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Tabarly  (EMI)  juin 2008

Extrait d’un dialogue entendu, voici quelques années, dans une allée de Gibert Joseph :
"- Tiens, Yann Tiersen vient de sortir un nouveau disque… Tu as écouté ?
- Non. Avant, c’était pas mal. Mais depuis la BO d’Amélie Poulain, il s’est mis à faire des choses commerciales, et c’est devenu n’importe quoi".

Jugement lapidaire et injuste : la BO à succès du film de Jeunet n’était en réalité, à 5 ou 6 titres près, qu’une compilation issue des albums précédents du musicien. Magie du snobisme : ces œuvres préexistantes au film, bien vues du temps où la médiatisation de Tersen était circonscrite à Magic ou aux Inrockuptibles, devenaient donc soudain "commerciales" et suspectes, pour avoir illustré un maudit film grand public. Sur le coup, nous avions été atterré par un tel raccourci…

Pourtant, il faut bien avouer que malgré la mauvaise foi perceptible dans ce raisonnement et le refus d’y souscrire tout à fait, notre intérêt pour l’univers du compositeur Breton s’est trouvé, malgré tout, malmené par la sur-médiatisation ayant fait suite à ce triomphe - un peu de mal à supporter que ces musiques fragiles et subtilement mélancoliques se trouvent soudainement accolées à tout et n’importe quoi (au mieux, une séquence de Thalassa… au pire, un reportage suintant de régionalisme folklo-bouseux pour JT Pernod-Ricard). Nous avons donc pris nos distances avec un univers qui nous avait ému, jadis, mais nous semblait désormais une autoroute un peu trop fréquentée.

Il nous avait aussi paru (en l’écoutant encore parfois, de loin en loin) que Yann Tiersen lui-même accusait le coup ces derniers temps, et qu’après le double "live" triomphal C’était ici qui avait achevé cette période (avec grand orchestre, invités et tout le toutim nouveau riche), sa discographie s’était un peu égarée dans les pièges de la redite (Goodbye Lenine, Les Retrouvailles) ou au contraire de la cassure-à-tout-prix qui ne nous convainquait qu’à moitié (le disque en duo avec Shannon Wright, le live électrique On tour).

Malgré de beaux moments, l’on avait quelques peines à y retrouver ce qui avait fait la réussite de ses 4 ou 5 premiers albums (et notamment le somptueux Tout est calme, projet atypique sorti dans la foulée du Remué de Dominique A, visiblement très inspiré par celui-ci).

Quelque chose semblait s’être brisé, sans que l’on puisse dire s’il s’agissait d’une baisse d’inspiration du musicien ou d’un changement de nos goûts personnels…

C’est donc un tout petit peu inquiet que l’on s’est lancé dans l’écoute du dernier projet de l’artiste (qui n’en finit plus de multiplier les pistes & disques "parallèles", comme pour fuir le moment de revenir à ses albums "officiels" - faut-il y voir un manque de confiance, ou une créativité débridée ?) ; ce Tabarly, BO du documentaire du même nom, enregistré en vitesse au milieu des séances de travail de son prochain disque, pause récréative bienvenue dans ce que l’on imagine être un processus lent, ardu et insécure.

Débarrassé de la pression inhérente à la parution d’un véritable album, le brestois a donc l’occasion de composer là des choses un peu différentes, laisser affleurer librement des idées qu’il aurait peut-être écarté de son disque à venir… tout en insinuant encore (c’est le propre de l’"auteur") une partie de ses thématiques dans la commande à honorer.

L’accointance de l’univers Tiersen avec les visions maritimes n’étant plus à démontrer, l’on comprend que l’idée d’évoquer Tabarly ne l’ait pas rebuté. Il renoue pour le coup avec la veine totalement instrumentale de ses débuts ("La Valse des monstres"), et propose une quinzaine de jolies miniatures majoritairement pianistiques, censées illustrer la vie et les paroles du vieux loup de mer.

Tout ceci est mélancolique à souhait, évocateur (avec un minimum d’instruments et de variations harmoniques) de grands espaces, sentimental rêveur et un petit peu mortifère, comme toujours…

Mais tout cela n’est-il pas un poil trop évident, aussi ? Qu’est-ce que ce projet apporte comme nouveauté dans l’univers du musicien ? Lui permet-il de faire évoluer ses habitudes d’écriture ?

C’est là notre légère déception : l’album est "tiersenissime" en diable, conforme en tous points à ce que l’on pouvait attendre de lui, sans grande surprise ou révélation. Il déploie les ambiances minimalistes habituelles, qui auraient tout aussi bien pu illustrer "Goodbye Lenin" ou "Amélie Poulain", sans que l’on y trouve de différence notable. L’idée même du "projet parallèle", censé permettre l’exploration de sentiers inconnus, l’expérimentation d’idées nouvelles, s’en trouve limitée, voire réduite à néant.

Cette impression de déjà entendu, relève-t-elle d’une cohérence d’écriture, ou bien d’un léger ressassement ? Difficile de trancher trop violemment, même si, à force de semi-déceptions accumulées, la deuxième option commence à faire son chemin…

Dans ses meilleurs disques, Yann Tiersen a prouvé qu’il n’était pas qu’un simple compositeur, mais savait aussi écrire de somptueuses chansons, où les paroles (les siennes ou celles d’autres artistes) accolées à ses mélodies apportaient un supplément de forme et de sens : les musiques minimalistes et les textes ascétiques se mariaient idéalement et permettaient de dépasser leurs anorexies respectives, accédant à une richesse nouvelle.

Revenu à ses simples instruments, l’écriture du brestois redevient du coup un peu plus pauvre : la culture rock dont il s’est toujours targué (et qui ne nous rebutait pas, au départ) l’empêche désormais de proposer des configurations plus amples et ambitieuses, et l’on finit par mesurer les limites (criantes) de son univers mélodique et harmonique.

Qui plus est, le parti pris majoritairement pianistique tend encore à accentuer l’impression de monotonie, et l’on accueille les (rares) apparitions d’autres instruments ou de tonalités avec gratitude. A cet égard, il est curieux de constater que la plage la plus émouvante et mystérieuse, "Eire", qui clôt le disque, ne comporte que de lointains crins-crins violoneux, et s’éloigne assez de la sacro-sainte mélodie "figurative" pour laisser entrevoir une autre possibilité - peut-être la tentation de la musique contemporaine, qui sait ?

Cela ne dure que quelques secondes, mais s’avère finalement plus audacieux et "inspirant" que tout le reste, nous laissant (enfin) rêver à de nouveaux horizons, moins convenus.

 

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L'interview de Yann Tiersen (2 juin 2005)

En savoir plus :

Le site officiel de Yann Tiersen
Le Soundcloud de Yann Tiersen
Le Facebook de Yann Tiersen


Nicolas Brulebois         
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# 28 juin 2020 : Nouvelle Vague ?

Le premier tour des élections municipales fut le signe du début du confinement. Espérons que ce second tour ne sera pas l'appel à un second confinement. Quoi qu'il en soit : Soyez prudents, soyez heureux et cultivez vous ! c'est parti pour le sommaire en commençant par le replay de la Mare Aux Grenouilles #4 (eh oui déjà !)

Du côté de la musique :

"Grand prix" de Benjamin Biolay
"The Beethoven collection Vol1 : Sonatas by Clementi, Hummel, Dussek and Wolfl" de Jean-Efflam Bavouzet
"Eivind Groven Symphonies N°1 & 2" de Kristiansand Symphony Orchestra sous la direction de Peter Szilvay
"L'heure bleue" de Marianne Piketty, Le Concert Idéal
"Tu rabo Par'abanico" de Marion Cousin & Kaumwald
"Veines" de Merakhaazan
"Silas" de Silas Bassa
et toujours :
"As found" de Fugu
"Désordres" de Austyn
"Anda Lutz" de Cie Guillaume Lopez
"A l'instinct A l'instant" de Daniel Jea
"Cérébro dancing" de Epilexique
"Cobra" de François Club
"Coquette" de Hailey Tuck
"Springtime with no harm" épisode 18 des mixes de Listen In Bed
"Fanfare XP, volume 2" de Magic Malik
"Avec son frère" de Volo
"Safeplace" de Yadam

Au théâtre dans un fauteuil de salon avec :

des créations :
"Démons" par Lorraine de Sagazan
"Misery" de William Goldman
"L'obéissance de la femme du berger "de Sergio Martínez Vila
"Migraaaants" de Matéi Visniec
"Le Remplaçant" d'Agnès Desarthe
"Portrait d'Amakoé de Souza - Salade Tomate Oignon" de et par Jean-Christophe Folly

"La Chose Commune" de David Lescot et Emmanuel Bex
de la comédie de boulevard :
"Hier est un autre jour "de Sylvain Meyniac et Jean-François Cros
"Madame Doubtfire" de Jaja Fiastri
"Le Clan des divorcées" de Alil Vardar
"A gauche en sortant de l'ascenseur" de Gérard Lauzier
du côté des humoristes :
"Mimie Mathy - J'adore papoter avec vous"
"Denis Maréchal - J'dis franchement"
dans le répertoire classique :
"Le Jeu de l'amour et du hasard" par Catherine Hiegel
"Roméo et Juliette" par Eric Ruf
Shakeaspeare :
à l'anglaise au Globe Teater : "Macbeth"
et en comédie musicale "Roméo et Juliette, de la haine à l'amour" de Gérard Presgurvic
et de l'Opéra revisité :
"La Traviata" de Verdi par Simon Stone
"Cendrillon" de Jules Massenet par David Hermann

Expositions :

en "real life" avec la réouverture progressive des musées :
"Pompéi" au Grand Palais
"Turner, peintures et aquarelles - Collection de la Tate" au Musée Jacquemart-André
"Harper's Bazaar, premier magazine de mode" au Musée des Arts Décoratifs
"Christan Louboutin - L'Exhibition[niste]" au Palais de la Porte Dorée
"Otto Freundlich - La révélation de l’abstraction" au Musée de Montmartre
"Cézanne et les maîtres - Rêve d'Italie" au Musée Marmottan-Monet
"Coeurs - Du romantisme dans l'art contemporain" au Musée de la Vie romantique
"Les Contes étranges de N.H. Jacobsen" au Musée Bourdelle
les Collections permanentes du Musée Cernushi
"Le Monde selon Roger Ballen" à La Halle Saint Pierre
"Helena Rubinstein - La collection de Madame" et "Frapper le fer" au Musée du Quai Branly
"Monet, Renoir... Chagall - Voyages en Méditerranée" à l'Atelier des Lumières
"La Force du dessin - Chefs-d'oeuvre de la Collection Prat" au Petit Palais
"Esprit es-tu là ? Les peintres et les voix de l'au-delà" au Musée Maillol
"Le dessin sans réserve. Collections du Musée des Arts Décoratifs" au Musée des Arts Décoratifs
et en passant par la Lorraine, découvrir la Villa Majorelle œuvre de style Art nouveau.

Cinéma at home avec :

"Riens du tout" de Cédric Klapisch
"Noïse" de Henry Bean
"Sous surveillance" de Robert Redford
"La romancière" de John McKay
au Ciné-Club les années 50 :
"Un drôle de Dimanche" de Marc Allégret
"La vie à deux" de Clément Duhour
"L'homme au million ("The Million Pound Note") de Ronald Neame
des incontournables japonais :
des figures tutélaires :
"Tokyo drifter" de Seijun Suzuki
"A blind woman" de Teruo Ishii
et des plus jeunes :
"Mr Long" de Sabu
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et des raretés avec une sélection "Court metrage" :
"Le Chant du styrène" de Alain Resnais
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"Pauline" de Céline Sciamma
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Lecture avec :

"Be my guest" de Priya Basil
"De Gaulle sous le casque" de Henri de Wailly
"La faiblesse du maillon" de Eric Halphen
"Les jours brûlants" de Laurence Peyrin
et toujours :
"Le jour où Kennedy n'est pas mort" de R.J. Ellory
"Mauvaise graine" de Nicolas Jaillet
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