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puce Walter Sickert - Peindre et transgresser
Petit Palais  (Paris)  Du 14 octobre 2022 au 29 janvier 2023

Dans le cadre de sa programmation dédiée aux artistes oubliés après une notoriété certaine en leur temps, le Petit Palais présente une rétrospective consacrée au peintre anglais Walter Sickert (1860-1942).

Conçue en partenariat avec la Tate Britain* où elle a été présentée au premier semestre 2022, la monstration se déroule en un parcours chrono-thématique afin de rendre compte tant des différentes périodes d'une production qui se déploie sur six décennies que des tropismes de l'artiste.

Intitulé "Walter Sickert - Peindre et transgresser", elle annonce sa singularté artistique résultant d'un goût avéré pour la provocation et le jeu, au sens théâtral du terme, hérité de sa brève carrière d’acteur et de la pratique de techniques innovantes.

Walter Sickert, le peintre de l'ambigu

Présenté par les commissaires comme une personnalité excentrique et mystérieuse, et un artiste singulier dont l'oeuvre s'inscrit dans l'Histoire de l'art britannique, William Sickert s'est illustré en s'affranchissant de l'académisme et du conservatisme alors adoubés par la Royal Academy of Arts et de l'ordre moral de la société anglaise de son époque notamment par le choix de ses sujets.

Et la pratique de techniques innovantes en développant un processus créatif personnel, celui de la transposition par la technique du quadrillage et de la projection par lanterne de photographies et d'illustrations de presse faisant office d'esquisses préparatoires.

Après avoir emprunté à à l'impressionnisme tonal de James Abbott McNeill Whistler auprès duquel il se forme, et qu'il développera avec une palette chromatique sombre, le style idiosyncratique de Sickert se détermine à faveur de son séjour à Paris et à Dieppe au sein du cénacle artistique local sous l'égide du peintre Jacques-Emile Blanche.

Et il s'y lie avec ceux qui deviendront des figures majeures de leur temps, des post-impressionnistes aux nabis en passant par les fauves avec des oeuvres révélant, sinon une influence patente, des points de convergence stylistique. Ainsi avec sa série de la Basilique Saint-Marc de Venise qui évoque celle de la cathédrale de Rouen de Claude Monet.

Ses oeuvres se démarquent également par leur composition atypique du fait du choix de cadrages inhabituels avec le décentrage, le gros-plan, l'emploi de la contre-plongée et du contre-jour voire l'obscurité et la représentation des personnages de dos et des visages baissés ou aux traits brouillés.

Ce qui résulte non seulement de son goût pour la mise en scène et l'effet théâtral hérité d'une brève carrière d'acteur mais de celui de la primauté d'une ambiguité narrative sur une objective représentation réaliste qu'il introduit dans les scènes de genre, ce que reprendra son cadet étasunien le peintre américain Edward Hopper ainsi, par exemple, la similitude entre dans la toile avec la façade de café "O nuit d'amour" du premier et "Nighthawks" du second.

A cet égard, il procède par de manière photo-cinétique qui évoque le mode de l'arrêt sur image d'un plan séquence qu'il applique également aux scènes d'intérieur.

Toujours en prise avec le réel dans sa réalité factuelle souvent prosaïque, l'oeuvre de Sickert se déploie dans tous les genres picturaux hors la peinture d'histoire et celle de la nature morte.

Il s'engage notamment dans le registre du portrait, dont celui récurrent de l'autoportrait attestant de son appétence pour le travestissement, en l'espèce du jeu avec son image, le même homme mais dans des représentations/rôles différents allant jusqu'à la figure biblique de Lazare dans ceux tardifs.

Il officie tant dans le portrait de commande que celui d'inconnus ("The cigarette", "Blackbird of Paradise") d’amis peintres, entre autres Edouard Degas et Jacques-Emile Blanche, de personnalités dont la famille royale ("H.M. King Edward VIII", "King George V and his racing manager").

Et des artistes du monde du spectacle ("The Sisters's Lloyd", "Little Dot Hetherington at the Bedford Music Hall", "Eugene Goosens conducting", "Minnie Cunningham at the Old Bedford").

Un monde qu'il affectionne et fréquente assidument dont il restitue l'atmosphère dans le cadre de la peinture de genre avec sa prédilection de motifs pour les divertissements populaires dans les lieux tant anglais ("The Old Bedford") que français (L'Eldorado", "Théâtre de Montmartre").

Nombreuses sont les toiles réunies sur ce thème, du théâtre au cirque ("The Trapèze") en passant par le cabaret, le music-hall et le café-concert et le spectacle de rue, ("Brighton Pierrots") propices à ses expérimentations plastiques avec les focus sur la scène ("Rehearsal", "The End of The Act. The Acting Manager", "The P.S. Wings in the O.P. Mirror") dont des représentations de pièces de Shakespeare (", "Juliet and her nurse", "The taming of the shrew").

Ainsi que dans la salle avec le public des loges et des galeries ("Gallery of the Old Bedford", "The Gallery at the Old Mogul", "Gaité Montparnasse dernière de galerie à gauche", "Noctes Ambrosianae").

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Comme nombre de peintres de la Belle Epoque, Walter Sickert développe également les scènes urbaines avec les lieux de sociabilité tels le café ("Vernet's Dieppe"), l'hôtel ("L’Hôtel Royal Dieppe", "The Iron Bedstead"), le parc ("The Garden of Love or Lainey’s Garden"), et le casino ("Baccarat - the Fur Cape"), les festivités locales ("The Fair at the nght", "Celebrations-Dieppe") et les rues ("Mapple Street") et magasins ("Easter").

Autre registre, celui des scènes d'intérieur et des univers domestiques qu'il traite dans la tradition anglaise des "conversation pieces" du 18ème siècle initiées par William Hogarth et en résonance avec des toiles d'intérieur d'Edouard Vuillard ("Still Life on Corner of a Mantelpiece"), le thème du couple traité par Félix Vallotton ("L'ennui") et celui de la femme à la fenêtre d'Edouard Manet ("Girl at a Window", "Woman seated at a window").

En y insérant une composante dramatique patente et parfois une femme dénudée. Car le nu féminin constitue un de ses genres de prédilection avec la série du "naked portrait".

Et il substitue à la beauté idéalisée attachée aux héroînes mythologiques et bibliques celui de la banalité du physique des femmes du peuple et la trivialité des bas-fonds de la prostitution ("Cococtte de Soho") en contribuant à la naissance du nu moderne ("Naked portrait", "La Hollandaise", "Mornington Crescent Nude", "The Iron Bedstead").

Ce dans la vision commune à Edouard Degas, Henri de Toulouse-Lautrec et Georges Rouault avec la revisite du thème de la toilette ("Woman Washing her Hair") et le nu allongé manière odalisque à la Manet mais sur une atmosphère glauque ("La Vénitienne allongée") avec le motif du lit métallique ("Le lit de fer, "Le lit de cuivre").

Le nu également dans la représentation d'un faits divers, le meurtre d'une prostituée médiatisé sous le titre "L’Affaire de Camden Town" qui sera au coeur de sa série éponyme avec trois toiles "Summer Afternoon, or What shall we do for the Rent ?", "The Camden Town Murder, or What shall we do about the Rent ?" et "L’Affaire de Camden Town".

A ne pas rater les dessins à la pierre noire avec les scènes à deux personnages avec un homme habillé et une femme nue

A noter un dispositif de médiation comportant une illustration sonore avec bornes audio réalisée à partir de documents d'archives, une table numérique permettant de faire l’expérience de la lanterne de projection utilisée par l'artiste et une play-list composée d'une sélection de chansons issues du répertoire du music-hall anglais.

En préambule à la visite, à voir le diaporama in situ de l'exposition à la Tate Britain

* Commissariat du Petit Palais : Annick Lemoine, directrice du Petit Palais Delphine Lévy, directrice générale de Paris Musées, et Clara Roca, conservatrice au Petit Palais
Commissariat de la Tate Britain : Alex Farquharson, Emma Chambers et Thomas Kennedy, respectivement directeur et conservateurs à la Tate Britain, et Caroline Corbeau-Parsons, conservatrice au Musée d’Orsay

 
En savoir plus :

Le site officiel du Petit Palais

Crédits photos : © MM
avec l'aimable autorisation du Petit Palais


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