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puce L'Entrée en résistance
Théâtre de la Reine Blanche  (Paris)  décembre 2019

Spectacle conçu et interprété par Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson et Christophe Dejours.

Depuis "Le Banquet de la Sainte-Cécile" jusqu'à "Les Gravats",on suit avec toujours le même intérêt le travail de Jean-Pierre Bodin.

On sait son goût, et celui des sa compagne de route sur "L'Entrée en résistance", Alexandrine Brisson, pour les "gens de peu", les gens simples amateurs de plaisirs et de vies simples.

Dans cette nouvelle aventure qu'il consacre aux forestiers de l'ONF, ces hommes chargés de protéger les forêts françaises à une époque où le réchauffement climatique les met à mal.

Malheureusement, il n'y a pas que la nature malmenée par les hommes qui désormais agressent les arbres. Il y a aussi la "gestion managériale" désormais appliquée aux ressources forestières. Depuis quelques années, les forestiers sont impliqués dans les équilibres comptables. Il leur faut dégager de la marge pour participer à l'effort national qui, pour obéir aux exigences européennes, doit limiter le déficit français à moins de trois pour cents de son PIB.

Alors que la forêt doit respirer, respecter des périodes sans interventions humaines pour rester en bonne santé, on oblige les agents de l'ONF à multiplier les coupes d'arbres en dépit du bon sens naturel. Le garde-forestier est désormais mal dans sa peau.

Comme de nombreuses autres professions, le voilà soumis à de la "souffrance au travail". S'il veut continuer à "bien" travailler, le voilà contraint de ruser avec sa hiérarchie, de risquer son poste pour poursuivre, au moins sur une partie du territoire qu'il "contrôle", le travail qu'il exerçait avant qu'on ne lui impose des normes technocratiques.

C'est là qu'intervient Christophe Dejours, fondateur de la psychodynamique du travail, ancien psychiatre et psychanalyste spécialiste du travail. Pendant que Jean-Pierre Bodin parlait en commentant les sublimes photos ou films qu'Alexandrine Brisson a consacrés aux forêts et qui sont exposés sur scène et peuvent y être translatés, Christophe Dejours jouait du piano.

Mais ce savant réactif, à fleur de peau, passionné viscéralement par son sujet, étudie ce que travailler veut dire à l'ère numérique. Il fustige tous les puissants et tous leurs affidés, serviteurs volontaires d'une mauvaise cause, qui transforment de nouveau les hommes en esclaves modernes, ne pouvant jamais se réaliser dans leur travail. Alors que pour Christophe Decours, la notion de travail est central et détermine la vie heureuse ou malheureuse de chacun.

Les trois intervenants qui participent à "L'Entrée en résistance" pourraient n'être que des nostalgiques, regrettant un temps passé, celui où l'homme pouvait transformer positivement le monde par son travail. Non. Ils sont porteurs de solutions pour que tout redevienne comme avant et, si possible, s'améliore.

Sur le ton du secret, entre prudence et discrétion, ils racontent qu'il y des travailleurs dans certains domaines, domaines qui d'après eux s'élargissent, qui n'ont pas renoncé au travail bien fait, qui cherchent encore à s'épanouit dans un travail qui sert les intérêts collectifs et non le compte en banques de quelques-uns.

Profondément éclairant dans son domaine de compétence Christophe Dejours est un fin penseur qui redonnera la pêche. Convaincant dans son propos, en phase avec les deux comédiens, il annonce que l'ère de la résistance commence.

Sans pouvoir le vérifier scientifiquement, mais en portant en lui la conviction qu'il a tout de même raison, ce grand intellectuel est de toute manière un oiseau de bon augure, et cet "Entrée en résistance" redonnera à tous un peu d'espoir : puisse Bodin et ses amis avoir raison pour que chaque personne convaincue puisse à son tour contribuer à renverser cette tendance que l'on croyait inéluctable.

Pour l'heure, avant toutes choses, il faut admette qu'il est encore possible de participer à des initiatives individuelles et d'imaginer qu'elles serviront à la construction d'un monde meilleur.

 

Philippe Person         
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