse pas sur d'autres projets, Vinvin est parti faire du vélo pendant deux ans (ndlr : il arrive justement à ce moment).

Vous avez fait l'album acoustique pour qu'il revienne ?

Reuno : Non c'est parce qu'on a fait un album acoustique qu'il est parti (rires).

Je finis toujours mes interviews par une question con : verra-t-on un jour Reuno et Phil avec des cheveux ?

Reuno : Non non, si on avait de la thune pour se faire des implants on ferait autre chose avec, ou alors il faut se passer de vieilles vidéo, il y a même je crois des photos de moi qui traînent où j'avais une crête à un moment. Phil avec des cheveux aussi ça se trouve.

Tu ne vas pas les laisser repousser ?

Reuno : Il ne me manquerait que quelques kilos et la moustache pour ressembler à Gérard Jugnot (rires).

Merci beaucoup pour ce moment.

 

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La chronique de l'album Simple appareil de Lofofora
La chronique de l'album Vanités de Lofofora
Lofofora en concert au Festival Garorock 2005 (samedi)
Lofofora en concert au Festival Fnac Indétendances 2005
Lofofora en concert à Hellfest Open Air Festival #14 (édition 2019)
L'interview de Lofofora (avril 2005)

En savoir plus :
Le site officiel de Lofofora
Le Facebook de Lofofora


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# 5 juillet 2020 : Un avant goût de vacances

il fait (presque) beau partout, on sort un peu de chez nous, on voit nos amis, on pense aux vacances. Chez Froggy's on continuera tout l'été à vous alimenter en culture mais ce sera peut être un peu plus calme. En attendant, voici le sommaire et bien sûr le replay de La Mare Aux Grenouilles #5 !

Du côté de la musique :

"Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet
"INTENTA experimental & electronic music from Switzerland 1981-93" par divers artistes
"Jimmy Cobb" mix #19 de Listen In Bed
"Chausson le littéraire" de Musica Nigella & Takenori Nemoto
"Alessandro Scarlatti, il Martirio di Santa Teodosia" de Thibault Noally & l'Ensemble Les Accents"
et donc La Mare Aux Grenouilles numéro #5 avec la liste de ce qui a été abordé et le replay.
et toujours :
"Grand prix" de Benjamin Biolay
"The Beethoven collection Vol1 : Sonatas by Clementi, Hummel, Dussek and Wolfl" de Jean-Efflam Bavouzet
"Eivind Groven Symphonies N°1 & 2" de Kristiansand Symphony Orchestra sous la direction de Peter Szilvay
"L'heure bleue" de Marianne Piketty, Le Concert Idéal
"Tu rabo Par'abanico" de Marion Cousin & Kaumwald
"Veines" de Merakhaazan
"Silas" de Silas Bassa

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

des créations :
"La Putain respectueuse" par Gérard Gélas
"Dracula Asylum" par Felicien Chauveau
"L'Homme qui rit" par Gaële Boghossian
"Cage" par Jacques Bellay
"Kyste" de et par Eloïse Hallauer et Camille Soulerin
et une pépite : "Jimmy's blues" de James Baldwin par Nicolas Repac et Anouk Grinberg
du théâtre moderne :
"Vient de paraître" d'Edouard Bourdet par Jean-Paul Tribout
"La vie de Galilée" de Bertold Brecht par Eric Ruf
le répertoire classique par la Comédie français d'hier et d'aujourdhui :
"Le Mariage de Figaro" de Beaumarchais
"On ne badine pas avec l'amour" d'Alfred de Musset
Au Théâtre ce soir :
"Les Petits oiseaux" d'Eugène Labiche
"La Reine Blanche" de Barillet et Grédy
"Les Petites têtes" d?André Gillois
des comédies :
"L'Opération du Saint-Esprit" de Michel Heim
"Jeux de mots bêtes pour gens laids" autour de textes de Bobby Lapointe
"Pochettes Surprise" de Jacky Goupil
du côté des humoristes :
"Jean Luc Lemoine - Au naturel"
"Moustapha El Atrassi - Second degré"
du théâtre visuel avec "L'Avare" par la Compagnie Tàbola Rassa
et enfin du théâtre lyrique avec"Ercole Amante" de Francesco Cavalli par Christian Hecq et Valerie Lesort

Expositions :

les réouvertures de la semaine :
le Musée d'Art Moderne dela Ville de Paris avec les collections permanentes de "La Vie Moderne" dans sa nouvelle présentation et la salle Matisse
le Musée Rodin
le Musée national des Arts asiatiques-Guimet
le Musée Cognacq-Jay et le Musée du Louvre
et les expositions en "real life" à ne pas manquer :
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Les Contes étranges de N.H. Jacobsen" au Musée Bourdelle
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma :
en salle "L'Envolée" de Eva Riley
at home avec :
du thriller :
"La Isla minima" de Alberto Rodriguez
"La Onzième heure" de John Lyde
de la romance :
"La revanche d'une blonde" de Robert Luketic
'"Aime-moi comme je suis" de Stephan Meyer
"Coup de foudre en cuisine" de James Hacking
du drame :
"L'ombre du doute" d'Aline Issermann
"Tout va bien on s'en va" de Claude Mouriéras
"Henri" de Yolande Moreau
Ciné-Club français des années 60 :
"L'Insoumis" d'Alain Cavalier
"Le Chien" de François Chalais
"La Voleuse" de Jean Chapot
"Les Ennemis" d'Edouard Molinaro
et des raretés :
"Le Champignon des Carpathes" de Jean-Claude Biette
"King of the White Elephant de Sunh Vasudhara

Lecture avec :

"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson
et toujours :
"Be my guest" de Priya Basil
"De Gaulle sous le casque" de Henri de Wailly
"La faiblesse du maillon" de Eric Halphen
"Les jours brûlants" de Laurence Peyrin

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