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puce Etat des lieux d'une scène indépendante française
Paris  (Paris)  octobre et novembre 2003

Comme le disait recemment Jeffrey Lewis dans notre entretien, le monde indépendant n’a jamais voulu dire si peu de chose qu’actuellement, ce terme "indépendant" s’appliquant dans les magazines établis en Angleterre comme en France à tout une scène dont les ambitions n’ont que peu de rapport avec ce qu’on a pu et peut encore en attendre.

Pourtant inutile de devenir aigri ou nostalgique du "c’était mieux avant", aussi étonnant que cela puisse paraître, il existe une scène indépendante française, qui vaut le détour. On s’intéresse ici à une frange souterraine et relativement confidentielle d’un monde indépendant, une scène à la musique en rupture et qui se cherche : descendante selon qui d’un hardcore indépendant dont les racines n’ont jamais disparu localement, d’une scène noise haute en couleur ou encore héritière de la vague post-rock des années 90 voire d’un rélexe primaire et éternel à faire des expérimentations en utilisant tout ce qui nous tombe sous la main.

Quelques structures plus ou moins artisanales permettent de diffuser ces artistes sans plans de carrière mais pas sans flamme et sans idée, et on peut même les voir facilement en prenant le métro ou son moyen de locomotion préféré. Au menu, un mini état des lieux sans prétention de cette (ces) scène(s) autour de quelques concerts sur Paris la semaine dernière (autant dire une bonne semaine).

Concert le 23 octobre à Alternation : Chevreuil

Le rendez vous est donné ici dans un squat près de Nation, une cave transformée pour quelques occasions en lieu de manifestations culturelles alternatives, niveau roots on n’est pas déçu du déplacement.

Le groupe en support ce soir est Room 204, un duo de post rock nantais, guitare + batterie, dont le t-shirt Touch & go trahissent leurs influences : à la fois slint et shellac avec une touche noise-core à la Don Caballero. Sans fioriture cette musique immédiate et classique va à l’essentiel et véhicule une énergie rare qui surprendra ceux qui croient encore que la violence s’exprime dans le métal (ah les jeunes…). Du déjà vu mais c’est tout ce qu’on aime (on aimerait bien avoir le t-shirt du label mythique aussi).

Dans une formation identique (duo gratte tambour) Chevreuil sert un set radicalement différent et personnel, beaucoup plus libéré de ses influences. Progressivement Chevreuil a ainsi pu évoluer du math-rock ciselé de ses débuts vers une prestation beaucoup plus libre. Du point de vue de la forme, comme pour leur dernière tournée, le duo choisit d’investir la salle et non la scène, permettant ainsi au public de l’entourer de tous côtés.

Le guitariste associe en effet à son instrument quatre amplis différents, qu’il inscrit en cercle autour d’eux. Cet espace rédéfinit un nouveau cirque romain au centre duquel on retrouve deux gladiateurs prêts à tout pour satisfaire les attentes du public mais aussi un retournement du rapport de force usuel entre la scène et le public (du maître à élève tout ça, mais pas prise de tête). Les constructions sont donc sévèrement chahutées autour de lignes qui se croisent et se mélangent projetées sur chacun des amplis : des riffs mélodiques et répétifs ou des décharges noise par dessus une batterie sans garde fou.

Comme souvent dans cette scène, les deux garçons ne prennent pas leur talent au sérieux et se permettent de sortir de l’attitude de papier glacé du rock établi, et ainsi, par miroir, le "spectacle" régressif qu’offre visuellement le groupe met surtout en évidence les ficelles des performances stéréotypées. C’est en concert que la musique de Chevreuil et sa mise en scène est la plus percutante mais leurs disques synthétisent bien leurs compositions pas banales : leur premier disque Sport vient d’être réédité sur support laser, leur dernier Chateauvallon vient de sortir dans ce même format numérique ainsi qu’un split en 10’’ avec Room 204.

Concert le 24 octobre à la Guinguette Pirate : Ulan Bator

On commence par dire que la Guinguette Pirate est une salle imparable à Paris parce que l’entrée n'est pas chère et surtout parce qu’ils peuvent se permettre une programmation régulièrement bien sentie dans un cadre douillet surtout si on arrive assez tôt pour être au premier rang (sinon il faut imaginer la scène en regardant le dos du public).

D’abord une première partie avec l’Enfance Rouge, rock vaguement expérimental franco-italien, moyennement convaincante mais qui a le privilège de ne ressembler à rien de défini en particulier mais à beaucoup de bizarreries en général, on note qu’on peut télécharger librement leur album Rostok-Namur sur leur site http://www.enfancerouge.org pour se faire une idée définitive.

Ensuite Ulan Bator passe aux choses sérieuses. Très clairement l’évolution est nette par rapport au noise extrême des débuts, le ton est clairement assagi et la voix atonale prend de plus en plus de place et nuit un peu à la construction des morceaux. Il en ressort quelques morceaux de fulgurance comme sur "Santa Lucia" qui sont ceux qui fonctionnent le mieux au cours du concert, la voix étant pour des raisons de qualité sonore relative sur la guinguette quasiment inaudible sinon un masque par dessus les autres instruments.

Le rappel anéantira la déception de la tièdeur du concert avec un fabuleux "Terrorisme Erotique" et surtout une tuerie "Ego/Echo", on aurait préféré un concert qui démarre d’entrée de jeu dans cette ambiance là. Evidemment il n’aurait pu tenir longtemps dans cet état de tension, l’auditeur peut être non plus : le pouls s’accélère, le bassiste perd tout contrôle et crie hors micro dans un martèlement érratique de son instrument, c’est quand la situation échappe à quiconque que les chansons prennent leur dimension véritable.

Au final concert un peu tiède en moyenne (brûlant localement) d’un groupe déjà vieux mais au capital sympathie préservé, les disques eux (mis à part le dernier pas encore écouté) sont terribles.

Concert le 28 octobre à l’Echangeur : Berg Sans Nipple (en support de Do make Say Think)

Quand les groupes parrainés amicalement par les Instants Chavirés rencontrent un succès suffisant pour voir leur public ne plus tenir dans le local de la rue Richard Lenoir, les concerts prennent alors place à l’Echangeur. Même avec ce changement d’espace, le concert de Do Make Say Think + Berg Sans Nipple indique complet. Dans cette chronique on s’intérèssera seulement à Berg Sans Nipple et cela tombe bien car c’était de loin le concert le plus passionnant de la soirée.

D’abord Berg Sans Nipple c’est un duo : Berg et Sans Nipple. Sans Nipple avait un vrai nom autrefois et il était aussi américain et batteur et a officié au sein de Songs :ohia. Berg lui vient de Purr (ex combo de post rock français bien sans plus) et touche aux claviers, aux guitares et à un tas de trucs qui font du bruit et dont il se sert très bien. Là où ca se corse c’est que ce simple duo arrive à construire des hymnes hypnotiques d’une densité sonore totalement phénoménale ("Suburban transparence" en est peut être le meilleur exemple), tout en répétition et en cassure, une variété sonore enchanteresse (beaucoup d’instruments bricolés ou sortis de leur contexte) au service d’une fuite en avant mélodique.

Généralement on se garde de donner des étiquettes car c’est réducteur et simpliste et donc pas trop notre genre ; ici on le voudrait que ce serait impossible tant les influences et les palettes du groupes sont éclatées : expérimental avant tout mais aussi jazz, post rock, noise que concret, voire de l’indie rock tout simplement. Ils ont sortit un très bon EP Marie-Madeleine, BO d’un court métrage de Sans Nipple (l’œuvre y gagne à être débarassée de l’image, pas transcendante) et un album tout chaud Form of. En concert ils oscillent entre le très bon et l’exceptionnel comme ce soir là.

A ne pas rater (ils tournent assez régulièrement).

Concert du 1er novembre aux Instants Chavirés : Sun Plexus fête ses 10 ans

Le concept c’est que Sun Plexus invite des groupes amis afin de lui tenir compagnie pour souffler ses bougies. De ces groupes on retiendra une surprise constante d’un projet à l’autre, rien de convenu de l’anarchie au palace, à un happening régressif costumé, aux déflagrations en bruits blancs assourdissantes, de courts films expérimentaux intriguants (notamment derviche machine).

De tous ses projets c’est Mutant Pillow qui sera le plus convaincant. Pas les plus sérieux pour autant, on peut en effet les comparer à un mix réussi entre les Moldy Peaches et Diabologum première époque. Ceci avec une pêche incroyable et un look improbable sans complexe, à Mulhouse ils n’ont pas la mer mais ils se ratrappent bien.

Sun Plexus restera au final l’attraction de la soirée : un trio expérimental sévèrement barré qui rappelle les premiers disques de Bastärds. Un noise core malmené par des essais accousmatiques et une attitude désinvolte réjouissante lucide par rapport à ses ambitions commerciales. Origine de Roumanie puis de Strasbourg, on ne sait pas bien quelle syntaxe utilise le groupe pour communiquer des vécus de pathologies primaires mais les élements piochent dans les cris avortés d’une voix aigrelette, des guitares attaquées à la lime ou frappées à la baguette, ce n’est pas de la performance arty, le résultat sonore est saisissant et entêtant, violent et abrasif.

Le dernier titre d’au moins 315 mega secondes et une structure plus ambiante sur la projection d’un cercle qui se dessine pendant des plombes, ce sera le seul moment de masturbation pas tout à fait convaincant tout le reste propose une ligne musicale extrême et pas prétentieuse, à côté les Sightings font de la chansonnette.

Une découverte personnelle et une réussite au milieu d’une soirée sympathique. C’est trop bête vous auriez dû venir.


Au final il y a des tas de groupes en France qui essaient et réussissent à proposer une musique pas comme les autres et sans concession. Le tout est d’oser entrer dans leurs univers car ce n’est pas eux qui feront la démarche pour vous séduire : tout à gagner et rien à y perdre. D’ailleurs si vous avez des difficultés à trouver leurs disques, on pourra traîner sur Paris du côté de Wave, Festen ou Bimbo Tower ou alors se diriger vers votre mail order préféré, mais jamais penser tout haut que le rock indé c’était mieux avant, parce qu’en fait : ben non.

 

A lire aussi sur froggy's delight : concert de Chevreuil et Cheval de Frise aux Instants Chavirés en avril 2003.


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# 12 juillet 2020 : Un air d'été

On entre dans la saison des vacances, pour vous comme pour nos chroniqueurs. Vous nous retrouverez tout l'été quand même avec des éditions web plus légères et toujours notre Froggy's TV bien sûr avec La Mare Aux Grenouilles et plein d'autres émissions. c'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

La Mare Aux Grenouilles #6, sommaire et replay
"Noshtta" de L'Eclair
"Moderne love" de Toybloid
  "Les îles" de Benoit Menut
"Echange" de Brussels Jazz Orchestra, Claire Vaillant & Pierre Drevet
"INTENTA experimental & electronic music from Switzerland 1981-93" par divers artistes
"Jimmy Cobb" mix #19 de Listen In Bed
"Chausson le littéraire" de Musica Nigella & Takenori Nemoto
"Alessandro Scarlatti, il Martirio di Santa Teodosia" de Thibault Noally & l'Ensemble Les Accents"
et donc La Mare Aux Grenouilles numéro #5 avec la liste de ce qui a été abordé et le replay.

Au théâtre :

en salle :
"Littoral" au Théâtre de la Colline
"Karine Dubernet - Souris pas" au Point Virgule
et dans un fauteuil de salon :
des créations :
"Yvonne princesse de Bourgogne" par Jacques Vincey
"Lucrèce Borgia" par Lucie Berelowitsch
"La Dernière neige" de et par Didider Bezace
"Pinocchio" de Joël Pommerat
"Soulever la politique" de Denis Guénoun
"Je marche dans la nuit par un chemin mauvais" de et par Ahmed Madani
Au théâtre ce soir :
"Darling chérie" de Marc Camoletti
"Le Tombeur" de Robert Lamoureux
"Une cloche en or" de Sim
du boulevard :
"Si c'était à refaire" de Laurent Ruquier
"Face à face" de Francis Joffo
du côté des humoristes :
"Bernard Mabille sur mesure"
"Christophe Alévêque est est Super Rebelle... et candidat libre !"
et finir l'Opéra :
avec du lyrique :
"Le Balcon" de Peter Eotvos par Damien Bigourdan
"Orlando furioso" de Antonio Vivaldi par Diego Fasolis
"La Flûte enchantée" de Mozart par Romeo Castellucci
et du ballet avec deux créations étonnantes : "Raymonda" de Marius Petipa et "Allegria" de Kader Atto

Expositions :

les expositions en "real life" à ne pas manquer :
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Les Contes étranges de N.H. Jacobsen" au Musée Bourdelle
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières

Cinéma at home avec :
le cinéma contemporain
"A woman at war " de Benedikt Erlingsson
"Lulu" de Uwe Janson 
"L'Apotre" de Cheyenne Carron
"La tendresse" de Marion Hänsel
"Crawl" de Herve Lasgouttes
"Nesma" de Homeïda Behi
le cinéma culte des années 1920 :
"Le cuirassé Potemkine" de Sergueï Eisenstein
"Nosferatu le vampire" de Friedrich Wilhelm Murnau
"Le Cabinet du docteur Caligari" de Robert Wiene
"Les Deux Orphelines" de D.W. Griffith
et l'entre deux avec les années 1970 :
"Mado"de Claude Sautet
"La Traque" de Serge Leroy
"La femme du dimanche" de Luigi Comencini
et retour au 2ème millénaire avec de l'action :
"Lara Croft : Tomb Raider, le berceau de la vie" de Jan De Bont
"Blade Trinty" de David S. Goyer
avant de conclure en romance avec : "Un havre de paix  de Lasse Hallström

Lecture avec :

"La Chine d'en bas" de Liao Yiwu
"La nuit d'avant" de Wendy Walker
"Isabelle, l'après midi" de Douglas Kennedy
"Les ombres de la toile" de Chris Brookmyre
"Oeuvres complètes II" de Roberto Bolano
"Un été norvégien" de Einar Mar Gudmundsson

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