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The Last Post (french edition)  (Wagram)  novembre 2008

Contrairement aux apparences, la disparition des Clash entre 1983 (éviction de Mick Jones) et 85 (sortie du vrai-faux dernier opus Cut the Crap), n’a pas été suivie par l’habituelle période de deuil qui marque la fin des grands groupes : comme pour les Beatles, les deux leaders frères ennemis se sont immédiatement remis au travail, offrant de très dignes continuations solo à leur histoire collective.

Mine de rien, la belle complémentarité de Joe Strummer et Mick Jones au sein des Clash s’est retrouvée au fil de leurs carrières respectives : quoi qu’il arrive, il y en avait toujours un pour occuper (brillamment) le terrain tandis que l’autre retournait dans l’ombre, et leurs meilleurs moments additionnés n’ont pas trop à rougir de la comparaison avec leurs précédents sommets.

Ainsi, tandis que Joe Strummer, après des débuts tonitruants (la BO de Walker  en 87 et le sous-estimé Eathquake Weather  en 89)  passait presque 10 ans aux abonnés absents de la fin des 80’s à celle des 90’s, Mick Jones composait avec son nouveau groupe Big Audio Dynamite une belle brochette d’albums (et certains 45t à succès), mêlant élégance pop et exploration musicale dans la lignée des titres les plus originaux qu’avaient pu produire les Clash.

Après des problèmes de maison de disque (qui ont empêché la parution du dernier album de BAD), le beau guitariste était revenu dans l’ombre, devenant producteur notamment pour les Libertines et Pete Doherty… tandis que Strummer reprenait du poil de la bête, sortant avec son groupe The Mescaleros trois albums plutôt décents, surtout prétextes à enflammer les scènes de festivals avec les reprises de ses classiques.

Bref : le fan inconsolable avait toujours quelque chose à se mettre sous la dent, et la légende du plus grand groupe punk pouvait perdurer au gré des incarnations de ses anciens membres… nos deux renégats prouvant au passage que le genre n’était pas obligatoirement voué à la brièveté (avec 6 ans d’activité, les Clash faisaient déjà figure de vétérans !), mais pouvait également déboucher sur d’intéressants longs termes.

Dans ces deux trajectoires complémentaires, cependant, il faut avouer que malgré le charisme indubitable du gars Strummer, ce fut bien Mick Jones qui produisit, toutes ces années durant, la musique la plus novatrice et excitante.
La constatation n’est pas surprenante : si Joe Strummer était bien l’âme des Clash, on sait que Jones en était le maestro, musicien en chef dont le talent d’orchestrateur (en dépit de la soi-disant incompétence chère à la légende punk), aura permis l’érection de l’œuvre la plus impressionnante du groupe : le triple album Sandinista, sur lequel il imprima le plus durablement sa marque (au point de se le voir reprocher par un Strummer supportant de moins en moins l’ouverture musicale de son cadet, et voulant pour sa part revenir à une certaine orthodoxie).

Même s’ils sont finalement assez peu connus, les disques produits par Mick Jones au sein de Big Audio Dynamite valent donc leur pesant de cacahuètes, et gagneraient sans doute à être redécouverts aujourd’hui.
Suite aux problèmes contractuels rencontrés à l’époque de leur dernier album (Entering A New Ride, vers 97), le musicien toujours en avance sur son temps avait eu recours au Web pour faire circuler ses morceaux. A cette époque, l’utilisation d’Internet pour la diffusion musicale n’était pas encore entrée dans les mœurs, et il s’agissait d’une démarche plutôt révolutionnaire (même si elle ne permit pas vraiment au disque de connaître le succès).

Sur sa lancée, Mick Jones a ensuite fait de l’utilisation du multimédia la base de son nouveau projet : retrouvant du poil de la bête au moment de la mort de son ex-complice Strummer (et sans doute un peu frustré par ses activités de producteur), il a donc formé ce nouveau groupe  Carbon/Silicon, avec son vieux complice Tony James (ex-âme damnée de Billy Idol au sein de Generation X, ex-Sisters of Mercy, ex-Sigue Sigue Sputnik), le bassiste Leo Williams (qui figurait dans la première mouture de BAD) et le batteur Dominic Greensmith.

Ensemble, ils ont régulièrement publié sur leur site des morceaux à télécharger gratuitement : au total, une demie douzaine d’albums et de maxis sont déjà sortis dans cette configuration ! Surfant sur le buzzz généré par cette nouvelle entité, ils ont pu remplir les salles pour des concerts-événements, où nostalgiques et fans tombés de la dernière pluie ont pu célébrer, comme il se devait, le digne vétéran des guerres punks (désormais dégarni, mais toujours aussi classe !).

The Last Post est donc la première vraie trace discographique de ce groupe existant depuis 2002 : il s’agit d’une compilation des meilleurs morceaux sortis sur le site au fil des années, agrémentée (pour la version française) d’un enregistrement de concert contenant lui-même des inédits.

Musicalement parlant, le disque peut être entendu (selon l’humeur de l’auditeur) comme un retour aux sources ou une régression : sans doute influencé par les bébés rockeurs basiques qu’il a produits, Mick Jones prend ses distances avec l’esprit aventureux des derniers Clash ou de Big Audio Dynamite… et se fait plaisir en revenant à la base de sa grammaire musicale : un rock mélodique à guitares rentre-dedans, n’excluant pas certaines fulgurances pop.

Si certains morceaux ont parfois du mal à dépasser l’enfilage de riffs et devenir des "chansons" à proprement parler, on trouve quand même assez de titres accrocheurs pour passer un agréable moment. Ainsi, "The News" en ouverture, festival de gimmicks imparables et ruptures malignes ; "The Magic Suitcase" , fable énergique sur la vanité du pouvoir ; "Acton Zulus", dont la suite d’accords rappelle de bons souvenirs (en l’occurrence, "Other 99" de BAD) ; "National Anthem" , qui sort du moule rock à guitares et propose une plage apparemment apaisée, contrastant avec un texte tendu exprimant certaines inquiétudes sur l’état du monde.

A l’écoute de leurs textes, on est heureux de constater que nos vieux briscards ne sont pas complètement blasés : le commentaire social est encore assez présent, et la philosophie qui s’en dégage (en gros : que tout le monde soit libre et créatif), sans être foncièrement originale, fait tout de même plaisir à entendre. Un excellent titre comme "War on Culture", même s’il n’atteint pas la force des slogans propulsés jadis par Strummer, est tout de même assez pertinent, vu le contexte (paradoxal) de production du groupe : la créativité a beau être débridée par le support internet… comment les musiciens peuvent-ils espérer en vivre ?

Enfin, le disque live propose des relectures incisives d’un grand nombre de morceaux de l’album, dans des versions moins policées, voix chevrotantes et guitares s’emmêlant parfois les pinceaux, pour notre plus grand plaisir. Pour ce qui est des surprises, on goûte particulièrement la reprise du "Roadrunner" des Modern Lovers… et l’apparition finale des Alabama 3 sur une version folle furieuse de leur "Woke Up This Morning", extrait de la BO des Sopranos.

Au final, peu importe que la musique proposée sur ce premier album de Carbon/Silicon ne soit pas d’une originalité folle : Mick Jones est une personnalité suffisamment familière et importante pour que son capital sympathie demeure (à nos yeux) intouchable. Malgré la modestie "basique"  du projet, on est très heureux de pouvoir enfin réécouter cette voix (l’une des plus caractéristiques de l’histoire du rock) et cette guitare (l’une des plus ébouriffantes…), qui nous évoquent tellement de souvenirs.

Après tout, le musicien aurait pu se contenter d’exploiter sa légende et rejouer ad vitam aeternam ses imputrescibles standards clashiens… Mais non ! le bougre a choisi la difficulté : redevenir débutant et repartir au casse-pipe ; tenter de nous convaincre encore avec un répertoire tout nouveau tout beau.
Ne pas s’endormir sur ses lauriers et se montrer perpétuellement créatif.
Un exemple à suivre, en somme…

 

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Clash en concert à La Flêche d'Or (27 mai 2008)
Oldies : The Clash - London Calling

En savoir plus :
Le Myspace de Carbon Silicon
Le site officiel de Carbon Silicon

Le clip de "The News"
La vidéo du finale festif éWoke Up This Morning"


Nicolas Brulebois         
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# 18 août 2019 : Au rythme des vacances

Petite édition toute en légèreté mais avec quelques belles choses à découvrir notamment pas mal de livres de la rentrée littéraire et une session du Flegmatic pour vous rafraichir les idées. C'est parti pour le sommaire.

Du côté de la musique :

"Time for a change" de Pokett
"Tone of musette" de Le Balluche de la Saugrenue
"Symi" de Symi
Une autre interview de Inspector Clouzo à Terre de sons, après notre rencontre avec The Inspector Clouzo lors de leur passage à Foreztival
et toujours :
"Onda" de Jambinai
"Fire" de Part Time Friends
"Simon Chouf & le Hardcordes trio" de Simon Chouf
"EP n°1" de The Reed Conservation Society

Au théâtre :

une nouveauté :
"What is love" au Théâtre de la Contrescarpe
des reprises
"La Chute" au Théâtre de la Reine Blanche
"Le corps de mon père" au Théâtre Essaion
"Louise Weber dite La Goulue" au Théâtre Essaion
et la chronique des spectacles à l'affiche en août

Expositions avec :

"Champs d'amours - 100 ans de cinéma arc-en-ciel" à l'Hôtel de Ville
et dernière ligne droite pour "Helena Rubinstein - L'Aventure de la Beauté" au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

Cinéma avec :

"Roubaix, une lumière" de Arnaud Desplechin
"Thalasso" de Guillaume Nicloux
et Oldies but Goodies avec "Paris est toujours Paris" de Luciano Emmer en version restaurée

Lecture avec :

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"Chaque fidélité" de Marco Missiroli
"Où bat le coeur du monde" de Philippe Hayat
et toujours :
"Koba" de Robert Littell
"Back up" de Paul Colize
"La grande escapade" de Jean Philippe Blondel
"Un peu de nuit en plein jour " Erik L'Homme
"Une bête au paradis" de Cécile Coulon
"Une joie féroce" de Sorj Chalandon

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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