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Interview  (Paris)  7 décembre 2006

Nathalie Hamel, chanteuse et comédienne, participe activement aux cycles et intégrales du Théâtre du Nord-Ouest. Pour l’Intégarle Montherlant, elle est à l’affiche de "Brocéliande" et de "L’Exil".

Nous l’avons rencontrée peu après qu’elle ait vu "L’exil" en tant que spectatrice, puisqu’elle y joue en alternance avec Marie Véronique Raban, et il faut constater que c'est une passionnée qui n'est pas à cours de projets originaux.

Commençons par "L’exil" puisque vous en parlez, pièce dans laquelle vous jouez en alternance. Quelle est votre impression après avoir vu ce spectacle ?

Nathalie Hamel : L’impression est très curieuse notamment quand Marie Véronique Raban entre sur scène en jouant le même rôle que moi. J’vais l’impression de me dédoubler en étant à la fois dans la salle comme spectateur et sur scène. J’ai beaucoup aimé car c’était une interprétation totalement différente avec une autre vision du personnage et intéressant car je n’avais joué ainsi en alternance un rôle.

Dans l’Intégrale Montherlant, quel est votre favori ?

Nathalie Hamel : Il n’est pas aisé de vous répondre car je n’ai pas vu toutes les pièces. C’est un peu délicat également car la pièce que je préfère est "L’exil". Cette pièce n’a pas pris une ride contrairement à d’autres comme "La mort fait le trottoir". J’ai beaucoup aimé aussi l’adaptation faite du roman "Les célibataires" d’autant que je ne connaissais le roman que de nom et que ce spectacle, qui plaît beaucoup au public, m'a conduit à me précipiter pour acheter le roman et le lire. Et Eliezer Mellul est complètement le personnage d’Elie de Coetquidan !

Comment vous êtes-vous retrouvée sur le projet de "L’exil" ?

Nathalie Hamel : Par le fait du hasard d’une rencontre dans le hall du Théâtre du Nord-Ouest avec un monsieur charmant qui s’avérait être Idriss, le metteur en scène de "L’exil" qui quelques jours après me propose un rôle. Le fait qu’il s’agissait d’un rôle de punaise comme il le qualifie et qu’une de mes partenaires serait diane de Segonzac avec qui j’ai travaillé à plusieurs reprises a emporté ma conviction.

Cela s’est donc concrétisé très rapidement pour le plus grand bonheur de tous. Et comme Idriss souhaitait une programmation conséquente il a souhaité que chaque comédien se trouve son chacun ou sa chacune pour avoir une distribution en alternance. Et j’ai donc contacté Marie Véronique Raban avec qui j’ai fait des lectures et avec qui je m’entends très bien.

Vous êtes également à l’affiche de "Brocéliande" projet dont vous êtes à l’origine ?

Nathalie Hamel : Au départ, je souhaitais monter "Pasiphaé" et Jean-Luc Jeener, le directeur du Théâtre du Nord-Ouest m’a indiqué que c’était déjà pris par Damiane Goudet. Il m’a donc parlé de "Brocéliande" et ce qui est curieux est que cette pièce traite de la généalogie et que je suis une passionnée de généalogie.

En la lisant je me suis amusée à retrouver tous les travers des généalogistes qui vous trouvent toujours des ancêtres avec des noms à rallonge. Moi je suis davantage intéressée par la généalogie sur le plan historique que sur la noblesse éventuelle de mes ancêtres. Comme tous les français nous descendons à 99% de laboureurs, ce qui est mon cas et j’en suis, ma foi, très fière. Je trouve la généalogie passionnante car elle permet d’apprendre beaucoup de choses sur la manière de vivre des gens.

J’ai accepté mais comme j’avais très envie de jouer et que le rôle de Madame Persilès est extrêmement long ne me permettait pas d’envisager d’en faire la mise en scène. Cela aurait été très difficile et pas raisonnable car forcément au détriment de l’un ou de l’autre. J’ai contacté Jean-Pierre Muller pour jouer le rôle de Monsieur Persilès mais il n’était pas disponible pour le faire. En revanche il a accepté d’en assurer la mise en scène.

Avez-vous vu "Pasiphaé" et quel est votre ressenti par rapport à ce que vous auriez fait ?

Nathalie Hamel : Oui. Je voulais monter "Pasiphaé" parce que je suis passionnée par la Grèce j’y vais depuis dix ans chaque année et notamment par la mythologie. Le sujet de "Pasiphaé" me plaisait beaucoup. La vision de Damiane Goudet est plus proche de l’Afrique que de la Grèce ce qui est d’ailleurs souvent le cas dans ce qu’elle monte. Cela étant, cela ne veut pas dire que le spectacle n’est pas bon et elle a une merveilleuse comédienne pour le rôle de "Pasiphaé" Karine Laleu.

Montherlant est un auteur que vous connaissiez et appréciiez ?

Nathalie Hamel : Je connaissais très mal son oeuvre à l’exception de ses pièces majeures. Et c’est la raison pour laquelle j’apprécie les intégrales du Théâtre du Nord-Ouest qui donnent l’occasion de découvrir un grand auteur comme Montherlant ou Claudel et des pièces que l’on ne voit jamais. "Brocéliande" avait été monté sans succès au Français et jamais repris.

Vous avez évoqué l’Intégrale Claudel. Etes-vous une fidèle du Théâtre du Nord-Ouest ?

Nathalie Hamel : Oui. Tout à fait. Je suis arrivée au Nord-Ouest comme simple spectatrice. Et à l’occasion de l’intégrale Corneille nous avons, mon mari et moi qui sommes tous deux des passionnés de Corneille, avions pris un passeport ce qui nous a permis de voir tous les spectacles et toutes les lectures à une exception près. A cette époque, j’ai rencontré un comédien, Eliezer Mellul, qui est un fou d’opéra - or moi je suis chanteuse à l’origine - et dans le flot de la conversation je lui ai dit que j’avais monté des extraits du "Dialogue des Carmélites" avec piano et il m’a suggéré de présenter ce travail au Théâtre du Nord-Ouest dans le cadre du cycle Religion et spiritualité. Il est allé voir Jean-Luc Jeener et l’aventure a ainsi commencé.

C’était en 2000 et depuis j’ai participé à tous les cycles. Dans l’Intégrale Hugo, j’ai monté un spectacle musical autour de Victor Hugo et la musique avec comme lien les lettres de Victor Hugo sur la musique lues par Eliezer Mellul. Ensuite, j’ai monté d’autres spectacles moins musicaux mais toujours avec un lien avec la musique puisque c’est ma formation.

J’ai souvent travaillé depuis avec Eliezer Mellul qui est aussi un lecteur merveilleux. Il sait captiver son auditoire d’autant que la lecture n’est pas un exercice facile à la portée de tous. Nous avons créé en lecture "Agamemnon" de Daniel Aranjo, puis l’année dernière "Les choéphores". Nous aurons sans doute "Les Euménides" pour clore le cycle mais il faut attendre qu’elles soient écrites.

Etes-vous une inconditionnelle du Théâtre du Nord-Ouest ?

Nathalie Hamel : Le Théâtre du Nord-Ouest est un lieu unique à Paris dans lequel le directeur accepte de donner sa chance à de jeunes metteurs en scène et de jeunes comédiens. Il laisse une totale liberté d’action à l’intéressé à partir du moment où il a donné son accord et n'intervient jamais au cours du travail. Il assiste à la première représentation et même si cela lui déplaît il accorde le droit à l’erreur.

Une telle ouverture d’esprit est rare et cela permet de monter des spectacles dans des conditions correctes puisque c’est gratuit. En retour, on n’est pas payé ou du moins ne fonction des recettes. Mais il faut avoir les pieds sur terre ce théâtre n’a quasiment pas de subventions. Alors bien sûr ce théâtre est dénigré souvent par ceux qui n’y travaillent pas d'ailleurs. Mais après tout chacun est libre d’en accepter les conditions ou de les refuser. Personne n’est contraint d’y jouer.

Cela étant, il est évident qu’on ne peut pas vivre en ne jouant qu’ici. Pour ma part, j’ai la chance d’avoir le statut d’intermittent du spectacle depuis 15 ans et de l’avoir conservé en partie grâce au Théâtre du Nord-Ouest. Et ce qui est là encore curieux est que ma mère, qui était venue me voir pour ma première représentation, m’a dit que mon père avait travaillé dans ce lieu qui avait été ouvert à la libération par des anciens de la 2ème DB dont il faisait partie pendant la 2ème guerre mondiale et il a été projectionniste.

Ce lieu est magique a une âme. La proximité avec le public est très grande, ce qui très important car si on fait du théâtre c’est pour le public, et elle est importante pour apprécier ses réactions. Mais pas seulement pour cela. Ainsi c’est en parlant avec des spectateurs que j’ai trouvé certains textes d’un poète grec que je voulais monter ou une partition que je cherchais. C’est donc un lieu d’échange.

Pour 2007, le Théâtre du Nord-Ouest propose un cycle Cœur et esprit et une Intégrale Shakespeare. Qu’avez-vous préparé à ces occasions ?

Nathalie Hamel : Pour le cycle Coeur et esprit, je vais monter "Lamort d'Akhénaton", une pièce sur le pharaon Akhénaton, dont mon mari, Jean-Dominique Hamel, est l’auteur. Il s’agit de sa première pièce, avec les imperfections de toute première écriture bien sûr, qui avait été présentée ici il y a 3 ans en lecture avec Michel Le Royer qui nous a fait l’honneur d’accepter de jouer le rôle titre. Il s’agit d’une pièce atypique écrite en alexandrins dans le style de Corneille. J’ai un autre projet pour lequel j’attends la réponse de Jean-Luc Jeener.

Pour l’Intégrale Shakespeare, rien n’est encore arrêté mais je souhaite monter une pièce avec une nouvelle traduction faite par mon mari, qui est parfaitement bilingue, et qui est intéressé par ce travail notamment le respect de la prosodie de Shakespeare qui utilise une versification différente selon les catégories sociales.

Votre mari est auteur dramatique ?

Nathalie Hamel : Non, il est médecin mais a une prédilection pour l’opéra et le théâtre. J’ai également créé ici sa deuxième pièce "Les raisons de ses torts" sur le chef d’orchestre Wilhem Furtwängler qui est une réponse à la pièce "A tort et à raison" où il était incriminé pour sa présence en Allemagne durant le nazisme. Mon mari a écrit cette pièce non pas pour innocenter Furtwängler mais pour rétablir certaines vérités. Il s’agit d'une pièce très dure dans lequel je jouais une cantatrice qui essaye de sauver un élève juif de Furtwängler qui est envoyé en déportation.

Avez-vous des projets hors du Théâtre du Nord-Ouest ?

Nathalie Hamel : A la fin du mois, un spectateur m’a proposé de faire une émission télévisée sur les poètes de la Renaissance, période que j’affectionne particulièrement, raison pour laquelle j’ai d’ailleurs appelé ma compagnie la Compagnie de la Pléaide. J’ai demandé à Jean-Dominique Brest qui a beaucoup joué au Théâtre du Nord-Ouest, de m’accompagner dans ce projet et nous nous sommes partagés si je peux dire les poètes. Il a pris les poètes catholiques et moi les poètes protestants étant moi-même protestante. Cette émission comportera des passages chantés avec de psaumes et Jean Dominique sera accompagné au luth.

Ensuite, je prépare pour cet été une série de lectures sur les poètes protestants pour le Cloître des Billettes, qui dépend du Centre culturel luthérien, avec qui je travaille depuis 2 ans. Enfin, François Claudel, le petit-fils de Paul Claudel, que j’ai rencontré lors du cycle Claudel, m’a demandé de monter "L’annonce faite à Marie" pour l’automne.

Voilà bien des projets.

Nathalie Hamel : Oui, les projets fourmillent. On m’a également proposé de monter une comédie musicale pour les enfants sur l’Histoire de France ce qui m’intéresse aussi grandement.

Parlons un peu de votre compagnie.

Nathalie Hamel : Cette compagnie a pour vocation de monter notamment les auteurs du 16ème et du 17ème siècle qui sont les deux périodes que j’aime particulièrement. Je travaille avec des professeurs qui enseignent à la Sorbonne, dont un seizièmiste qui a été l’assistant de ma belle-mère qui a enseigné à la Sorbonne, que j’ai vu le jour de mon mariage et retrouvé 20 ans après. Il m’avait beaucoup aidé quand j’ai monté "Abraham sacrifiant" de Théodore de Bèze qui est la première tragédie écrite en français dont la compréhension la langue est difficile. Je travaille donc avec lui très régulièrement.

Remontons un peu dans le temps. Vous disiez être au départ chanteuse. Comment s’est fait le glissement vers le métier de comédienne ?

Nathalie Hamel : J’ai commencé le chant à la maîtrise de Radio-France à l’âge de 15 ans et j’ai travaillé dans le chant comme soprano dans les chœurs, notamment au Théâtre du Châtelet, jusqu’en 1995. Le chant connaît actuellement une crise terrible. Je me suis alors tournée vers le cinéma. Un de mes meilleurs souvenirs est le film "Vatel" de Roland Vatel dans lequel je jouais une des dames d’honneur de la Reine, rôle muet mais qui me permettait d’être de toutes les scènes avec la Reine.

J’ai été ravie de côtoyer Roland Joffé qui est un fou du détail ou Julian Glover à qui j’ai prêté ma documentation sur les Condé et qui m’en a joliment remercié. Ce fût un tournage passionnant sur les conditions duquel on a raconté beaucoup de choses fausses sur le quasi esclavage des figurants. Nous étions simplement encadrés comme il se doit quand il faut gérer 300 figurants ce qui n’est pas la même chose qu’en gérer 10. J’aimerai beaucoup retravailfer avec Roland Joffé.

A bon entendeur salut !

Nathalie Hamel : Ensuite je suis arrivée au Nord-Ouest où j’ai joué un tout petit rôle dans "La forêt mouillée" de Victor Hugo. J’ai du fournir un gros travail mais cela m’a passionné. C’est aussi au Nord-Ouest que j’ai joué ma première tragédie "Saint Genêt de Rotrou". J’y ai donc appris mon métier.

A quoi tient cette crise dans le chant ?

Nathalie Hamel : La crise tient à 2 facteurs. D’une part, l’importance du chant amateur. On constate une présence croissante d’amateurs qui se font plaisir mais qui sature le marché. Quand on voit que le Théâtre des Champs Elysées emploie des amateurs ce n’est pas logique. "Aïda" représenté à Bercy est également chanté par des amateurs. Cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas chanter pour son plaisir ou que les amateurs sont moins sérieux que les professionnels.

La seconde raison tient au fait que le marché est inondé de chanteurs des pays de l’Est qui se contentent de cachets moins élevés. Ainsi en 1995, j’ai encore pu travailler un peu au Théâtre de Rouen. Ensuite, je ne trouvais plus de travail. Cela étant, je ne le regrette pas car je serai sans doute passer à côté du théâtre qui est aujourd’hui toute ma vie.

Je continue à chanter mais le théâtre a pris une place plus importante que le chant. Je ressens d’ailleurs un plus grand bonheur à jouer qu’à chanter. Et j’ai constaté que le trac paralysant que j’éprouvais dans le chant s’est mué en un trac porteur au théâtre. C’est un des miracles du Nord-Ouest !

 

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