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Arnold de Parscau  août 2020

Réalisé par Arnold de Parscau. France. Drame. 1h35 (Sortie 26 août 2020). Avec Hari Santika, Dorcas Coppin, Elisza Cahaya, Jean-Pol Brissart et Colette Sodoyez.

L'année dernière, on a pu voir une très belle version de "Martin Eden", adaptée et mise en scène par Pietro Marcello. Cette fois-ci, "Une Barque sur l'océan" d'Arnold de Parscau s'inspire de Jack London de manière plus diffuse en contant comment un jeune Balinais pauvre, introduit par hasard chez des expatriés français, découvre le piano et devient, pour son plus grand malheur, un très grand compositeur de musique de films.

Ici, à la différence de Martin Eden, Eka (Hari Santika) n'appartient pas à la même civilisation que Margaux (Dorcas Coppin). A la barrière de classe s'ajoute la barrière de race. De plus, les deux personnages doivent communiquer dans une langue tierce.

Avant toute chose, Arnold de Parscau réussit un film très dépaysant, constamment beau et cette beauté des plans dans une Indonésie qui donne des envies touristiques, il ne les doit qu'à lui-même puisqu'il cumule, chose rarissime aujourd'hui, la réalisation et la photo.

Si l'on regarde le film trompé justement par sa beauté formelle, on risque de ne le voir qu'en surface, trouver non pas qu'il part d'un grand récit littéraire mais qu'il accumule les clichés.

Le jeune domestique balinais est amoureux de la belle française pianiste et veut apprendre cet instrument pour qu'elle le remarque. Dès lors, redoublant d'efforts, sur un clavier électronique récupéré, il va devenir un vrai musicien, compositeur de sa propre musique de surcroît.

Franchissant une à une les étapes, attendant très longtemps que sa musique finisse par intéresser un producteur, il finira riche, célèbre et ayant l'illusion d'avoir traversé le plafond de verre qui le sépare de Margaux et de sa famille.

Pourtant, il se rendra compte que s'il n'avait pas été autodidacte, qu'il ait commencé la musique plutôt avec une Nadia Boulanger qu'une jeune femme qui n'ira pas plus loin que l'interprétation, il aurait peut-être pu composer autre chose que de la musique pour des films sans intérêt.

Lui aussi totalement étranger au milieu du cinéma, Hari Santaka, pour son premier rôle, est impeccable. On croit instantanément à tout ce qu'il ressent : amour pour Margaux, vocation musicale, capacité prodigieuse d'assimiler et de dominer la matière, tristesse abyssale quand il s'aperçoit que son destin hors du commun ne lui garantit en rien d'être aimé et ne suffit pas à satisfaire l'artiste qu'il est devenu.

"Une barque sur l'océan" d'Arnold de Parscau se contemple. Il imprègnera longtemps les spectateurs qui aiment les beaux récits qui puisent leur originalité dans quelque chose qui paraît battu et rebattu, alors qu'il n'en ait rien.

A-t-on vu souvent dans un film français un héros d'origine "indigène" ? Quelqu'un qui est à cent coudées au-dessus d'un français moyen et doté d'un vrai physique ?

Usant de stéréotypes, Arnold de Parscau sait les retourner astucieusement sans que cela nuise à un film inspiré dans lequel Bali n'est pas la ville des cartes postales attendues.

On est ailleurs dans un voyage initiatique au bout du monde pour le prix d'un ticket de cinéma. Qu'espérer de plus ?

 

Philippe Person         
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