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Interview  (Paris)  27 Fevrier 2004


En marge de leur double concert à l’Echangeur, toujours sous le haut patronnage de l’équipe des Instants Chavirés, le collectif montréalais Silver Mount Zion se prête au jeu de l’interview par l’intermédiaire de deux de ses membres francophones Thierry Amar (contrebasse) et Scott Levine (batterie, guitare, oud, chant). Si le groupe reste énigmatique, il s’efforce de ne pas être mal compris et donne ici quelques clés pour décrypter leur communauté vivante, atypique et passionnante.

L’évolution entre les trois albums aussi bien du point de vue de la formation que de la musique est frappante. Comment cela s’est il passé ?

Thierry : Je pense qu’il y a eu une décision consciente de vouloir rajouter des membres et de vouloir rajouter de la voix aussi. Du premier album au deuxième, on est passé de deux membres à six ce qui donne un peu plus de corps au son du groupe et puis on a ajouté des voix.
Pour le troisième disque on s’est découvert véritablement en tant que musiciens, on a redécouvert une identité de groupe qui a beaucoup aidé. C’est beaucoup plus facile de faire de la musique quand tu te découvres comme un agent qui fait partie d’une famille. Et puis c’est venu comme ça, dès qu’on a recommencé à pratiquer pour la tournée. Pour moi en tous cas c’était devenu clair ce qu’il fallait faire, la manière dont il fallait arranger les morceaux. On dirait qu’on savait quoi contribuer et quand.

Donc maintenant l’évolution de Silver Mt. Zion est achevée ?

Thierry : Pour moi ce n’est définitivement pas quelquechose qui est figé, on sent qu’il va y avoir d’autres aspects qui vont ressortir avec le temps mais je ressens une identité stable, presque adulte si on veut, ce qui n’existait pas avant parce qu’on était un groupe qui commencait et qui s’arrêtait etc… donc on avait le temps de penser à beaucoup de choses entre temps, et au final beaucoup de désir de vouloir transformer Zion en véritable projet… Les gens en parle toujours comme un side-project, pour nous cela ne l’a jamais été. Même Godspeed (Thierry fait également partie du collectif GY !BE) dans un sens, c’est la même chose pour nous : on pratique, on fait une tournée et puis ça arrête. Et puis il y a en ce moment un désir dans ce groupe-là d’être un groupe qui pratique constamment.

Scott : Pour moi, comme nouveau membre, pendant cette tournée avec tout le processus de pratiquer, j’ai l’impression que c’est devenu un vrai groupe, et l’identité de ce groupe c’est Zion et ce que cela représente pour tous les membres : c’est vraiment ensemble qu’on est dans un projet collectif.

Et au niveau de la composition aussi cela reste collectif ?

Thierry : Je dirai qu’en général oui ça l’est. C’est sur que Efrim va contribuer avec les textes, il est d’après moi très doué, mais malgré son talent parfois il va quand même partager ses doutes avec les gens. Mais vraiment les textes c’est lui. C’est sûr qu’ensuite pour la musique c’est dur de tout retracer, mais chacun amène ses petites phrases. Au final il en a sans doute amené plus, surtout sur le premier album, on a fait les arrangements ensemble mais il a écrit beaucoup pour ça. Pour le deuxième et le troisième je dirai que c’est là qu’on contribue en tant que groupe par ce qu’apporte chacun.

Je remarque que l’écriture de vos chansons a été sérieusement remanipulée pour la tournée, notamment les vieux titres…

Thierry : L’enregistrement de nos disques c’est un croquis, une esquisse qu’on met sur ruban, et après on rajoute des choses pour que le disque tienne le coup et puis quand tu veux les jouer en concert il faut que tu compenses tes limites. Il faut repenser, reprendre du recul, écouter et en même temps garder une ouverture d’esprit parce que non seulement il y a des faiblesse sur le disque, mais même si on le voulait on ne peut pas être complètement fidèle au disque… On est surtout devenu un groupe qui peut jouer un morceau de différentes manières, on ne peut pas savoir comment on va jouer dans un an Babylon, sans doute pas de la même façon, et j’aime ça. En général les gens dans les groupes ont tendance à enregistrer et puis à recopier la même chose en concert avec le même son… j’aime cette tendance un peu folk ou jazz, d’être capable de reprendre un vieux morceau et de completement le retravailler, rajouter un petit morceau à la fin, etc… Cela reste vivant comme cela.

Scott : Je pense que c’est un processus du groupe de repenser les arrangements en ajoutant des nouveaux membres et ainsi de rajouter des possibilités, d’ajouter des batteries ou des guitares par exemple. Et aussi pour moi pas mal des nouvelles chansons jouées pour cette tournée évoluent par la répétition, pendant la tournée on pratique même pendant la balance et il y a toujours ce processus de création qui a lieu.

En même temps, pour la tournée vous avez une setlist très fermée et réduite (la veille Ian est venu après le deuxième rappel nous dire que le groupe ne pouvait revenir sur scène parce qu’il n’avait plus rien à jouer).

Scott : En fait hier soir ce n’était pas vrai.(rires)

Thierry : Ca n’est pas très clair ce qu’il s’est passé hier soir je trouve. En fait je ne sais pas quoi dire… il y a eu quelques problêmes… Bon c’était juste une manière de dire que c’était… fini.

Donc en réalité vous avez d’autres titres en stock ?

Thierry : Oui quelques uns… Tu sais, il y a des choix qu’on a fait, on a beaucoup travaillé pour avoir le peu qu’on a maintenant, il y a des morceaux qu’on a voulu faire et qui ne marchaient pas, il y a des morceaux qui ne rendraient pas bien sans piano donc qu’on enlève de notre répertoire. For Wanda c’est une chanson du trio pour moi, avec un piano, une contrebasse, etc… Pour le moment on ne la joue pas. C’est dur la dynamique d’une tournée, rajouter un piano par exemple c’est impensable, la place… on y a pensé avant la tournée et cela ne veut pas dire qu’on ne pourra jamais faire des pièces où le piano est essentiel. Mais bon ce soir on va en faire quelques une des nouvelles.

Parrallèlement à Silver Mt Zion, vous venez tous les deux de sortir un nouveau disque sur Constellation au sein de Black Ox Orkestar, ce disque est entièrement chanté en yiddish, avez vous la préoccupation de rester incompris ?

Scott : En fait pour moi chanter en yiddish, c’est chanter dans une langue qui est morte et c’est quand même un moyen de se concentrer sur la musique. Je trouve que Black Ox c’est très émotionnel, donc je ne pense pas que cela crée une distance.

Thierry : Oui. Moi par exemple, je ne comprend pas le yiddish et quand j’ai entendu ces morceaux pour la première fois, parce que ca fait longtemps qu’on les joue ensemble, je n’avais aucune idée de ce dont il parlait, cela m’a rendu curieux parce que la musique parle aussi, elle dit des choses, de mélodies, des changements d’accords… Peut être que c’est différent pour tout le monde mais pour moi… Ca me rend curieux, ça me donne envie de chercher ce que ça veut dire, je n’irai pas faire des recherches parce que lui sait ce que veut dire, mais je pense que les gens curieux vont peut être essayer… Mais pour revenir à ta question, à l’origine ce n’est pas un désir conscient de chanter en yiddish...

Scott : Ce qui est sûr c’est que ce n’est pas le désir de cacher la signification ou des trucs comme ça. On joue dans une tradition de la musique juive, je trouve que c’est comme pour le premier morceau qu’on joue sur le nouvel album de Mt. Zion.

Celle avec les chœurs.

Scott : Oui c’est ça. Et dessus on chante le solfège (le nom des notes : la la sol la etc) , mais il n’y a pas de véritable parole et je pense que ca donne un effet de concentration sur la musique parce qu’on entend des voix, l’arrangement et tout ça. Mais je trouve que c’est très communicatif malgré tout.

Je vois, mais pas de manière explicite, vous laissez la possibilité à l’auditeur de se réapproprier la chanson.

Thierry : Je pense que oui. On pourrait dire ça de Godspeed aussi, il y a des guides et un cadre à tout ça. Ca se voit dans la musique, et dans les textes, dans les décisions qu’on prend en tant que groupe qui travaille et qui voyage… Mais dans Mt. Zion il y a un effort avec le dernier album d’exprimer des sentiments qui ont rapport avec notre communauté immédiate mais qui en même temps peuvent être appliqués à d’autres communautés qui ne savent peut être même pas qu’ils font partie de cette petite communauté là. On a des choses en communs partout, des gens à Paris, à Montreal... Mais c’est ouvert aussi

Et cette communauté n’a t’elle pas tendance à se replier sur elle même ? Notamment en ce qui concerne la musique que vous écoutez, n’y a t’il pas la tentation de rester en vase clos?

Thierry : Pour moi ce que j’écoute c’est entièrement à l’extérieur de la communauté. J’écoute rien de Constellation… Bon occasionnellement je vais peut être mettre un Franckie Sparo parce que le dernier (Arena Hostile) je trouve que c’est un chef d’œuvre que j’arrive à écouter régulièrement. Pourtant j’ai travaillé dessus et c’est rare qu’on arrive à écouter quelque chose comme Mt Zion ou Godspeed, des projets dans lesquels je suis impliqué sérieusement. Tu travailles dessus pendant des heures, tu fais des prises de son, t’attends que les disques reviennent du presseur et puis ils sont pas bons, etc… il y a un processus épuisant. J’arrive à écouter certaines choses…Fly Pan Am moins par exemple même si je les adore. Mais autrement ce que j’écoute, cela n’a rien à voir avec tout cela.

Des groupes ou des styles en particulier ?

Thierry : Je pense que ça prendrait quatre heures et cela pour chacun des membres. (rires)

Scott : Vraiment beaucoup de choses…

Bon d’accord je n’insiste pas, pour revenir à Black Ox Orkestra, est ce que vous trouvez que votre musique apporte quelque chose de nouveau et qui trouve sa place dans le catalogue de Constellation ?

Scott : Au début avec ce groupe on jouait à Montréal…ça fait trois ans qu’on a commencé (depuis 99 en fait) on jouait de la musique juive uniquement pour présenter des spectacles pour danser avec de la musique sociale, juste pour faire quelque chose de différent, et au final on a trouvé que dans cette musique, il y a quelque chose dans les mélodies, dans les sentiments, les émotions qui sont applicables aux gens qui écoutent la musique de Constellation.

Thierry : Je trouve qu’à travers ce groupe on est passé d’un groupe traditionnel à une groupe qui a appris à se connaître énormément. Et puis je pense qu’en général cette musique là, elle est interprêtée souvent de la même facon, souvent de manière stérile et plate sauf sur les enregistrements anciens, qu’elle n’a pas de vie. J’exagère un peu mais je trouve qu’avec toutes nos faiblesses et tous nos talents on a quand même réussi à faire quelque chose qui était vivant, qui était une interprétation traditionnelle mais en même temps en résonnance. Et puis il y a des morceaux qui ont vraiment un coté original. Cela va être un projet à part entière avec sans doute d’autre disques et peut être une tournée, on verra.

Pour finir, une question tradionnelle du webzine, s’il fallait résumer votre musique en trois mots ?

Scott : Ouch, je suis très mauvais pour ça.

Thierry : Pfff… Non je ne peux pas. Si j’y pense je viendrai te voir mais…

Pas de problême, merci beaucoup et à bientôt.

 

 

 

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Silver Mount Zion en concert à Matana Roberts - Thee Silver Mount Zion Memorial Orchestra - Colin Stetson - Jason Van Gulic (lundi 19 & dimanche 25 novembre 2012)


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# 26 janvier 2020 : Les rois des galettes

En cette fin de période de galettes à tout va, on vous parle surtout de celles en vinyles avec de la bonne musique dessus mais pas que : théâtre, littérature, cinéma, expos sont aussi au programme. C'est parti.

Du côté de la musique :

"Pesson, Abrahamsen & Strasnoy : Piano concertos" de Alexandre Tharaud
"Paris Beyrouth" de Cyril Mokaiesh
"Water is wet" de Theo Hakola
"Musique de chambre" de Le Noiseur
"Les identités remarquables" de Tristen
Interview avec No One Is Innocent à Saint Lô
Theo Lawrence et Mr Bosseigne au Fil
"La légende de Nacilia" de Nacilia
"C'est quoi ton nom ?" de Blankass
"Il est où le bonheur" 9ème émission de Listen in Bed
"Swin, A Benny Godman story" de Pierre Génisson, BBC concert Orchestra et Keith Lockhart
et toujours :
"Late night music" de Abel Orion
"Jaimalé" de Andriamad
"Everything else has gone wrong" de Bombay Bicycle Club
"Fire" de Burkingyouth
"Délie (Object de plus haute vertu d'après l'oeuvre de Maurice Scève)" de Emmanuel Tugny
"Dolci Affeti" de Ensemble Consonance & François Bazola
"Music is our mistress" de Grand Impérial Orchestra
"Vinyle, suite no 2" de Listen in Bed, émission numéro 8 à écouter
"Who are the girls ?" de Nova Twins
"When Oki meets Doki" de Okidoki

Au théâtre :

les nouveautés avec :
"Deux euros vingt" au Théâtre Rive Gauche
"Vive la Vie" au Théâtre Gaité-Montparnasse
"Mon Isménie" au Théâtre de Poche-Montparnasse
"La Paix dans le monde" à la Manufacture des Abbesses
"Un Tramway nommé Désir" au Théâtre La Scène Parisienne
"Trop de jaune" au Studio Hébertot
"Oh ! Maman" au Théâtre La Scène Parisienne
"Le fantôme d'Aziyadé" au Théâtre Le Lucernaire
"Le hasard merveilleux" au Théâtre de la Contrescarpe
"Attention les Apaches !" au Théâtre Athénée-Louis Jouvet
"Norma Djinn" au Théâtre Montmartre-Galabru
"Blond and Blond and Blond - Hømåj à la chønson française" au Café de la Danse
les reprises :
"Tanguy Pastureau" au Théâtre de la Renaissance
"Close"
"Elisabeth Buffet - Obsolescence programmée" au Théâtre du Marais
"Le comte de Monte-Cristo" au Théâtre Essaion
"L'Analphabète" à l'Artistic Théâtre
"La Diva divague" au Théâtre de Dix heures
et la chronique des autres spectacles à l'affiche

Expositions avec :

la dernière ligne droite pour "Kiki Smith à la Monnaie de Paris

Cinéma avec :

"Botero" de Don Millar
"Mission Yéti" de Pierre Gréco et Nancy Florence
et la chronique des films sortis en janvier

Lecture avec :

"Le ciel à bout portant" de Jorge Franco
"Le prix de la démocratie" de Julia Cagé
"Les champs de la Shoah" de Marie Moutier Bitan
"Les rues bleues" de Julien Thèves
"Trois jours d'amour et de colère" de Edward Docx
et toujours :
"De Gaulle, portrait d'un soldat en politique" de Jean Paul Cointet
"Et toujours les forêts" de Sandrine Collette
"Lake Success" de Gary Shteyngart
"Nul si découvert" de Valérian Guillaume
"Sauf que c'étaient des enfants" de Gabrielle Tuloup
"Sugar run" de Mesha Maren
"Victime 55" de James Delargy

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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