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puce Monty Python Flying Circus au micro : Marie Parouty
Interview  (Paris)  février 2004

Marie Parouty, c’est LA femme des Monty Python. Plutôt la seule femme dans les spectacles des Monty Python Flying Circus dont les quatre mecs ont fait leur reine.

Rappelez-vous – ou visionnez d’urgence le DVD – Marie Parouty c’est la meneuse de revue qui aime les chinois, la libraire au bord de la crise de nerfs ou la monitrice de self-défense contre l’attaque aux fruits frais.

Tous ses mecs ont insisté sur l’impérieuse nécessité de la rencontrer. De toute manière, cette interview était incontournable dans le cadre de notre série sur les Monty Python. La voilà, en léger différé, répondant à nos questions entre deux spectacles qu’elle en soit spectateur ou acteur.

Et dites-le vous bien : la petite brune aime la fantaisie et elle n'est pas une comédienne "facile"!

Vous avez fait le Studio 34 et le cours Florent, donc monter sur les planches n’est pas fortuit ?

Non. Et c’est même antérieur à cette période. En fait, j’ai vu ma mère sur scène quand j’avais six ans. Je me suis dit : "Tiens c’est intéressant". Et à 9 ans, j’ai tourné un film et je me suis alors dit : "C’est plus qu’intéressant. C’est génial. On peut travailler en s’amusant". Ensuite j’ai fait partie de petites troupes de théâtre. Toutefois, il y avait une obligation, c’était d’avoir mon bac, dixit parental, et ensuite j’avais le droit d’aller à Paris. Je me suis donc dépêchée de passer le bac et j’ai effectivement commencé par le studio 34. Un peu naïvement, je me disais qu’il serait bien de tenter le Conservatoire et à l’époque, il fallait être agrée. Et au cours Florent, j’ai fait des rencontres déterminantes. J’y ai rencontré Grégoire Bonnet et Thomas Le Douarec et nous avons monté une troupe et nous avons travaillé ensemble depuis 1992. Et on ne s’est quasiment jamais quitté. Nous en sommes à notre 1Oème ou 11ème spectacle en commun. C’est donc une aventure assez extraordinaire de longévité dans ce milieu.

Ce sont de véritables liens d’amitié qui se prolongent

Qui se sont enracinés dans le travail. A la base, le travail nous a réuni et de là est née une très forte amitié.

Cette troupe existe-t-elle toujours ?

Pas comme à l’origine. La compagnie Thomas Le Douarec existe toujours mais elle est constituée d’autres personnes. Cela étant, il reste effectivement ponctuellement des re-rencontres sur scène. En revanche, avec Grégoire, nous n’avons jamais cessé de travailler ensemble.

Et comment vous êtes-vous retrouvée sur l’affiche des Monty Python Flying Circus ?

Les Monty Python est vraiment le spectacle d’un producteur Rémy Renoux. Je ne le connaissais pas car à l’époque où il était tourneur du spectacle Le dindon dans lequel j’avais joué, moi j’étais déjà partie sur une autre aventure. Donc je ne l’ai donc pas rencontré à ce moment-là. Mais quand j’ai appris qu’il montait ce projet, je lui ai dit comme ça à la cantonade, en rigolant, que j’étais prête à balayer la scène pour faire partie de ce projet. Et en fait, par la suite, j’ai passé une audition. Je n’étais pas pressentie au départ car il avait proposé le rôle à une autre comédienne. Il y en a eu une autre avec qui cela ne s’est pas concrétisé et finalement je suis arrivée sur le projet, ô combien heureuse, vous l’imaginez bien.

Aviez-vous à ce moment une idée de ce que serait le spectacle ?

Non. Je connaissais un peu l’univers des Monty Python et j’avais, au départ, un peu de difficulté à voir ce que j’allais devenir là-dedans. Car il n’y avait que des hommes et je ne voyais pas comment cela allait s’organiser autour de moi. Si j’allais être le faire-valoir, si j’allais être la potiche comme celles qu’ils avaient dans leurs sketches et très vite le producteur m’a rassurée. Je ne serais pas une potiche du fait que si les Monty Python s’étaient crées aujourd’hui, il y aurait sans doute eu une femme parmi eux. L’absence de femmes tenait à ce que les universités anglaises n’étaient pas mixtes. Mais ça a été difficile car je suis arrivée un peu plus tard que les autres et donc j’arrivais au sein d’un petit groupe déjà formé et il fallait faire ses preuves. Une fille au milieu de quatre garçons, ce n’était pas simple au départ. Il a fallu que je gagne mon intégration.

Cependant certains n’étaient pas des inconnus pour vous ?

Oui. Mais c’était un truc de mecs.

Ils étaient pourtant informés de la présence d’une femme ?

Oui mais quand on a vu les sketches, on n’a pas une idée précise de ce que la fille va avoir à faire. Et subitement, le camembert qui était partagé en 4, il fallait le diviser en 5. Ils l’ont fait tout à fait intelligemment et sans aucun problème mais il est vrai que j’ai été projeté dans un univers réellement masculin. Et même s’ils ne sont pas misogynes, ce sont des garçons, c’est un univers de garçons. Et j’imagine aussi que l’inverse aurait été aussi terrible. Mais c’était …intéressant.

Justement comment était l’ambiance ?

C’était fabuleux car ils ont eu…comment dire…l’élégance de me faire croire que j’étais leur reine pendant un an et demie-deux ans. Et ça c’est formidable. Je le souhaite à toutes les comédiennes parce que d’un seul coup, même si c’est difficile, on est le seul élément féminin et on est plus chouchoutée que d’habitude.

Vous avez donc trouvé votre place en tant que personne, mais au niveau des textes, comment est intervenue la répartition des rôles ?

Pour le Monty Python 1, je n’ai pas eu le choix car la distribution était déjà intervenue quand je suis arrivée et j’ai donc hérité des textes résultant du choix des comédiens et du metteur en scène. Pour le Monty Python 2, nous avons fait un travail sur table où de manière très démocratique tout le monde a lu et donné ses envies et même si le final cut, le dernier mot revenait à Thomas, le metteur en scène, il y avait des évidences. De toute façon, je savais qu’il y avait des rôles que je ne pouvais pas jouer en tant que femme et qui n’étaient pas transposables sur un personnage féminin. Et d’autres qui étaient plus accessibles. Et il fallait s’assurer que le comique ne serait pas amoindri par le fait que je sois une femme. Parce que parfois, les comédiens se travestissent et il ne fallait pas dénaturer ce comique-là.

Etes-vous partante pour la suite des Monty Python que ce soit en France ou pour jouer en Angleterre ?

Ah oui ! Absolument ! 100% partante. Bien sûr c’est une aventure professionnelle de jouer les Monty Python et pour rien au monde je n’aurais échangé ma place. D’autant que c’était la première fois que je disais à quelqu’un "Je veux le faire". Je n’avais jamais osé le faire auparavant et là c’était une nécessité absolue. Et puis c’est une aventure humaine extraordinaire. Ce sont mes amis. Et nous étions déjà très proches et là c’est comme si nous avions partagé quelque chose d’intime, je ne sais pas comment l’expliquer…comme si nous savions que cette aventure-là n’aurait pas d’équivalent dans l’avenir. C’est une aventure unique. Et nous le savons tous. Nous avons joué à Edimbourg mais partir en Angleterre avec eux…oui, tout de suite ! Les yeux fermés !

A ce sujet, le projet s’est-il un peu plus concrétisé ?

Non, pas pour le moment malheureusement. Nous sommes dans l’expectative. Nous savions qu’il y avait une échéance pour Londres le 3 avril qui a été repoussée…peut-être pour septembre. Mais les montages financiers sont assez compliqués.

Comment ces incertitudes vont-elles pouvoir se concilier avec votre calendrier professionnel ?

Là est le réel problème car plus on attend plus on va se trouver confronter à des difficultés car nous seront amenés à nous engager sur d’autres projets. J’espère que nous pourrons le savoir suffisamment tôt pour pouvoir nous libérer. Nous avons déjà rencontrés ce problème avec Grégoire puisque nous avons fait une lecture pour une pièce qui doit se monter prochainement. Nous avons fait part au metteur en scène des projets pour Londres en lui disant que si Londres se concrétisait on le ferait. Ça refroidit un peu. Je en sais pas si cette situation pourra durer longtemps. Pour le moment, nous privilégions cette aventure anglaise mais cela ne pourra pas perdurer.

Vos partenaires et amis ont tous insisté sur le rythme de travail effréné dans lequel cette aventure s’est déroulée.

Pour le 1, nous disposions de plus de temps et puis c’était la découverte. Quand on ne sait pas où on va, on ne souffre pas. Mais quand on sait à quoi s’attendre, la montagne on la voit et on la regarde en l’appréhendant. Quand on a commencé le 2, on jouait depuis plus d’un an le 1, nous jouions donc tous les soirs et nous avons lu sur table tous les sketches, et il y en énormément. Le 2 durait 2h20 au départ donc il a fallu recouper. Nous avons travaillé comme des damnés, mais vraiment. C’était un rythme fou mais dans le vif on le perçoit moins.

Le succès du 1 vous portait ?

Oui, bien sûr. Et l’enthousiasme de faire quelque chose de nouveau.

C’est une aventure exceptionnelle puisque les Monty Python n’avaient jamais cédé leurs doits ?

Oui. Nous avons bien eu le sentiment d’être privilégiés. Nous en étions d’autant plus redevables et il fallait être à la hauteur. Nous étions claqués mais enthousiastes. Monter le 2 a été très dur, très éprouvant physiquement. Mais on ne peut pas se plaindre. Nous faisons quand même ce que nous aimons le plus au monde.

Le 2ème spectacle s’est arrêté assez brutalement. Quelle a été votre réaction ?

Je me souviens parfaitement. Nous devions jouer jusqu’au 3 janvier et nous avons arrêté mi-décembre. Je me souviens qu’après, avec Grégoire, nous nous appelions et nous ne savions plus quoi faire de soi. Vous êtes programmés pour jouer jusqu’à telle date, et c’est vraiment quelque chose que l’on avait intégré dans notre corps et d’un seul coup votre rythme est complètement broyé. Alors au delà du sentiment de tristesse du fait de ne pas avoir pu dire au revoir au spectacle, car on se prépare à finir un spectacle, je ne sais pas comment dire…

…faire votre deuil du spectacle…

…oui. Mais là en quelques jours, ça a été foudroyant. Nous étions sur les planches depuis 2 ans et subitement nous ne savions plus comment vivre normalement. Subitement, nous avions des soirées, des journées, nous étions des âmes en peine. Nous nous disions : "Comment faire avec tout ce temps ?" Car d’habitude, la journée est fractionnée mais on sait que c’est pour arriver à six heures, l’heure de partir au théâtre. Et puis plus de repères. Avec Grégoire, on se disait : nous sommes livrés à nous mêmes, comme des gamins sans rythme de vie. Une si belle aventure…c’était une énorme déception à la hauteur de cette aventure…

N’est–ce pas parce que vous pensiez inconsciemment, malgré l’échéance de janvier, que cette belle aventure n’aurait pas de fin ?

Oui, mais on nous a laissé longtemps miroiter que nous allions immédiatement enchaîner sur Londres. Donc nous n’étions pas du tout préparés à un arrêt.

Quel impact a eu ce spectacle sur votre carrière ?

Il est peut être un peu trop tôt pour le dire. Car au théâtre, le temps que les choses se mettent en place, cela demande toujours un peu plus de temps que pour le cinéma ou la télévision. Et puis quand vous jouez si longtemps, vous êtes amenés à refuser parfois et les gens n’ont pas idée qu’à un moment donné, vous êtes libre. Ainsi en janvier, quand je faisais des lectures, on me demandait si je jouais encore. Il faut donc les prévenir que je suis revenue sur le marché du travail. Maintenant, ça commence.

Quelle est votre actualité ou vos projets immédiats ?

Il y a des projets dont je ne peux pas du tout parler, parce qu’il faut être, comme tous les comédiens, un peu superstitieux, même si je ne le suis pas franchement. Dans l’immédiat, je démarre la semaine prochaine avec Grégoire des répétitions pour un spectacle de théâtre musical avec des chansons qui se jouera certainement en septembre. Et encore avec Grégoire, nous avons un autre projet de spectacle mais qui est encore trop jeune pour en parler concrètement. Il s’agit d’une pièce de Ariane Walter, une femme qui écrit remarquablement bien, et j’ai eu la chance de jouer deux de ses spectacles. Il s’agit d’une comédie burlesque complètement barjot. Nous en sommes au stade des lectures avec une présentation au théâtre pour la rentrée. Et toujours avec Grégoire, nous avons fait des lectures d’une autre pièce qui devrait se jouer très bientôt. Et puis, parallèlement et sans Grégoire, je travaille avec Sébastien Thierry, qui est comédien et auteur, sur un projet télé. Il va jouer au Théâtre du Rond Point à la rentrée, avec une mise en scène de Jean Michel Ribes. Je lui ai demandé d’écrire des sketches pour lui, moi et Françoise Christophe. Nous tournons le pilote de 10 sketches.

Dans quel registre ?

Plutôt absurde. Cela fait penser un peu à Desproges mais ça ne ressemble à personne. Il a beaucoup de talent et ça donne des ailes.

Donc plein de projets ?

Oui. Très vite j’ai ressenti la nécessité de faire quelque chose tout de suite, un peu comme remonter sur le vélo immédiatement après la chute. Pour ne pas me fragiliser, j’ai tout de suite réfléchi à ce que j’avais envie de faire. Et j’avais envie de faire autre chose qu’être sur scène tous les soirs. Parce que c’est dur, que cela demande un investissement important qu’il est difficile de concilier avec la vie privée. Et je me suis demandée ce que j’aimerais faire et qui me permettrait de tout concilier. En attendant de remonter sur les planches car, de toute façon, je ne pourrais pas m’en passer. Donc la télé était une chose qui pouvait m’exciter.

Vous avez déjà joué pour la télé ?

Oui, mais pas sous cette forme. De plus, là je suis à la base d’un projet, un projet personnel. Il était important pour moi de prendre un peu les rênes. Nous allons travailler avec un garçon que nous avons rencontré dans un stage de danse extraordinaire, pendant cinq semaines, dirigé par Christiane Legrand, la sœur de Michel Legrand. Il était directeur de stage et metteur en scène et j’ai eu envie de travailler avec lui. Et d’un seul coup je me suis dit, tiens je m’octroie le droit de dire que j’ai envie de travailler avec quelqu’un, chose que l’on s’autorise rarement quand on est acteur. On est davantage en situation d’attente. Et maintenant je n’ai plus envie d’attendre.

Partagez-vous l’analyse d’Yvan Garouel, un des mecs des Monty Python, qui est comédien mais aussi metteur en scène, qui nous disait qu’un metteur en scène a également besoin d’être désiré ?

Oui. A force de craindre d’être opportuniste, on oublie de dire au gens qu’on les admire et qu’on a envie de travailler avec eux. Et ça leur plaît car le désir crée le désir.

Avez-vous envie de vous orienter davantage vers l’élaboration de projets voire même vers la mise en scène ?

Oui. Aujourd’hui, oui. Et j’ose me l’avouer depuis peu de temps. Oui. Etre acteur ne me suffit plus parce que c’est fragilisant d’être toujours en attente, en demande. J’ai envie d’être de l’autre côté, non pas de créer qui est un terme un peu fort, mais d’élaborer des projets, de travailler avec d’autres personnes, j’ai envie de rencontres, d’aventures humaines. Et comme je ne veux pas travailler avec n’importe qui et n’importe comment, je me dis : "Aide-toi, le ciel t’aidera ! Fais-le."
Quant à la mise en scène, oui, cela m’intéresse mais je ne me suis pas encore lancée. Mais dans le futur, oui car j’adore les acteurs.

Travailler avec tous ceux que vous connaissez et que vous appréciez mais aussi avec d’autres ?

Oui, bien sûr avec des inconnus. Il est vrai qu’idéalement on a toujours envie de travailler avec des gens que l’on connaît parce qu’on connaît leur manière de fonctionner et cela va vite. Ainsi par exemple, le Monty Python 2 a été monté très vite car nous nous connaissions tous. Alors qu’avec des inconnus, toute la période de découverte prend du temps. Et puis si c’est confortable de jouer avec les mêmes personnes, il est intéressant aussi de se confronter à d’autres , se remettre en question. Des regards neufs sur soi, ça fait avancer.

Avez-vous joué sous la direction d’Yvan Garouel ?

Non, jamais et j’aimerais beaucoup parce qu’il a un œil très intéressant. Il est aussi comédien et il possède le langage pour vous amener où il faut et il est très pertinent. J’ai pu l’apprécier sur le Monty Python 2.

Il est vrai que c’est un passionné et il nous a parlé de son théâtre vivant.

Oui. Et j’en profite pour faire de la publicité pour un spectacle de Carlotta Clerici, "La mission" dont il m’a parlé. Et il est objectif. Ce n’est pas quelqu’un qui peut se galvauder. J’aimerai travailler avec elle. C’est certain.

Et donc vous lui avez dit ?

Bien sûr. Je ne me gêne plus. Et puis il y a tellement de mauvais auteurs. Quand on a la chance d’entendre de beaux textes, on y va !

Et avez-vous le temps d’aller au théâtre ?

Maintenant oui, j’u retourne mais il m’a fallu un mois. Le premier mois qui a suivi l’arrêt des Monty Python, j’étais incapable de retourner au théâtre. J’étais saturée, overdosée. Et là, je reprends du plaisir à être assise dans une salle et j’y suis allée 3 fois en une semaine. Je trouve cela tellement extraordinaire.

Quels spectacles ?

Un Goldoni," La femme vindicative" au théâtre Antoine. J’ai découvert Goldoni qui est un auteur génial.

Il y a d’ailleurs un théâtre rue de la Gaité qui ne joue que du Goldoni.

Oui, mais il a eu beaucoup de problèmes qui ont mené le directeur à aller jusqu’à la grève de la faim comme celui du Lucernaire suite à la suppression de ses crédits. Sale temps pour les gens du spectacle en ce moment. Vraiment. Et je ne pensais pas que c’était à ce point. Je suis ce qui se passe mais j’ai au fond de moi un optimisme parfois à tout épreuve. Et puis j’ai lu la brochure que m’ont adressé les ASSEDIC et c’est réellement grave pour les comédiens.

Avez-vous rencontré de grandes difficultés lors de votre carrière ?

Non, j’ai eu la chance, et je touche du bois, de travailler non-stop jusqu’à maintenant et de pouvoir en vivre correctement. Mais je connais beaucoup de comédiens qui font de petits travaux annexes pour survivre. Mais je suis consciente de ce que tout peut s’arrêter et en même temps, on continue comme si cela ne devait jamais arriver.

Je reviens au trois derniers spectacles que vous êtes allé voir.

Oui. Donc" La femme vindicative" de Goldoni et puis "La mission" de Carlotta Clerici à l’Aktéon et "Des petits cailloux plein les poche"s au théâtre La Bruyère.

Trois bons spectacles que vous recommandez ?

Oh oui, que je recommande absolument ! Et ça redonne envie d’aller au théâtre. J’ai envie de voir "La framboise frivole", le dernier spectacle de Thomas "L’amour à 3".

Comédienne avec des velléités de mise en scène, quand vous êtes spectateur, avez-vous le regard de néophyte du public lambda ou êtes-vous plus critique ?

J’ai perdu une forme de candeur. Quand j’étais petite et que j’allais au théâtre, on pouvait me faire avaler n’importe quoi et je le trouvais sublime. C’était magique, une magie qui opérait systématiquement, envers et contre tout. Aujourd’hui, plus du tout. Et autant au cinéma je peux voir une daube et je la supporte car le défilement des images vous distrait, autant au théâtre si je vois quelque chose de mauvais, je souffre. Il se crée une angoisse en moi. Et quand je suis heureuse c’est également au dessus de tout. Mais bien évidemment je vois les ficelles que peuvent utiliser les acteurs et alors cela peut me mettre en colère. Quand il n’y a pas de ficelles et que je suis épatée, c’est puissance mille. Là je suis scotchée et je retrouve ma capacité d’émerveillement. Je me laisse embarquer. Mais je suis prête, à chaque fois, à monter dans le train. Je n’y vais jamais avec des a-priori. J’ai toujours envie d’être épatée. Mais en étant comédien, on voit ce que les autres spectateurs ne voient pas forcément. Et quand je souffre, je souffre physiquement de tout ce que je vois. En plus, il n’y a pas d’issue possible. On ne peut que voir. On est piégé. Et je refuse de me lever et de sortir. Je reste jusqu’au bout quoiqu’il arrive.

Vous restez en espérant que quelques minutes, peut être les dernières sauveront le spectacle ?

Oui. Et puis par respect pour les comédiens. Et en fait, il y a toujours un enseignement à tirer. Je ne reste pas en colère jusqu’au bout. C’est mauvais, soit. Je souffre, soit. Mais j’essaie de me concentrer pour dégager des choses positives. Heureusement, il est quand même rare de voir des spectacles qui me projette dans de très grandes angoisses. Une fois, j’ai vu une pièce, avec un acteur très connu, qui était insupportable. Et inaudible. Et cela pour tous les comédiens. La pièce était d’un ennui mortel. On entendait le clap des fauteuils car les gens partaient. J’avais, et j’ai toujours une grande admiration pour ce comédien, et quand je l’ai vu sur scène, je me suis dit: "Au secours !". Mais je n’ai pas pu partir. Et Dieu sait que j’en ai rêvé. Probablement par identification, je suis restée.

Le metteur en scène avait donc une certaine responsabilité dans cet échec ?

Il était amplement responsable de cette débâcle. C’est évident car un spectacle ne se fait pas tout seul. L’acteur est aussi tributaire du metteur en scène. Il n’est pas responsable à 100% de l’échec. Et le spectateur doit être concentré. Quand on est sur scène, on a l’impression que l’on offre quelque chose au public. Mais en réalité, c’est un échange. Et on en a vraiment conscience quand on est dans la salle.

Nous avons abordé le rôle et la responsabilité du metteur en scène. Maintenant, à la lumière de votre propre évolution, donnez-vous votre avis ou votre sentiment au metteur en scène ?

Je ne suis pas la comédienne idéale qui serait docile et très à l’écoute. J’ai une fâcheuse tendance, que j’essaie de corriger et qui en même temps est une force car cela installe une vraie relation entre l’acteur et le metteur en scène, à vouloir qu’on m’explique, à ergoter. Je discute. Je ne peux pas être un pantin. Il faut m’expliquer, non pas la psychologie des choses parce que ça c’est un peu notre sauce à nous comédiens, mais je n’aime pas la gratuité. Donc je fais parfois de mauvais procès. Je soupçonne certaines choses un peu gratuites, un peu faciles. Je veux qu’on m’explique. Je pense être disponible mais je ne suis pas dans l’abnégation. Et puis, je suis très exigeante envers moi-même, je me juge souvent très sévèrement. Ainsi j’ai toujours le sentiment de n’avoir jamais fait de théâtre quand j’aborde un nouveau rôle. J’ai toujours l’impression de n’avoir aucun métier derrière moi. J’arrive vierge de tout. Donc ce manque de confiance, qui est également une force dans la mesure où je ne me repose jamais sur un acquis, est souvent source de difficultés. Et cette exigence je l’ai aussi à l’égard des autres.

Le DVD des spectacles des Monty Python est sorti récemment. Vous êtes vous regardée ?

NDLR : petit blanc.

Allez-vous le regarder ?

Il y un DVD du Cid mis en scène par Thomas Le Douarec dans lequel j’ai joué qui est sorti depuis plusieurs années, il est toujours sous cellophane. Le DVD je l’ai un peu vu sans le regarder puisqu’il y a une version commentée à chaud par les acteurs. Mais je l’ai vu dans une grosse déconnade avec les copains mais je ne me suis pas regardée avec attention. Je n’aime pas me voir. Je n’ai pas encore cette humilité. C’est terrible. Je ne vois que les défauts et je suis effondrée de ce que je vois. Je me critique alors durement et ce n’est pas très constructif car je ne suis pas encore arrivée au stade d’être calme vis-à-vis de son travail et d’anticiper la progression. Je me mets en pièces et j’ai la rate au court bouillon.

D’autant que l’enregistrement d’une pièce de théâtre ne permet pas comme au cinéma de refaire les scènes.

Exactement. Et puis connaître les jours où interviennent les captations surajoute une pression. Et nous avons du mal à oublier qu’il y a les caméras.

A propos des spectacles des Monty Python, nous avons abordé avec les autres comédiens le rôle des médias et notamment le fait que vous aviez, en quelque sorte, raté un passage à la télé qui aurait pu booster les spectacles. Partagez-vous ce sentiment ?

Oui. On apprend beaucoup en voyant les autres et il y a une grande différence entre les émissions en direct et celles enregistrées. Je me suis rendue compte en regardant les interviews – promo, que quelle que soit la chaîne, les propos sont identiques. Pour le cinéma notamment, le discours est très préparé, très formaté. Et ils ont raison. Nous, nous ne nous sommes jamais donné la peine d’envisager de quelle façon on allait aborder l’émission à laquelle nous allions participer. Surtout l’émission sur Paris Première dans laquelle nous sommes sans doute passer pour des gens qui avaient la grosse tête. Alors qu’il n’en était rien. Mais on faisait notre cirque. Nous ne savions pas du tout comment faire notre promotion. C’était lamentable. Et du coup ça nous rendait antipathiques. A nous voir, on pensait : Ils sont rien, ils jouent des textes dont ils ne sont même pas les auteurs et des textes fabuleux et ils se prennent pour les Monty Python ! Nous étions tristes ensuite car nous avions le goût amer du ratage. Nous avons été piégés par notre propre inexpérience.

Il s’agissait d’émissions en direct ?

Non. C’est pour cela que nous aurions dû travailler notre promotion. En direct, on peut y aller parce que c’est spontané et on rebondit sur ce qui se passe. En plus, en différé, le montage est laissé à la discrétion du réalisateur. Cela explique pourquoi maintenant les comédiens font des promos formatées avec par exemple les mêmes jeux de mots. C’est effrayant et cependant ils ont raison car cela évite de passer pour un con.

Cela permet aussi de rassurer les téléspectateurs .

Oui. Et nous on ne rassurait pas. Nous sommes passés pour des crétins. Nous étions effondrés. Et puis, nous avons eu tous les retours des proches. Il fallait assumer. Nous étions assez naïfs. Et il faut perdre sa naïveté. Et nous avons beaucoup appris. Mais c’est triste. Car nous sommes dans un monde où il faut être à l’image de ce qui est La politique d’aujourd’hui : sans fantaisie…

…politiquement correct ?

….absolument politiquement correct, sans fantaisie, sans surprise, sans accident. Quand on voit les Etats-Unis qui pour un sein de Janet Jackson font tout en léger différé…Nous sommes à cette image-là, nous sommes en léger différé de tout. C’est dommage.

 

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# 13 octobre 2019 : On Manque de Mains D'oeuvres

Alors que la mairie de Saint Ouen a décidé de la fermeture de la salle mythique Mains d'Oeuvres, il est plus que jamais nécessaire de se mobiliser pour la culture. Alors on continue de notre côté avec beaucoup de musique, la fin de la session de Orouni, des tas de livres, du théâtre pour tous les goûts, des expos et plein d'autres choses (mais rien sur Dupont de Ligonnès). C'est parti.

Du côté de la musique :

"Vie future" de La Féline
"Kino music" de Pierre Daven Keller
"Miracles" de Sarah Amsellem
Rencontre avec Orouni dans les rayons d'une librairie
et bien entendu, Orouni en session live, toujours dans une librairie, par ici
"Beethoven, 5 sonates pour piano" de Michel Dalberto
"Ship of women / Somewhere in a nightmare" de Olivier Rocabois
"Disaster serenades" de Parlor Snakes
"A life with large opening" de Samba de la Muerte
"Les géraniums" de Marie Sigal
"Amazona" de Vanille
"Pulse" de Vincent David
Festival Levitation #7 avec The Warlocks, Frustration, Fat White Family...
Listen in bed Emission #2, Vinyles
Listen in bed Mix #2, The Sopranos
et toujours :
"Pas plus le jour que la nuit" de Alex Beaupain
"Matriochka : Romantic fantasies & Transcriptions from Russia" de Alexandra Luiceanu
"La nuit devant" de Baden Baden
"aMour(s)" de Fabien Martin
"L'arbre rouge" de Hugues Mayot
"Why me ? why not" de Liam Gallagher
"Les disques dans notre vide poche" le podcast #1 de Listen in Bed
"Drive" le premier mix de Listen in Bed
"Mademoiselle in New York" de Lucienne Renaudin Vary
"Still life : A tribute to Philip Glass" de Maud Geffray
"The flood and the fate of the fish" de Rabih Abou Khalil
Rencontre avec The Great Old Ones
"Sprayed love" de Xavier

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Fausse note" au Théâtre de la Contrescarpe
"Sabordage" au Théâtre 71 à Malakoff
"Rêves d'Occident" au Théâtre de la Cité internationale
"Donnant Donnant !" au Théâtre Athénée
"Piège pour Cendrillon" au Théâtre Michel
"La Famille Ortiz" au Théâtre Rive Gauche
"La Promesse de l'aube" au Théâtre de l'Atelier
"Yannick Jaulin - Causer d'amour" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Yannick Jaulin - Ma langue maternelle va mourir et j'ai du mal à pas parler d'amour" au Théâtre des Bouffes du Nord
"Ciel, ma belle mère !" au Théâtre d'Edgar
"De quoi je me mêle !" au Théâtre Athénée
"On est mal Macron, on est mal" au Théâtre des Deux Anes
"Looking for Beethoven" au Théâtre Le Ranelagh
des reprises :
"Adieu Monsieur Haffmann" au Théâtre Rive-GAuche
"Anna Karénine" au Théâtre de la Contrescarpe
"Les Crapauds fous" au Théâtre de la Renaissance
"La Convivialité" au Théâtre Tristan Bernard
"Il y aura la jeunesse d'aimer" au Théâtre Le Lucernaire
"Nature morte dans un fossé" au Théâtre du Gymnase
"Une leçon d'Histoire de France : de l'An mil à Jeanne d'arc" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Une leçon d'Histoire de France : de 1515 au Roi Soleil" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"Vipère au poing" au Théâtre du Gymnase
et la chronique des spectacles à l'affiche en octobre

Expositions avec :

"Moderne Maharajh, un mévène des années 1930" au Musée des Arnts décoratifs
"Balzac & Granville, une fantaisie mordante" à la Maison de Balzac

Cinéma avec :

les sorties de la semaine :
"Martin Eden" de Pietro Marcello
"Little Monsters" de Nicolas
"Les Chemins de la haute ville" de Nicolas
la chronique des films de septembre
et la chronique des films à l'affiche en octobre

Lecture avec :

"L'héritage Davenall" de Robert Goddard
"L'horizon qui nous manque" de Pascal Dessaint
"La petite conformiste" de Ingrid Seyman
"La véritable histoire des douze Césars" de Virginie Girod
"Les roses de la nuit" de Arnaldur Indridason
"Pyongyang 1071" de Jacky Schwartzmann
et toujours :
"Archives des enfants perdus" de Valeria Luiselli
"De pierre et d'os" de Bérengère Cournut
"L'accident de l'A35" de Graeme Macrae Burnet
"Le mystère Sammy Went" de Christian White
"Les furtifs" de Alain Damasio
"Lost man" de Jane Harper
"Vers une nouvelle guerre scolaire" de Philippe Champy

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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