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Clint Eastwood  février 2020

Réalisé par Clint Eatswood. Etats Unis. Drame. 2h (Sortie le 19 février 2020). Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, Jon Hamm, Olivia Wilde, Nina Arianda, Ian Gomez et Mike Pniewski.

On le disait fatigué après "La Mule", ce film qui aurait pu être son dernier, son film testament. Il s'y mettait en scène comme un vieillard malicieux, mais las, courbé par le poids des années. Quoi qu'il en soit, rien de fatigué, ni de testamentaire dans le dernier film en date de Clint Eastwood.

Ce qui frappe avant tout dans "Le Cas Richard Jewell", c'est la parfaite maîtrise d'un cinéaste sûr de son œuvre, sûr de son art, même s'il serait sans doute le dernier à envisager les choses ainsi. Comme toujours chez Clint Eastwood, à l'instar de ses maîtres - John Ford, William Wellman -, c'est d'abord une bonne histoire qui est à l'origine du film.

Richard Jewell (Paul Walter Hauser), trentenaire sans histoires, devient du jour au lendemain un héros comme l'Amérique les aime : un homme de la rue, qui a fait ce qu'il devait faire, et qui a ainsi sauvé des vies

Richard dit n'avoir fait que son travail : dans la cohue du Centennial Park où il est agent de sécurité, il a repéré un sac suspect, et a insisté auprès des policiers pour faire évacuer le terrain. Le sac contenait une bombe artisanale, qui a explosé, transformant la célébration des Jeux Olympiques d'Atlanta 1996 en deuil national. Mais l'action de Jewell a permis de sauver des dizaines de personne.

L'Amérique a donc un nouveau héros, un homme auquel chacun peut s'identifier, et qui rappelle que dans la patrie de Lincoln et Washington, chacun peut peut un jour avoir son rôle à jouer, et chaque citoyen se distinguer.

Commun, Richard Jewell l'est sur tous les plans : c'est un homme enrobé au visage poupin, un grand enfant plutôt attachant qui vit encore chez sa mère, et qui s'invente en représentant de l'ordre, collectionnant les armes, attendant le moment où il pourra être enfin reconnu par ses pairs comme un véritable policier. Un grand enfant ou un homme frustré, prêt à exploser ?

Très vite, la presse, puis le FBI sèment le doute sur ce héros trop ordinaire pour ne pas être suspect. Une affaire d'héroïsme fait vendre du papier ; une affaire de héros déchu en fait vendre davantage.

Ce cynisme est incarné avec une fougue efficace par un personnage de journaliste aux dents longues, Kathy (Olivia Wilde) à côté de laquelle la Faye Dunaway de Network est un agneau. Manipulatrice, peu scrupuleuse, elle tisse jour après jour une toile dans la quelle Richard Jewell se fait rapidement prendre. A ses côtés, un agent du FBI qui s'acharne sur Jewell, malgré le manque de preuves.

Le pouvoir inique et impitoyable que les institutions peuvent exercer sur un homme isolé est bien sûr l'un des thèmes de prédilection de Clint Eastwood : le héros, après tout, reste un héros solitaire. L'héroïsme de Richard, plus encore peut-être que son geste salvateur au Park, est de résister à la pression des puissants, de ne pas craquer.

Il n'est peut-être pas ce John Wayne qu'on voit dans "Iwo Jima", qui passe à la télévision, rappel ironique de ce qu'est un héros américain. Mais il est, à sa manière, le grain de sable qui vient enrayer une mécanique aveugle et injuste.

Car le film n'accorde que peu de crédit à la thèse de la culpabilité de Jewell : là où on aurait pu imaginer un huis-clos, où on hésiterait sur la véritable nature de Richard, Eastwood balaie vite les doutes pour se recentrer sur l'histoire d'un homme auquel tout est enlevé d'un coup : la vie privée, le respect de ses concitoyens, la loyauté de ses amis.

Reste donc au centre du film une triade en apparence classique : l'accusé, son défenseur, sa mère. Mais entre ces trois personnages, Eastwood dessine une relation extrêmement touchante. Loin de faire simplement de Bobi (Kathy Bates), la mère de Richard, une mère courage, il sait filmer la relation d'interdépendance et de tendresse entre son fils et elle.

Ce qui pourrait apparaître comme une relation toxique - ce grand garçon qui vit encore chez sa mère - devient, à mesure que le film avance, l'histoire, tout simplement, d'un garçon et de sa mère qui traversent une épreuve ensemble.

Une des thématiques de prédilection d'Eastwood, même s'il l'a plus souvent explorée à travers une figure paternelle. A travers cette épreuve, Richard apprend à s'émanciper, à dire non, à vouloir protéger sa mère. Il devient, à sa manière, un autre homme. Il est en cela soutenu par un personnage haut en couleur, son avocat (Sam Rockwell), au verbe haut et aux pantalons courts, qui apporte des touches comiques dans cette tragédie américaine.

Du comique, donc, pour éviter le pathos. Un sentiment d'absurdité, quand la police saisit l'aspirateur et les Tupperware de Bobi. Si le film indigne et révolte, il ne tombe jamais dans le simple pamphlet, trop habité qu'il est par la description de ces vies minuscules broyées par le système, et pour lesquelles le cinéaste n'a que de la tendresse.

 

Anne Sivan         
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Du côté de la musique :

"Transience of life" de Elysian Fields
"Cerna vez" de Thomas Bel
"Bandit bandit" de Bandit Bandit
"Twins" de Collectif La Boutique
"Run run run (hommage à Lou Reed" de Emily Loizeau
Emily Loizeau en concert au CentQuatre
"Papillon blanc" de Gabriel Tur
"Dix chansons naturelles et sauvages" de Hugo Chastanet
"Both sides" le spectacle de Jeanne Added au CentQuatre
et toujours :
"Comme un ours" de Alexis HK
"Love songs" de Inflatable Dead Horse
"Charango" de Lisza
"Woman Soldier" de Morgane Ji
"Beethoven : Waldstrein & Hammerklavier" de Théo Fouchenneret

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les nouveautés :
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les reprises :
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Cinéma :

en salle :
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"Adolescentes" de Sébastien Lifshitz
at home :
"Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'ete" de Lina Wertmüller
"Volt" de Tarek Ehlail
"Les Héritiers" de Marie-Castille Mention-Schaar
"Les Guichets du Louvre" de Michel Mitrani
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