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Interview  (Royal Est, Paris)  samedi 16 mars 2024

À l’occasion de la session de Nassim Dendane, le 16 mars dernier, l’équipe Froggy’s Delight se retrouve au Royal Est près de la Gare de l’Est. Un lieu inédit, où l’on boit des cafés, où se tiennent des conférences, et où a été créé un studio de répétition en sous-sol...

Nassim, de quel milieu musical viens-tu ?

Nassim Dendane : Le premier lieu où j’ai fait de la musique, c’est à la maison ! J’ai grandi dans un environnement musical, mon père enseignait la musique, il y avait des instruments à la maison : des guitares, des claviers, moi j’apprenais le piano, et mes frères jouaient de la guitare.

J'étais plus attiré par le clavier, mais à l'adolescence j'ai découvert le côté pratique de la guitare ! Lorsque l’été, de Tlemce, où j’habitais en Algérie, on allait à la mer, emporter une guitare s’est révélé bien plus commode ! Je pouvais jouer à n'importe quel moment… à la plage ou en randonnée, et c'est vraiment comme ça que j'ai commencé à jouer la guitare. 

À cette époque, mes influences étaient plutôt pop rock, mais il y avait aussi de bons boys bands  comme les Backstreet Boys ! Ça, c'était bien ! Bref, les influences étaient très occidentales, et quand on était à l’extérieur, dans les magasins, chez le coiffeur, là c’était plutôt le raï.

Chez moi, vers l'Oranais, des chanteurs comme Cheb Khaled ou Cheb Mami étaient très populaires à l'époque, et ils étaient populaires en France également. Donc, oui, en fait, des influences très diverses, pop, folk, rock, musiques du monde, musique du désert... 

Un univers musical très riche, en effet ! Ensuite, tu es venu en France pour faire des études, c’est ça ?

Nassim Dendane : Oui, en 2010 j’ai eu ma Licence en Algérie, et je suis venu faire mon Master de "Médiation des Arts du Spectacle" en France, à l’université de Tours. Et ensuite je suis venu à Paris pour le cycle "Administration et Gestion de la Musique". À partir de là, j’ai voulu faire de la musique, mais il a fallu imposer l’idée !

Dans ma culture, la musique est souvent un "à côté". On vit rarement de la musique. Mon père m'a soutenu mais vis-à-vis de l'entourage, c’était plus difficile ! Quand je dis que je suis musicien, on me demande souvent ce que je fais "à côté" de la musique...

Ensuite, ils ont été rassurés de me voir autonome, de voir aussi que j'avais les moyens de voyager. Ils savent très bien que c'est un métier où il y a des hauts des bas, mais ils l’acceptent.

Peut-être aussi que tes études de médiation culturelle t’ont donné des appuis pour organiser ta vie professionnelle ?

Nassim Dendane : Oui, le Royal Est, où nous sommes aujourd’hui, a été ma première expérience professionnelle d’organisation de médiation culturelle. C'est un petit club, qui a accueilli pas mal de musiciens de tous horizons et spécialement du blues, du rock et de la funk… On retrouve beaucoup ces musiciens ici ! 

Moi, je suis producteur de mes propres albums. Forcément, mon cursus m’aide parce que je connais la législation, la communication, la direction artistique et l’administration. C’est devenu la nouvelle façon de faire de la musique ! C'est fini les producteurs, les tourneurs… Aujourd’hui on est tout seul, et on essaie de se former, et de faire une multitude de tâches.

Du coup, tu as les clés pour faire tout ça !

Nassim Dendane : Oui, et ça ne s'arrête pas là ! Récemment, j'ai fait une formation aux réseaux sociaux et au montage vidéo, au final on fait vraiment tout, de A à Z.  Quand il y a de plus gros moyens, on peut embaucher une personne pour faire ce travail là, mais c'est très important de connaître tous ces aspects du métier.

Et le fait que tu sois sur tous les fronts, est-ce que ça te laisse suffisamment de temps pour la création ?

Nassim Dendane : Le temps, je le prends ! Je sors, je vois des gens, ces rencontres sont toujours très inspirantes ! Ce qui se passe dans le quotidien, les gens heureux ou malheureux que l’on côtoie… Et puis, il y a des périodes au cours desquelles je reste enfermé, sois parce que j’apprends, soit parce que je suis en train de créer, et ensuite je laisse "mijoter" comme en cuisine, et je reviens quelques mois plus tard pour "touiller", et voir ce que ça a donné !

Comment appréhendes-tu l’idée de filiation dans la musique ? Ton propre père était musicien, toi même tu as des enfants, est-ce que tu as l'impression que tu as reçu en héritage la musique de la même façon que tes enfants la reçoivent aujourd’hui ? 

Nassim Dendane : Parfois les gens pensent que je suis musicien parce que mon père faisait de la musique. Mais mon père ne m'a jamais poussé à jouer d’un instrument, il ne m’a jamais fait beaucoup de compliments. En fait, je me souviens de deux compliments !

Une fois, j’ai fait la première partie du groupe Gnawa Diffusion. C’était un groupe que j'écoutais quand j'étais adolescent, donc mon père connaissait lui aussi cette musique. C’était la première fois que mon père me voyait sur scène et il m'a dit : "je crois que, voilà, tu es un vrai musicien !".

Le second, c’est juste avant son départ, à la sortie de mon album Chadi Madi. Je lui ai fait écouter en avant-première, j'étais très impatient de savoir ce qu'il en pensait. Il m’a dit : "C'est bon ! Tu fais de la musique d'adulte !".

Aujourd’hui je me comporte de la même manière avec mes enfants. Je ne veux pas forcément qu'ils fassent de la musique. Il se trouve qu’ils chantent, ils aiment bien toucher les instruments de musique. Je pense qu'il faut les laisser choisir par eux-mêmes. Il ne faut pas aller à l'encontre.

Moi, j'ai fait autre chose avant la musique, j'ai été basketteur, j’ai été DJ… Mon père ne m'a jamais contraint. Il ne m'a pas dit que la guitare était mieux qu’un autre instrument ou qu’il fallait faire du solfège. Je suis allé vers la guitare par hasard, tout comme je suis venu en France parce que je parlais déjà français en Algérie… Voilà !

Lors de ton concert à l’Institut du Monde Arabe (en mars 2023), tu étais accompagné de ton groupe, on a vu que vous étiez très complices. Comment s’organisent pour toi les sessions, seul ou accompagné de ton groupe ?

Nassim Dendane : J’écris d'abord seul. Je suis plutôt classique dans la formation de départ :  pop-rock, comme les premiers groupes que j'ai écoutés comme les Beatles ou comme Bob Marley. J'aime bien avoir la base batterie-basse-guitare, c'est simple, et le principal c'est le texte. C'est ce que ça raconte, la musique.

En fait, je compose toujours tout seul et après, on fait des sessions pour l'instrumentation. Je peux avoir des idées sur la batterie, comment elle va faire, mais ce ne sont que des idées. Le batteur va me dire ensuite comment il voit les choses. C'est une discussion entre musiciens. Sur l’album Chadi Madi par exemple, on a vraiment travaillé "à l'ancienne".

Avec les musiciens, pendant quatre mois à raison de deux fois par semaine, on passait la journée ensemble, de 10h à 18h. On restait à discuter, on travaillait chanson par chanson, puis parfois on s'appelait dans la semaine. Ça nous a beaucoup rapprochés de travailler de cette manière-là. On est quatre à la base, Jeff, Youssef, Rodrigo et moi. Ensuite on est venu répéter ici même, au Royal Est...

C’est un travail de patience, comme la cuisine, qui reste sous le feu très longtemps et qui s’imprègne de tout. Donc l'album a beaucoup mijoté, mais pour l'enregistrer, on est allé très vite : en 2 jours seulement. On a pris notre temps pour poser les voix, mais les prises live ont été faites  en deux jours.  

C’est aussi une des mes passions de faire un album, même si ça mène à des dettes, à des problèmes administratifs, ça reste quand même un kiff de rentrer dans des studios et de sentir que d’autres artistes avant toi y sont allés. C’est marrant de faire un album.

Je pense que je suis resté vieux-jeu à ce niveau-là : je ne propose pas de single. Je préfère proposer un album entier, il faut considérer un album comme une œuvre en tant que telle.

Il y a un sujet qui semble te tenir à cœur, la nouvelle génération des artistes issus de l’immigration ?

Nassim Dendane : Oui, je voudrais parler de ma génération d’artistes, aussi bien des musiciens que des peintres, des personnes qui sont venues en France. Moi, je suis venu en 2010 et j’ai senti un vrai changement. Entre 2010 et 2014 c’était plus facile, j’étais sollicité pour des ateliers, j’allais jouer un peu partout, et à partir du 13 novembre 2015, les vannes se sont fermées. 

Je dis ça mais ces 2 derniers jours, sur FIP, c’était la première fois depuis des années que je ré-entendais des chansons en arabe. Ce n’est pas possible de se dire qu’on en est là aujourd’hui. Je connais plein d’algériens, plein de marocains, plein de tunisiens, tous talentueux, qui ne sont pas représentés dans les médias.

Enfant, quand je regardais la télé française,  je voyais Omar, Jamel Debbouze, et pour moi c’était ça la France, c’était tout ce mélange. En fait, j’ai l’impression qu’aujourd’hui la France n’est plus aussi fière de sa diversité et c’est dommage.  

Je l’ai senti à partir de 2015 et depuis le 7 octobre dernier, c’est encore pire. Il y a des amalgames terribles, qui attisent la haine, et qui renforcent une crise identitaire déjà bien  installée. Pourtant, l’histoire nous a montré qu’il était possible pour différentes communautés de vivre ensemble, comme en Andalousie pendant 400 ans.

En 1998, on projetait le portrait de Zinedine Ziddane sur l’Arc de Triomphe, et c’était l’illustration de la France fière de sa diversité. Avant ça, sur la scène culturelle française, les artistes d’Afrique et du Magreb comme Ali Farka Touré, Touré Kounda, ou Cheb Mami étaient très présents, et le 11 septembre a tout chamboulé. Lorsque j’étais en Master à Tours, trouver un travail d’étudiant a été quasi impossible, mon identité semblait être le frein. De la même façon, lorsque je chante en arabe avec ma guitare en extérieur à la Rochelle, et qu’on me demande de chanter moins fort. 

À Paris, les choses sont différentes, il y a plus de diversité et d’opportunités. La France et le Magreb sont liés depuis plusieurs siècles, et valoriser cette richesse culturelle est certainement le seul chemin vers l’apaisement. Se réapproprier l’histoire, c’est valoriser nos cultures et construire un avenir commun. La culture et la musique, c’est politique !

Retrouvez Dendana
en Froggy's Session
pour 2 titres en cliquant ici !

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

Dendana en concert à Chadi Madi Tour (vendredi 6 octobre 2023)

En savoir plus :
Le site officiel de Dendana
Le Bandcamp de Dendana
Le Soundcloud de Dendana
Le Facebook de Dendana


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DENDANA (16 mars 2024)


# 14 juillet 2024 : La grande parade

C'est l'heure de la grande parade et du tintouin pour faire semblant que tout va bien depuis 1789. Mais le feu d'artifice culturel, c'est sur Froggy's Delight que ça se passe et plus précisément à Avignon ! Pensez aussi à nous suivre sur nos réseaux sociaux.

Du côté de la musique :

"Postindustrial Hometown Blues" de Big Special
"That golden time" de Villagers
"La maladresse" de Leila Huissoud
quelques découvertes avec The Silver Lines, Inwoods, Djinn, Coeur Joie, Pop Crimes et ODA
et toujours :
"Les chants de l'aurore" de Alcest
quelques clips à découvrir : Dropdead Chaos, MATW, For the Hackers, Elias Dris, CXK
Festival Chauffer la Noirceur #32, nous y fumes avec Gogol Bordello, Glauque, Mike Love et quelques autres
"Shame" de Venice Bliss
"Locust land" de Bill MacKay
"Flash-back" de de Laurène Heistroffer Durantel
"Hommage à Nadia Boulanger" de Lola Descours
"All things shining" de Oh Hiroshima
"Deutche theatre Berlin trilogy" de PC Nackt et Nico van Wersch
"Le seum" de Resto Basket
"Times" de Seppuku
des festivals à venir : U Rock Party #3, Cooksound #13, La Guinguette Sonore #7
quelques clips : BEBLY - Lofofora - Chien Méchant - Wendy Pot - Cloud House - JMF Band
on termine la saison du Morceau Caché par "Émission 33 - Alt-J, The Dream, analyse par Alt-J"

Au théâtre :

Spéciale Avignon :
"J'aimerais arrêtée" au Théâtre Luna / Quartier Luna
"Les enfants du diable" au Théâtre L'Oriflamme
"Momentos" au Théâtre Girasole
"Venise, récit chanté d'un corps" au Théâtre le 11
"L'arbre de Mia" au Grenier à Sel
"Au creux de mon silence" au Théâtre 3S
"Des chèvres en Corrèze" au Théâtre Episcène
"Inavouable" de Théâtre La Manufacture
"Vive" au Théâtre du Train Bleu
"Brisby (blasphème !)" au Théâtre du Train Bleu
"L'art de ne pas dire" au Théâtre La Factory, salle Tomasi
"Constellation Bobin Leprest" au Théâtre Le Verbe Fou
"Femme non rééducable" au Théâtre du Balcon
"Métanoïa, le présage du papillon" au Théâtre La Factory, Chapelle des Antonins
"Normal" à La Scala Provence
"Le poids des fourmis" au Théâtre La Manufacture
"Les enchanteurs" au Théâtre des Gémeaux
"Cyborg Experiments #1" au Théâtre La Factory
"Cet amour qui manque à tout amour" au Théâtre Chapau Rouge
"Rêveries" au Présence Pasteur, salle Jacques Fornier
"160 000 enfants" au Théâtre des Lilas
"Anne Chrsitine et Philippe" au Tiers lieu La Respelid'/Carmel
"Blanc de blanc" au Théâtre Transversal
"Classement sans suite" au Théâtre La Luna
et également toutes les chroniques par théâtre :
Le récapitulatif des tous les spectacles d'Avignon chroniqués chez Froggy

Cinéma avec :

"Aventurera" de Alberto Gout
"Karmapolice" de Julien Paolini

"Saravah" de Pierre Barouh
"La récréation de juillet" de Pablo Cotten et Joseph Rozé

"El profesor" de Marie Alché & Benjamin Naishtat

"Six pieds sur terre" de Hakim Bensalah
"Nouveau monde" de Vincent Capello
et toujours :
"La Gardav" de Thomas et Dimitri Lemoine
"Heroico" de Davis Zonana
"Roqya" de Saïd Belktibia
"L'esprit Coubertin" de Jérémie Sein

Expos avec "Résistance" de l'artiste Ukrainien Pinhas Fishel, Pavillon Davioud

Lecture avec :

Nos polars de l'été :
"7m2" de Jussi Adler Olsen
"La meute" de Olivier Bal
"Les effacées" de Bernard Minier
"Norferville" de Franck Thilliez
et toujours :
"Délivrées" de Delilah S. Dawson
"Un autre eden" de James Lee Burke
"Joli mois de mai" de Alan Parks
"Se perdre ou disparaitre" de Kimi Cunningham Grant
"Vic Chestnutt, le calme et la fureur" de Thierry Jourdain
"La cité des mers" de Kate Mosse
"Merci la résistance !" par un Collectif d'auteurs
"Mon homme marié" de Madeleine Gray
"Rien de spécial" de Nicole Flattery
"Le temps des cerises" de Montserrat Roig
"Neuf mois" de Philippe Garnier
"De sable et d'acier" de Peter Caddick-Adams
"Je ne suis pas un héros" de Eric Ambler
"Après minuit" de Gillian McAllister

Et toute la semaine des émissions en direct et en replay sur notre chaine TWITCH

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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