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Interview  (Paris)  avril 2009

Quatre ans après Happiness et le succès de "Weeping Willow", Sébastien Schuller revient avec un nouvel opus, à paraître en mai. Un soupçon plus organique, toujours aussi climatique, Evenfall confirme le talent et le goût du Français pour l'expérimentation.

Il s'est passé quatre ans depuis Happyness. Que s'est-il passé ?

Déjà, il a eu trois musiques de film entre temps et une fin de tournée. Quand je me suis remis à composer, j'avais envie de faire des morceaux avec plus de rythme, plus entraînants. C'était dans mon cahier des charges (sourire). J'étais aussi inspiré par certains groupes que j'avais pu écouter, qui utilisaient pas mal d'arrangements de cuivres et de vents. Je me suis acheté un logiciel qui permet de jouer de plusieurs instruments et pour la première fois, j'ai créé des arrangements avec des cuivres, des cordes et vent. C'était un peu les ingrédients de départ. Je voulais plus de rythme. Naturellement, je m'orientais sur quelque chose de plus enjoué que Happiness même si je me rends compte que le résultat reste mélancolique et axé sur les mélodies. J'avais pas mal de jeux de lumière en tête et si Happiness est plutôt un album hivernal, Evenfall est plus printanier avec des morceaux comme "Open organ" ou "Balançoire", plus ouverts. Je me suis aperçu qu'il y avait un fil conducteur entre différents moments de la journée et différents moments de lumière.

D'où le titre, Evenfall (crépuscule en Français) et ceux des morceaux ("Morning Mist", "Midnight").

Oui c'est vrai. Le crépuscule est mon moment préféré de la journée. J'ai l'impression que l'album se suit un peu comme une journée se déroule. J'ai donné les titres au fur et à mesure. Parfois la musique existait avant avec un titre provisoire mais par contre le morceau était déjà placé à cet endroit-là, dans la chronologie du disque. Même sans les titres, il y avait déjà cette chronologie.

Comment expliques-tu cela ?

Je ne sais pas. Toute la première partie de l'album a été conçue à un moment donné où ma vie a changé, je me suis marié, je pense que je devais avoir plus de lumière en moi, ça donne les morceaux les plus organiques. Pour la deuxième partie, je me suis remis un peu plus à des morceaux électroniques, ça me ramène vers des sonorités plus sombres. Ce sont de bonnes surprises qui me tombent dessus quand je finis par trouver des liens aux choses de manière assez naturelle.

C'est toi qui fais tout ? Compos, écriture, interprétation ?

Je ne joue pas de tous les instruments même si j'ai composé toutes les parties. Il y a des parties que je fais rejouer parce qu'elles vont être mieux interprétées par les musiciens qui m'accompagnent. Principalement, je joue de tous les claviers. Certaines de mes guitares sont refaites par mon guitariste. Je me suis remis un peu à la batterie, mon premier instrument, mais c'est principalement Jean-Michel Pires qui joue, notamment sur "Battle" dont il a su faire exploser la fin et ramener sa touche personnelle.

On dit que tu composes tout seul dans ta chambre du 18e arrondissement. Est-ce que c'est toujours vrai ?

Dans l'ensemble oui, même si maintenant je partage mon temps entre Paris et Philadelphie. Je compose et j'arrange tout chez moi où j'enregistre pas mal de voix, pas mal de parties. Ensuite, comme pour Happiness, les enregistrements sont faits en studio sur de courtes périodes et tout ce que je peux faire dans la longueur, c'est chez moi.

Comment définirais-tu cet album ?

Si l'envie était d'être plus rythmique et plus entraînante, au résultat ce n'est pas forcément le cas. Il y a une première partie vraiment organique et une deuxième un peu plus électronique. C'est vraiment une histoire de lumière. Ca commence par "Morning mist", la brume matinale, en passant par "The Border", un morceau en plein soleil, jusqu'à "Battle" et "High Green Grass" qui sont des morceaux du couché du soleil et "Midnight", un morceau peut-être un peu plus club d'une certaine manière, enfin dans ma notion du club...

Quelles sont tes sources d'inspiration ? La nature, la vie ? Est-ce que la musique, le cinéma, l'actualité t'inspirent ?

Je crois que tout joue un rôle. Sur un seul et même morceau, il y a différentes influences, elles peuvent être aussi bien musicales que personnelles, s'inspirer de ce qu'on a pu vivre dans la journée avec tout ce que cela comporte de frustrations, de peines, de fatigue, de bonheur. C'est rarement un seul élément. En tant que musicien, on a un peu comme des antennes, on capte ce qui se passe autour de nous et on est assez réactifs aux éléments. Ca peut passer par l'information, par n'importe quel phénomène dans la rue, ce sont des choses qui peuvent être retranscrites d'une façon ou d'une autre qui te nourrissent et qui à un moment donné ressortent dans ta musique. Sans parler de toute la vie personnelle et bien sûr de musique, de film.

Tout n'est pas forcément conscient.

C'est même parfois totalement inconscient. Parfois on se retrouve avec des choses qui nous viennent de notre plus tendre enfance et même des choses qu'on a pu écouter et digérer et qu'on ressort beaucoup plus tardivement d'une manière totalement inattendue.

Si tu devais choisir un morceau, ce serait lequel et pourquoi ?

Aujourd'hui ce serait "Midnight" parce qu'on est en train d'adapter les morceaux pour le live et d'une certaine manière j'ai l'impression qu'il m'amène ailleurs, là où j'ai encore plus envie d'expérimenter. Ca se ressent dans sa version live. J'ai l'impression qu'il sera un bon mélange de musique électronique et organique. Il y a comme un ressenti un peu à la Talking Heads, vraiment intéressant et même un peu dansant, chose que je recherchais justement.

Qu'est-ce qui te guide dans ta démarche artistique ? Le plaisir, l'expérimentation ? Un message que tu voudrais faire passer ?

Je ne sais pas réellement quel est le besoin d'en faire mais depuis que j'ai commencé, je n'ai jamais pu m'arrêter, c'est vraiment quelque chose qui me tient. Après, l'envie c'est de ne pas se répéter, d'essayer de nouveaux terrains, de maîtriser de nouvelles choses, de comprendre de nouvelles manières de composer, d'apprendre de nouveaux instruments, de chercher de nouvelles sonorités et d'essayer de s'amuser avec. Ca passe beaucoup par la recherche d'originalité. Beaucoup de choses ont été faites par le passé mais il y a encore des mélanges qui se font, qui apportent quelque chose de nouveau. J'aime essayer de comprendre comment certains morceaux classiques peuvent si bien fonctionner, quels sont les "trucs" qui font que ça marche, qu'un morceau sonne terriblement bien, qu'il donne envie de danser ou de pleurer. Ce qui est peut-être arrivé de manière totalement naturelle et inconsciente.

Quels sont les artistes qui te touchent et qui t'on forgé ? Actuels et passés ?

Je parle souvent de Marc Hollis de Talk Talk. Il m'a mis le pied à l'étrier. J'ai passé beaucoup de temps à lire ses quelques interviews pour essayer d'analyser comment il pouvait créer sa musique et comment lui-même l'analysait. Il parlait des silences dans la musique, comme Miles Davis qui disait : "Il vaut mieux jouer trois notes et les bonnes qu'une suite de démonstrations de notes". J'ai toujours pris ce parti-là, de trouver les accords et les mélodies en épurant. Pour les autres artistes, j'ai été agréablement surpris de découvrir des artistes comme Sufjan Stevens pour son travail harmonique et d'arrangements. Je suis beaucoup Animal Collective aussi, pour tout le côté créatif qu'ils peuvent avoir et leur façon de créer un nouveau langage.

Et Philadelphie, c'est uniquement familial ou c'est une ville qui t'attirait, dans laquelle tu te retrouves ?

Je me sens plutôt bien à Philadelphie mais c'est surtout que j'en avais marre de Paris. C’est une ville qui m'étouffe un peu. Encore que c'est plus facile quand on fait de la musique et qu'on est moins dans le stress de métro-boulot-dodo. J'avais juste besoin de bulle d'air et de nature. Philadelphie, c'est vraiment le hasard de la rencontre, mais c'est une ville agréable, il y a moins de personnes au km2, on peut faire du vélo, marcher, sans croiser trop de gens. On a un peu l'impression de campagne, comme peuvent l'être Edimbourg ou Boston où il y a pas mal de place pour les parcs, beaucoup d'arbres. J'ai toujours trouvé que Paris manquait de nature mais je crois que c'est surtout la densité de personnes qui fait que ça en devient étouffant à un moment. Donc oui, c'est une ville très agréable pour ça, pour compléter ce manque que je peux avoir de temps en temps.

Est-ce que tu peux nous parler de ta future potentielle carrière aux Etats-Unis ?

En fait, je ne sais pas du tout si c'est prévu (rires). Vu que j'y vis, je voudrais essayer d'y faire quelques concerts. Mais pour vraiment faire carrière, il faut sortir des disques là-bas, être bien distribué. Mon envie personnelle, c'est de commencer à faire des petits concerts là-bas puis je verrai. Mais parler d'une carrière là-bas, c'est un peu précoce.

Quels sont ton pire et ton meilleur souvenir de ta carrière de musicien ?

Hmmm. Le pire je pense, c'est quand tu as vraiment du mal à finir la production de ton disque alors que les morceaux te semblaient si évidents. Quand tu passes tant de temps à essayer de recréer des choses et à communiquer ce que tu as en tête. Quand la communication devient un peu difficile. Le meilleur souvenir, c'est peut-être que les choses finissent par se placer à un autre endroit et construire ton disque. Et le moment où tu termines ton album, c'est un énorme soulagement. Ce n’était pas forcément prévu de cette manière-là. C'est peut-être ce qui soulage le plus musicalement, quand tu arrives vraiment à mettre le point final au disque. Si j'y réfléchis à deux fois, je pense que le meilleur souvenir c'est quand tu crées des morceaux, quand tu les découvres, qu'ils sont tout frais, que c'est des choses qui s'amènent à toi. C'est la meilleure sensation du monde.

Pour finir, comment imagines-tu la suite ?

Il va y avoir pas mal de festivals et une tournée. Ensuite, l'envie c'est de tourner en m'arrêtant le moins possible, de continuer à faire des concerts. J'ai l'impression qu'il faut réussir à rester dans le mouvement de la création et de la représentation, du spectacle. Et l'envie, c'est de réécrire des morceaux le plus rapidement possible et de pousser encore plus le bouchon dans l'aspect rythmique que je recherchais initialement. Mais je sais pas, on a toujours des envies mais dire exactement ce qu'on va faire demain... C'est la porte ouverte à toutes les inspirations !

 

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En savoir plus :
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Cet été indien qui s'annonce n'est pas désagréable et apporte un peu de joie dans cette année bien triste. Plus modestement, voici notre sélection culturelle de la semaine pour vous réjouir, espérons-le, avec évidemment le traditionnel replay de la Mare Aux Grenouilles #10 toute fraiche

Du côté de la musique :

"Transience of life" de Elysian Fields
"Cerna vez" de Thomas Bel
"Bandit bandit" de Bandit Bandit
"Twins" de Collectif La Boutique
"Run run run (hommage à Lou Reed" de Emily Loizeau
Emily Loizeau en concert au CentQuatre
"Papillon blanc" de Gabriel Tur
"Dix chansons naturelles et sauvages" de Hugo Chastanet
"Both sides" le spectacle de Jeanne Added au CentQuatre
et toujours :
"Comme un ours" de Alexis HK
"Love songs" de Inflatable Dead Horse
"Charango" de Lisza
"Woman Soldier" de Morgane Ji
"Beethoven : Waldstrein & Hammerklavier" de Théo Fouchenneret

Au théâtre :

les nouveautés :
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"Le Nez" au Théâtre 13/Jardin
"Un conte de Noël" au Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis
"Un Ennemi du peuple" au Théâtre de Belleville
les reprises :
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