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Aharon Appelfeld  (Editions de l'Olivier)  octobre 2020

Mort en 2018, Aharon Appelfeld nous a laissé de nombreux ouvrages en hébreu pas encore traduits en Français. D’où la publication de ce magnifique ouvrage, plus de deux ans après sa disparition, traduit délicieusement par celle qui le connaissait peut-être le mieux, Valérie Zenatti. Mon père et ma mère devait sortir au mois de mars, la situation sanitaire particulière nous a imposé quelques mois d’attente supplémentaires pour sa lecture.

Aharon Appelfeld, pour ceux qui ne le connaitraient pas encore, est né en 1932 à Czernowitz en Roumanie, en Bucovine, dans une famille juive germanophone pétrie d’idéaux humanistes et universels. Arraché aux siens durant la guerre, il est déraciné quelques années plus tard en Israël où l’hébreu devient "sa langue maternelle adoptive". C’est dans cette langue qu’il écrit ses livres marqués du sceau de la "désorientation", selon les mots de son ami Philip Roth. Lauréat de plusieurs prix, il est traduit dans plus de trente langues. Les éditions de l’Olivier ont entrepris de traduire son œuvre depuis 2004 par la voix de Valérie Zenatti, traductrice et auteure de talent (elle sort en même temps le superbe Dans le faisceau des vivants en poche). Mort en 2018, il est enterré sur les hauteurs de Jérusalem, dans le carré des "êtres précieux".

C’est donc un ouvrage écrit par l’auteur en 2013 que nous proposent les éditions de l’Olivier. Le souvenir d’un été. L’histoire de l’été 1938, dans un lieu de villégiature très prisé des juifs de Czernowitz. Erwin (le double de l’auteur) a dix ans, il est avec ses parents en vacances dans une maison louée au bord de la rivière Prut. Erwin passe son temps au bord de cette rivière qui est aussi le lieu de villégiature de nombreuses personnes. Il y a une jeune qui lézarde toute sa journée au bord de l’eau, une femme que tout le monde appelle par l’initiale de son prénom. Il y a aussi Rosa Klein, une femme qui lit dans les lignes de la main. Mais aussi Karl Koenig, un écrivain (peut-être celui qui a donné à l’auteur l’envie d’écrire) sur lequel l’enfant se pose beaucoup de questions. Pourquoi fréquente-t-il les autres vacanciers au lieu de consacrer toute son énergie au roman qu’il est en train d’écrire ? Et puis il y a aussi un homme qui a une jambe coupée qui fait peur à Erwin. Au milieu de ces vacanciers se trouvent aussi les parents du petit Erwin, les personnages centraux du roman.

Dans cette atmosphère paisible du bord d’une charmante rivière grandit pourtant la menace d’une guerre. Nous sommes à l’été 1938, l’ouvrage nous raconte l’histoire du dernier été d’un monde au bord du précipice. L’histoire d’une famille qui vit son dernier été avant la catastrophe qui arrive. L’histoire d’un été qui ne reviendra plus, d’une vie qui ne sera plus jamais la même. On sait que les personnages du livre sont morts pendant la guerre (sauf l’auteur). On sent l’antisémitisme pointé le bout de son nez dans l’ouvrage mais cela est écrit de façon discrète. Un antisémitisme qui se voit aussi par un incident étrange qui intervient au cours de cet été sur le bord de la Prut.

Evidemment, cette histoire, celle du petit Erwin et de ses parents est intimement liée à celle de l’auteur. Aharon Appelfeld a perdu très vite sa mère qui meurt en 1940 lorsque le régime roumain commence sa politique meurtrière envers les juifs. Il va connaître ensuite le ghetto puis la séparation avec son père. Il connaît ensuite la déportation dans un camp à la frontière ukrainienne ; un camp dont il arrive à s’échapper en 1942. Il se cache alors dans les forêts d’Ukraine pendant plusieurs mois entourés de nombreux marginaux puis se réfugie chez des paysans à qui il cache qu’il est juif.

Cet ouvrage est donc une déclaration d’amour à ses parents qu’il a très peu connus. Il propose un va-et-vient entre l’enfant qui parle et le vieil écrivain qui écrit, qui ressent le besoin de s’exprimer sur eux à l’aune de sa vie. Ce récit est l’évocation poignante de ses parents présents en filigrane dans tous les livres. Le père est un homme sarcastique qui ne supporte pas les vacanciers, leur vacuité et leur agitation. Il leur préfère l’austérité des montagnes. S’il voit la tradition d’un mauvais œil, c’est qu’il s’y sent étranger. La mère porte sur les êtres un regard empreint de compréhension, perçoit l’inquiétude dans ces temps où tout est sur le point de basculer. Elevée dans une famille pieuse, elle continue de partager la vision du monde de ses parents. Elle préfère la contemplation au bavardage et se défie des théories. L’ouvrage est aussi l’occasion pour l’auteur de revenir sur toutes les questions intimes, littéraires et métaphysiques qui l’ont accompagné toute sa vie, une manière aussi de nous expliquer le processus d’écriture qui accompagna sa vie.

Mon père et ma mère est un ouvrage exceptionnel qui nous montre la construction d’un auteur dans lequel ceux qui l’ont construit sont les personnages du roman. On ressent à la lecture de cet ouvrage d’une grande humanité une pointe de culpabilité chez l’auteur, celle d’avoir pu vivre beaucoup plus longtemps que ses parents.

Mon père et ma mère est un immense ouvrage, un chef-d’œuvre, celui d’un auteur incroyable que l’on a hâte de découvrir encore plus avec ses nombreux livres qui ne sont pas encore traduits en français. On peut compter sur les éditions de l’Olivier et Valérie Zenatti pour nous offrir encore pendant longtemps des moments de grâce en lisant Aharon Appelfeld.

 

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La chronique de "Des jours d'une stupéfiante clarté" du même auteur


Jean-Louis Zuccolini         
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# 21 février 2021 : et le chiffre du jour est 21

21 février pour cette édition et 21ème Mare Aux Grenouilles, déjà, à voir en replay dès maintenant. Pour le reste voici le beau programme de la semaine avec une sélection tous azimuts malgré le sale temps pour la culture.

Du côté de la musique :

"Freeze where U R" de Brisa Roché et Fred Fortuny
"Richard Strauss : An Eisamer Quelle - A une source solitaire" de Christophe Sturzenegger
"Encounter" de Beyries
"I, the bastard" de Wassailer
"Debbie et moi" de Thomas Cousin
"Only Smith and Burrows is good enough" de Smith & Burrows
"Tango" de Pascal Contet
"If you know, you know" le mix #13 de Listen in Bed à écouter
"Paysages" de Raphaële Lannadère
"Les molécules fidèles" de Emmanuel Tugny & John Greaves
"Dynah" de Dynah
et toujours :
"Qui naît dort plus" de Armande Ferry-Wilczek
"La beauté du jour" de Ben Lupus
"For the first time" de Black Country, New Road
"Spare ribs" de Sleaford Mods
"Vertigo days" de The Notwist
"Lumen" de Dalva
"Michel de la Barre : Suites et sonates" de Ensemble Tic Toc Choc
"Muses" de Karen Lano
"Road of the lonely ones" le Mix #12, saison 2 de Listen In Bed
Interview de Med dont nous vous présenterons le disque très bientôt
"Blue" de Rosie Balland
RosaWay et Belfour dans un petit ni vus ni connus pour parler de leurs clips

Au théâtre au salon :

avec les captations vidéo de :
"Un grand cri d'amour" de Josiane Balasko
"Si c'était à refaire" de Laurent Ruquier
"Dix ans de mariage" d'Alil Vardar
"Longwy-Texas" de Carole Thibaut
"J'ai des doutes" de François Morel
et de l'opéra revisité "La Dame Blanche" de François-Adrien Boieldieu
"La Flûte Enchantée" de Mozart
ou pas "Le Barbier de Séville" de Rossini

Expositions :

en virtuel :
"Botero, dialogue avec Picasso" à l'Hôtel de Caumont
“Calder Stories” au Centro Botín à Santander
"Le Voyage à l?époque d?Edo (1603-1868)" au Musée Cernuschi
"Ulla von Brandenburg - "Le milieu est bleu" au Palais de Tokyo
"L'Age d'or de la peinture danoise" au Petit Palais
"Claude Viallat - Sutures et Vari" à la Galerie Templon
"Sabine Weiss - Sous le soleil de la vie" à la Galerie Les Douches

Cinéma :

at home :
"L'Ombre des femmes" de Philippe Garrel
"Un amour de jeunesse" de Mia Hansen-Love
"Seule" de Mélanie Charbonneau
"Crème de menthe" de Philippe David Gagné et Jean-Marc E. Roy
"Pool" de Francis Magnin

Lecture avec :

"Aucune terre n'est promise" de Lavie Tidhar
"Histoire de l'armée italienne" de Hubert Heyriès
"L'inconnu de la poste" de Florence Aubenas
"La bombe atomique" de Jean-Marc le Page
"La fille du chasse-neige" de Fabrice Capizzano
et toujours :
"Yahya Hassan" de Yahya Hassan
"Cela aussi sera réinventé" de Christophe Carpentier
"De l'autre côté des croisades" de Gabriel Martinez-Gros
"L'instruction" de Antoine Brea
"La pierre du remords" de Arnaldur Indridason
"La sountenance" de de Anne Urbain
"Le premier homme du monde" de Raphaël Alix

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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