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David di Nota  (Editions Le Cherche Midi)  octobre 2021

S’il est un livre que je voulais absolument lire, que je devais aussi absolument lire, c’est bien ce livre de David di Nota consacré au rapport sur l’assassinat de mon collègue Samuel Paty, sauvagement assassiné il y a tout juste un an pour avoir tenter de faire comprendre à des collégiens ce que signifie la liberté d’expression en France.

Sa mort est encore dans toutes les mémoires, elle le restera longtemps je l’espère et cet ouvrage est là pour faire la lumière sur ce qu’il s’est passé, pour tenter de comprendre comment et pourquoi on en est arrivé à cet odieux crime.

"Que s’est-il passé ? Pourquoi est-ce arrivé ? Comment cela a-t-il été possible ?" s’interrogeait en son temps Hannah Arendt. Telles sont les trois questions que l’auteur a choisi de se poser afin d’analyser la rumeur infondée qui devait conduire à l’assassinat de ce professeur de collège dans une petite ville paisible des Yvelines.

Ce 16 octobre 2020, cet homme mourait à quelques trois cent mètres de son école, seul, sur le trottoir, poignardé puis décapité par un djihadiste d’origine tchétchène qui ne mérite pas d’être nommé. La France découvrait l’horreur, les conséquences d’un mensonge, l’influence néfaste des réseaux sociaux et l’indignité d’une institution qui ne sait plus protéger ses enseignants.

Le livre de David Di Nota est le récit de cet assassinat, la chronique d’une institution et aussi un peu le portrait en creux d’une certaine époque. Il s’ouvre sur une excellente partie intitulée histoire de la violence dans lequel il fait un court résumé du milieu éducatif et de son évolution. Le crime de Conflans-Sainte-Honorine appartient à un genre singulier, le crime institutionnel, ce qui suppose que nous portions un intérêt particulier à ce que l’on nomme une institution.

Aujourd’hui, on voit des professeurs qui hésitent à témoigner des agressions qu’ils subissent et il ne sont nullement assurés de trouver un appui auprès de la hiérarchie. L’école de la confiance dont on entend beaucoup parler, entérine sans le dire, et tout en feignant de lutter contre, une relation asymétrique dont l’enseignant ne pourra sortir que très exceptionnellement gagnant.

Cette asymétrie est encore renforcée par le troisième terme de l’équation, le parent d’élève. Vu de loin, la mort de Samuel Patry ne semble avoir aucun rapport avec cette école de la confiance. Et pourtant, l’auteur nous montre que cette école de la confiance met en place un type de chantage dans lequel les parents d’élèves occupent une place centrale. Cette place n’est pas le fruit d’un coup de force qui aurait permis aux parents de devenir plus envahissants. Elle n’est que la mise en application d’une doctrine officielle dont le citoyen découvre un beau jour, dans un mélange d’incompréhension et d’effroi, le résultat.

L’ouvrage nous montre le déroulement kafkaïen des conséquences du mensonge d’une élève. Une mère appelle le 6 octobre la principale du collège persuadée que les élèves de confession musulmane ont fait l’objet d’un traitement raciste de la part d’un certain Samuel Paty. Dix jours plus tard, il sera exécuté sur ce trottoir. Le professeur s’excuse, de quelque chose qu’il n’a pas fait et l’on pense que le problème est réglé. Des collègues de Samuel Paty l’accusent d’islamophobie par mails et très vite la rumeur infondée se ravive. L’enseignant a battu sa coulpe, chose de plus en plus fréquente dans l’éducation nationale et ce fut sûrement sa plus grande erreur.

L’auteur nous raconte ensuite le déroulé des jours qui suivent. Le mensonge de la jeune fille qui au final n’était pas présente au cours, les vidéos de son père s’en prenant à l’enseignant, n’hésitant pas à donner son nom et l’adresse du collège où il enseigne, la diffusion sur les réseaux sociaux et l’intervention d’un fiché S qui est reçu au collège par la principale.

David di Nota nous renseigne sur l’attitude de l’inspecteur à l’égard de Samuel Paty, d’une indignité incroyable. Le rapport officiel de l’IGESR qui paraîtra le 3 décembre ne pointe pas les erreurs commises par l’administration dans cette affaire. Il s’achève sur une synthèse qui propose des recommandations et donnera naissance à une vidéo envoyée aux enseignants de l’académie de Versailles. Un peu plus de deux minutes de vidéo, pour tenter de persuader les enseignants qu’ils sont soutenus par une institution qui n’hésite pas à accuser Samuel Paty d’avoir commis une erreur. Quelle indécence encore !

Alors au final, que dire de Samuel Paty si ce n’est qu’il est mort d’avoir enseigné ? Samuel Paty proposait de faire un cours sur la liberté d'expression afin de déconstruire les arguments des islamistes. Sefrioui, le parent de la jeune menteuse, proposera de faire venir des musulmans en masse afin de dénoncer l’islamophobie de l’instruction scolaire. La mort de cet enseignant ne met pas du tout en lumière l’existence du racisme systémique mais au contraire, l’instrumentalisation de l’antiracisme à des fins politiques et religieuses.

Samuel Paty n’était ni un saint, ni un héros ni un martyr. Il n’est pas mort pour la liberté d’expression mais de l’antiracisme islamiste, cette monstrueuse théorie qui n’est pas conçue pour lutter contre le racisme et encore moins contre le djihadisme mais pour corriger les effets de l’islamisme par le victimisme. Samuel Paty ne voulait pas être un martyr, il voulait juste vivre et enseigner.

J’ai exécuté un chien de l’enfer est un ouvrage que je vous invite fortement à lire, un livre d’une rare intelligence, une contre-enquête fascinante sur une série d’incohérences institutionnelles. Il est le récit d’un mensonge orchestré par des islamistes, la déconstruction méthodique d’un antiracisme dévoyé qui semble résumer toute une époque. Il restitue cet évènement politique majeur avec un sens du détail et d’une clarté redoutables. En espérant que Samuel Paty ne soit pas mort pour rien.

 

En savoir plus :
Le site officiel de David di Nota


Jean-Louis Zuccolini         
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